Michel Crozier est allé jusqu’à dire que la France était « la Chine de l’Europe », un pays qui ne bouge pas, sauf lors de révolutions culturelles atroces. Et Michel Winock a attribué cette curieuse caractéristique à notre intolérant amour des principes transcendants, hérité de notre passé catholique, combiné à la structure féodale de notre société.
Ces gens sont éminents. Mais ils ont tort. La France a changé ces dernières décennies. Elle est même méconnaissable. Et sans bain de sang.
Alors qu’elle était centralisée, elle s’est régionalisée. La loi des 35h a produit des gains de productivité équivalents à ceux des réformes Schröder en Allemagne. L’entreprise française, jadis dirigée par l’État, s’est reconstruite sur le modèle américain. Enfin, alors que dans les années 60, nous nous définissions par notre vie privée, aujourd’hui nous sommes notre emploi.
- CROZIER, Michel, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.
- Winock, Michel, La fièvre hexagonale, les grandes crises politiques 1871 – 1968, Points histoire, 2009.
- Sur les changements ratés par la France : Culpepper, Pepper-D, Hall, Peter-A, Palier Bruno, La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
- Sur les gains de productivité de la réforme des 35h : Chanut, Jean-Christophe Où le travail coûte-t-il vraiment plus cher… en France ou en Allemagne ? La Tribune, 22 février 2012.