Ovid

De la vie « d’Ovid » (In our time, BBC 4).

Un auteur apparemment plein d’humour, pour le peu que j’en ai compris.

Mais, ce qui est insupportable est la propension de l’universitaire moderne, surtout anglo-saxon, à juger le passé avec les normes de notre temps. Comme si, soudainement, nous avions découvert la vérité absolue.

Dans ces conditions, Ovid devient sexiste et macho. Il fait l’apologie du viol (des nymphes par les dieux).

Ce qui me semble une hérésie. Tout le travail de l’historien consiste à se défaire de ses biais modernes, pour comprendre les modes de pensée de l’époque qu’il étudie. S’il le fait, il constate qu’il n’y a pas de bien et de mal, mais d’autres règles du jeu que les nôtres. Et que chacun joue avec, en fonction de ses caractéristiques et de sa situation. En particulier, dans les sociétés anciennes, l’homme n’était pas présenté comme fort, mais, au contraire, comme faible. Il était sujet aux passions. Et ces passions étaient généralement malheureuses. Une grande partie de la littérature traite de ce drame.

Adam et Eve. La femme et le pantin.

Ontologie du marché

Après guerre, le maître mot semble avoir été « humanité ». En réaction à la barbarie que l’on venait de connaître, on voulait fournir à l’homme des conditions dans lesquelles il puisse s’épanouir. Hannah Arendt me semble très bien parler de ce souci. On croyait aussi à la technologie. Et on a construit une société technocratique et planificatrice. Elle devait faire notre bonheur.
Eh puis est arrivé le marché. Je crois que c’est Ayn Rand qui présente le mieux son « ontologie », son explication de la raison d’être du monde. C’est le remplacement des valeurs par la valeur. Le marché répartit l’argent selon le mérite. Dans ces conditions l’impôt, c’est le vol. L’histoire est maintenant comprise comme une lutte pour gagner de l’argent. Après guerre, les pauvres ont pris le pouvoir et fait payer les riches. Aujourd’hui, les riches retrouvent leur dû. Morale de rentiers ? Pas étonnant que l’on parle de néoconservateurs ?
Le modèle du marché est en crise. Peut-on imaginer une ontologie pour des jours meilleurs ? Quid de L’art d’aimer d’Ovide ? C’est en prenant au sérieux les faiblesses de l’homme que l’on fait émerger ce qu’il a de bon. (Et que l’on parvient à l’amour véritable.) C’est en dépassant le monde d’Ayn Rand que l’on parvient à celui d’Hannah Arendt. Le maître mot devient « complexité ». L’homme n’est ni bon, ni mauvais. Il peut être dangereux. Mais il est capable de grandes choses.
Modèle technocratique
Modèle du marché
Prochain modèle ?
Principe
Humanité
Valeur
Complexité
Nature de l’homme
Technicien
Egoïste
Complexe
Dirigeant
Apparatchik
Créateur de valeur
Navigateur
Penseur

L’art d’aimer d’Ovide

Un livre en avance sur notre temps ?
Ovide a quelque-chose de Machiavélique au sens initial du terme. Plaire est une question de technique. Et c’est aussi un combat, dans lequel il ne faut pas être dupe des ruses de l’autre. Surtout, il ne faut pas en demander trop à la nature. Il est sage de s’accommoder des imperfections humaines, et de masquer les siennes avec art. Il est aussi sage de ne pas tenir rigueur à l’autre de ses aventures. 
Mais tout ceci n’est peut-être pas que calcul utilitariste. Ceux qui maîtrisent ces techniques parviennent peut-être à l’amour véritable, irrationnel et durable. Aurait-il son rite de passage ?