Les pleureuses

La guerre d’Ukraine se justifierait par une trahison américaine. Les USA auraient étendu l’OTAN, contrairement à leurs promesses.

En fait, plutôt que pro Poutine, ceux qui tiennent ces propos paraissent haïr les USA. Le grand Satan américain aurait asservi notre nation. Ils se lamentent de la disparition du général de Gaulle. 

Mais, même trahi, M.Poutine avait-il, comme seul choix, de massacrer des gens ? C’est ce que vous auriez fait à sa place ? D’ailleurs, n’est-ce pas faire courir des risques à sa nation ? N’aurait-il pas pu, comme les Anglais et l’UE, entrer dans l’OTAN ? Ce qui l’aurait vidé de sens. 

Et pourquoi en vouloir aux USA de poursuivre leurs intérêts ? Qui ne le fait pas, à commencer par la France, en particulier au temps de sa puissance ? Et quelle trahison n’a-t-elle pas commise à l’endroit de ses amis ? nous diraient, parmi beaucoup d’autres, les Québécois.

Et de Gaulle, qu’aurait-il fait à notre place ? Se serait-il perdu en lamentations ? Lui, simple colonel, qui n’était même pas sorti bien classé de l’école de guerre, et qui, seul contre tous, a non seulement été le symbole de tout un peuple, mais a défait les plans de Roosevelt, l’homme le plus puissant du monde, et a fait la nique à Churchill, sans qui, pourtant, il n’était rien ? Et Jeanne d’Arc ? 

Et si tous ces gens, qui en appellent aux traditions du pays, les étudiaient vraiment ? 

(Les propos de Geneviève de Gaulle sur « ‘l’oncle Charles » me l’ont rendu sympathique. Je l’ai entendu dire qu’à l’époque de ses études, c’était un gentil dilettante. Et que, lorsque sa nièce est revenue de déportation, il lui a demandé si elle avait eu le même sentiment de déshumanisation, qu’il avait ressenti au fond des tranchées…)

Vive la guerre froide ?

Amérique post Trump. Prospective. Après les changements internes d’un précédent billet, les changements externes.

« Continuité« . Ai-je entendu, dans l’émission Affaires étrangères de France Culture. 

Ce ne sont pas les présidents qui dirigent les Etats, mais les intérêts. Et, aux USA, il y a les « swing states », et ils exigent que la politique de M.Trump, revivifier la base industrielle, soit poursuivie. Plus étonnant ? M.Trump n’aurait pas fait d’erreurs en termes de politique étrangère. Et le désengagement international, commencé avec M.Obama, se poursuivra. Certes, on devrait à nouveau parler de droits de l’homme. (Mais pour mieux ennuyer ses concurrents ?)

Un invité russe rappelait que les démocrates sont beaucoup plus belliqueux que les Républicains. On se dirige vers une guerre froide, avec la Chine. Surtout pour des raisons de suprématie technologique, mais, aussi, du fait Taiwan dont la Chine veut s’emparer.  Renaissance d’un front occidental ? L’OTAN reprend du service ? Mais l’UE devra assumer sa part des dépenses. 

Quant à l’avenir de l’UE (bloc souverain ou passoire ?), il dépendra d’où Allemagne verra son intérêt : à l’extérieur ou à l’intérieur. 

L’économie de marché, ou l’art de coincer la bulle

Amazon ou la bulle permanente. Amazon vaut 500 fois son bénéfice (grande leçon pour Alstom !). Amazon, c’est la course en avant dans l’hétéroclite. Réel potentiel ou art de faire durer la spéculation ? Les groupes américains cherchent à changer de nationalité, de façon à pouvoir mettre la main sur les fonds qui sont planqués à l’étranger par peur du fisc. Les génériques n’ont pas produit les baisses de prix escomptés. Les grands laboratoires graissent la patte de leurs concurrents, jouent sur la publicité ou sur des modifications d’apparence, pour maintenir leurs monopoles au-delà de l’expiration de leurs brevets. Le poids du secteur financier n’a pas cessé de croître ces derniers temps. Curieusement, il n’y a pas eu effet d’échelle. L’augmentation de son train de vie a excédé celle de ses revenus. Et cela « s’est accompagné d’un ralentissement de la croissance économique ». Les ventes en ligne dominent le marché du voyage. Il arrive à maturité. L’évolution technologique est la principale force sur laquelle jouer.
Et si l’Angleterre était l’hirondelle qui annonce la fin de cette ère spéculative ? L’Angleterre se racornit. Sa puissance politique et économique disparaît. Elle était liée à son secteur financier et à ses partenariats avec les USA et l’UE. Mais l’influence internationale de ses derniers est désormais faible. Et la réglementation financière et le repli national des banques ont réduit à peu de choses les banques anglaises et enlèvent leur intérêt aux atouts de la City. Parallèlement, le capitalisme d’Etat s’est réinventé. Au lieu de diriger les entreprises, il devient une sorte de minorité de blocage. (Ce qui me semble être le modèle allemand.) Les Chinois bloquent le rapprochement des 3 principaux armateurs mondiaux.
Les crises en cours modifient les équilibres internationaux. En ce qui concerne l’Ukraine, tout est une question de gaz. Les pipelines russes veulent contourner l’Ukraine. Les USA et l’UE refusent, ce qui fait tomber le gouvernement bulgare. Quant aux Suédois et aux Finlandais ils se rapprochent de l’OTAN. Les Kazakhs nouent une alliance inconfortable avec les Russes. La crise irakienne rapproche l’Amérique de l’Iran, et les Kurdes d’une nation. Pétrole. Les crises irakienne, syrienne et libyenne vont réduire l’offre, d’où augmentation de prix. Ailleurs, la justice américaine veut faire payer l’Argentine pour des dettes acquises par des fonds spéculatifs. Comment contourner cette décision ? En Inde, le parti du congrès est réduit à néant, et sans leader. Sa stratégie consiste à attendre les erreurs du gouvernement. Les Chinois submergent le Tibet. Et l’Indonésie est un curieux pays. Le quatrième plus peuplé au monde, il est fait de « 14466 îles, avec plus de 360 groupes ethniques parlant 719 langues ». Une forme de régionalisme prendrait le pas sur le centralisme des dernières décennies. Mais il tiendrait ensemble grâce à des liens interpersonnels forts. Qui sont aussi vecteurs de corruption. 
Les fougères auraient produit un refroidissement climatique. Elles ont piégé du carbone et sont devenues pétrole. (Où l’on apprend aussi que la science s’en remet au « crowdfounding ».) Newton fut « le dernier des magiciens ». Il rêvait d’alchimie. 

Sarkozy, l’anti de Gaulle

Quoi ? M.Sarkozy veut organiser une manifestation pour le « vrai travail » le 1er mai. Qu’est-ce que c’est que cette pitrerie ? Il veut déclencher un affrontement sur les Champs Élysées ? Les Versaillais contre la Commune, le retour ?

Ce qu’il y a d’étonnant, en fait, est qu’alors qu’il a multiplié les provocations chez nous, à l’extérieur il a été le président de l’OTAN et du Mercozysme, le plus docile et le plus conciliant de nos présidents.
Mais c’est l’exact opposé de De Gaulle !? De Gaulle s’est dressé, seul, contre le monde. Mais, en France, il a tout pardonné. Après guerre, il a rassemblé la France, en nous disant que nous étions tous des héros, à commencer par ses pires ennemis à lui, qui lui en ont voulu à mort pour cela. Lors de la guerre d’Algérie, alors que nous étions au bord de la guerre civile et que l’armée était sur le point d’organiser un coup d’État (!), il a de nouveau fait un étonnant tour de passe-passe. Seul contre tous. Pour lui, il n’y avait pas de partis, que des Français, terriblement similaires pour tout ce qui comptait vraiment. (Voir sa biographie par Jean Lacouture, et l’analyse de René Rémond.)
Soyons honnête avec M.Sarkozy. Il a au moins une vertu, celle de m’avoir réconcilié avec de Gaulle.

OTAN et Libye

Qu’est-ce que l’OTAN, qu’est ce que la défense européenne ? Il se pourrait que l’aventure libyenne ait permis à l’un et l’autre de commencer à se trouver une raison d’être. (Going, going…)
Ce qui semblerait vérifier un principe selon lequel on n’apprend pas de la théorie mais du cas particulier, plus exactement de l’exercice pratique réussi. C’est pourquoi il vaut mieux choisir un petit exercice (La Libye) qu’un grand (l’Afghanistan).C’est aussi ce que j’appelle « la méthode du vaccin ».) 

Libye : ça commence maintenant ?

Le Colonel Kadhafi semble mal parti. Il va falloir peut-être se demander ce qu’il faut faire maintenant.

Enseignements du passé récent :
  • L’Égypte semble avoir  des difficultés à réussir sa révolution. Or sa culture est bien plus solide que la libyenne (et ses infrastructures n’ont pas été touchées). Risque de chaos ? N’est-ce pas aussi l’enseignement de la décolonisation ?
  • Afghanistan : pour avoir voulu aller trop vite, les USA ont enlisé l’OTAN dans une guerre interminable et qui va probablement se terminer en une plus ou moins grande déroute.
Comment aider la Libye à éviter l’anarchie ? En tout cas, il semble judicieux de remplacer notre investissement militaire par un investissement civil. D’autant que, plus il y aura de pays stables et démocratiques, plus la pression sera forte sur ceux qui ne le sont pas (Syrie), pour le devenir… (Et inversement…)

L’OTAN désespère l’Américain

Les Américains se désespèrent de l’irresponsabilité européenne : pourquoi l’Europe ne veut-elle pas payer sa propre défense (i.e. l’OTAN) ? (BBC News – Robert Gates on Nato’s dim future)
Cela ne viendrait-il pas de ce que la dite défense a été voulue, ainsi que l’UE d’ailleurs, comme une barrière contre la montée du communisme ? Un moyen de nous éviter de devenir un domino rouge ?
Comme ils nous ont traités comme des assistés, nous-nous comportons comme tels ? 

Afghanistan : bout du tunnel ?

L’OTAN tiendrait le haut du pavé en Afghanistan :

  • Les Talibans seraient soutenus par une minorité (30% des Pashtouns qui représentent 2/5ème de la population) et honnis par une majorité.
  • La majorité du peuple désirerait un minimum de confort matériel et de risques de se faire tuer. Et l’OTAN serait vu comme meilleur que les Talibans pour chaque critère de satisfaction (en particulier, il tuerait beaucoup moins de civils).
  • L’offensive en cours vise à éliminer le cœur du dispositif taliban.

Les calculs du général McChrystal auraient-ils été corrects ?