George Orwell

George Orwell fut l’homme de la propagande anglaise ! Qui l’eut dit ? La BBC révélait qu’il en fut chargé, pendant la guerre.

Certes, c’était un genre d’anarchiste. Il avait fait le coup de poing en Espagne, mais, en l’Angleterre, on lui avait refusé de rejoindre l’armée. Alors, il avait fait contre mauvaise fortune bon coeur. Car il pensait que la fin, abattre le nazisme, justifiait les moyens. Il pensait aussi que le pacifisme, en temps de guerre, était un sport de bourgeois, bien nourri par des marins qui jouaient leur vie pour l’approvisionner.

L'intellectuel et le cauchemar

« Orwell est pourtant peut-être l’un de ceux qui ont le mieux analysé les cauchemars totalitaires du 20e siècle, dont nous venons tous. Il s’est en particulier concentré sur l’usage politique du langage et donc sur le rôle particulier des intellectuels, dans la fabrication des cauchemars.  » Big brother, cet inconnu, de France Culture.

En un temps où l’intellectuel est aux commandes du monde, ne devrait-on pas se demander s’il ne nous fabrique pas quelque cauchemar ? 

Petit traité de manipulation : qui est le manipulateur?

La manipulation est  une destruction de l’identité humaine. Elle inflige plus que la mort. D’ailleurs, les techniques qui précèdent ont été utilisées avec succès par tous les régimes totalitaires. (Exemple classique : le traitement du héros du 1984 d’Orwell.)

Comme le dit le biologiste Robert Trivers, qui a étudié l’avantage évolutif du mensonge, on ne ment bien que si l’on est convaincu par son mensonge. Pour être malfaisant, le manipulateur devrait être conscient de ses actes, ce qui n’est pas le cas, probablement.

La manipulation est une innovation, au sens de Robert Merton, c’est une tricherie à laquelle nous invite notre société. Car elle, et mon instituteur de CM2, nous a dit que l’individu devait s’épanouir, se libérer des contraintes sociales. Mais le meilleur moyen de réussir, seul, n’est-il pas d’exploiter nos positions de force sociales ? Quand on n’est pas un oligarque, sur quoi avons-nous du pouvoir sinon sur nos proches ?

Un ami libanais me disait qu’il avait été éduqué dans la rue, par son village. Aujourd’hui, la société s’étant distendue, barricadée dans ses demeures, elle n’a plus les moyens de nous mettre à temps dans le droit chemin. Or, plus la manipulation nous réussit, plus elle devient un réflexe inné.

Compléments :
  • TRIVERS, Robert, The Folly of Fools, Basic Books, 2011.
  • Voici un paradoxe comme les aime ce blog : en libérant l’homme, 68 l’a asservi ! 

Science sans conscience

5 minutes d’écoute d’une émission de France culture, samedi matin. La section que j’ai entendue disait que plus rien n’était ce que signifiait son nom : les tomates poussaient hors sol, les vaches n’étaient plus que des machines à transformer les céréales en une quantité invraisemblable de lait, les chiens plus que de jolies choses… 1984 d’Orwell.

L’analyse de la valeur au centre de la pensée américaine

Cela reflète une tendance lourde de la civilisation américaine. Un exemple avant de décortiquer le phénomène : les OGM. Aujourd’hui, ce qui limite la quantité d’insecticide que l’on peut déverser sur une plante, c’est la plante : elle crève s’il y en a trop. Les chercheurs de Monsanto ont donc décidé de créer des organismes qui produisent du pesticide, et d’autres qui en absorbent d’énormes quantités sans crever.

La technique consiste à :

  1. repérer la fonction essentielle d’un être ou d’une chose,
  2. optimiser la marche de cette fonction, par tous les moyens.

Application. La fonction de la vache est le lait. On l’a donc trafiquée pour qu’elle en produise de plus en plus. Mais, au fond, pourquoi utiliser une vache ? Bientôt nous saurons concevoir des micro-organismes qui produiront du lait sans vache.

L’Américain pense que le rôle de l’homme est de modeler le monde. Il imagine l’idéal, un idéal infiniment simple (vache = lait), et il le crée dans un mouvement infernal d’essais et erreurs, convaincu qu’au bout du tunnel il y a beaucoup d’argent et la reconnaissance universelle. L’évolution de la génétique ouvre à cet activisme frénétique des horizons inimaginables.

Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu, petit à petit les tomates n’ont plus rien à voir avec les tomates, le lait n’est plus du lait, et nourrir des herbivores avec les cadavres de leurs congénères en fait des vaches folles…

Réinvention nécessaire

De plus en plus la science ne sert plus les intérêts de la société. Ses innovations prétendent améliorer notre sort, mais souvent elles le dégradent sans que l’on s’en rende compte immédiatement, les effets néfastes étant remis à plus tard.

Cette science a atteint un degré d’avancement qui lui permet d’opérer des transformations colossales, sans en connaître les conséquences à court ou à long terme. Et elle est entre les mains d’individus hyperspécialisés et emmurés dans leurs certitudes, et d’entreprises poussées par la logique du profit immédiat, et qui sont redoutablement efficaces pour parvenir à leurs fins.

Depuis des siècles la science a été sans conscience. Tout ce qui était scientifique était bien, et il fallait pousser la recherche à ses limites. C’est ce modèle que l’humanité doit revoir.

Un Yalta de l’activité humaine ?

Je me demande s’il ne faut pas chercher le renouveau du côté d’une division entre ce qui appartient à la logique du marché, et ce qui doit en être exclu.

  1. Adam Smith a défini cette logique. Le marché produit des produits, c’est-à-dire des biens matériels, éventuellement des services (ce qu’il n’avait pas prévu), dont les caractéristiques et les coûts sont connus – peu d’externalités. Son moteur est l’appétit égoïste, l’irresponsabilité.
  2. Le reste, les activités dont on ne peut pas mesurer les coûts, à risque, comme le génie génétique ou l’énergie nucléaire, est hors marché. Il doit subir, probablement, le contrôle intelligent d’une société démocratique (pas d’un état technocratique et dirigiste).

Compléments :

  • Google Books et la culture française montre à la fois l’efficacité et les dangers de l’économie de marché. Google réussit à monter un projet planétaire, qui est dans l’intérêt collectif, mais qui aurait demandé des décennies de discussions boiteuses aux gouvernements concernés pour aboutir. (Aurait-il abouti ?) Google prend les états, et la société, de vitesse. Le danger de cette efficacité est là : elle désarçonne les mécanismes sociaux de protection de l’individu et de l’humanité. Ce qui peut être bon pour l’entreprise peut être mortel pour la société.
  • Sur les OGM : SERALINI Gilles-Eric, Ces OGM qui changent le monde, Flammarion, 2004.
  • L’édifiante histoire de Monsanto : Le triomphe des OGM, et les dangers d’une science financée par l’entreprise : OGM, science et démocratie.
  • Sur ce que la logique de marché ne s’applique qu’à fort peu de choses : Conseil gratuit. (suite).
  • Repérer la fonction essentielle de quelque chose s’appelle l’analyse de la valeur. Le best seller de Kim et Mauborgne, Blue Ocean, a remis le sujet au goût du jour

Il est criminel d’être pauvre

Noblesse oblige raconte une bien curieuse histoire. Nous sommes aux USA. On a découvert que demander à des infirmières de rendre visite à des mères pauvres pendant les deux premières années de leurs enfants réduit par 5 le taux de condamnation de ceux-ci devenus adolescents. Une tentative pour généraliser cette mesure rend hystérique les Républicains : inadmissible ingérence de l’état, c’est 1984 d’Orwell.

Cette histoire illustre-t-elle l’affrontement entre éthique de la conviction (principes sacrés), et éthique de la responsabilité (sauver des enfants) ? Ou une manipulation, comme le croit le billet : depuis quelques décennies les plus aisés ont développé une argumentation habile qui les peint en opprimés, et qui explique qu’ils ne doivent rien aux pauvres, au contraire ?

Compléments :