Edgar Morin, le double

Vidéo d’Edgar Morin. A 102 ans, il est étonnant de jeunesse.

Son discours est le résumé des questions qu’il me pose. La première partie de la vidéo, c’est sa jeunesse de résistant. Elle est extraordinairement optimiste. Alors que l’on croyait le monde sous la botte nazie, l’histoire a basculé, du jour au lendemain. La seconde, c’est aujourd’hui : j’ai peur, parce que je ne comprends rien. Ne répétons-nous pas l’erreur des pacifistes d’avant guerre ?

A mon avis, les pacifistes d’avant guerre sont au pouvoir. Et ils répètent leur erreur, en ne croyant pas à l’espoir, en ne croyant pas en l’humanité, et à ce que cela exige de nous : prendre notre sort en main.

Les raisons de la colère

« Nulle part il n’y a de perspective. » Un dirigeant expliquait le malaise français par le « manque de vision » du gouvernement et des politiques. Pas un pour rattraper les autres. Le mieux qu’ils aient trouvé, c’est les jeux olympiques. Risible.

« On vit à la petite semaine dans la peur, on passe de peur en peur. » Et chaque peur, qu’elle soit virus ou soviétique n’est, finalement, pas glorieuse. On s’y habitue.

Cela produit un « manque de confiance en soi ».

Je me demandais comment faire, quand j’ai pensé à « top boss », l’aide qu’apporte au dirigeant l’association des interpreneurs. Discuter avec d’autres dirigeants semble lui permettre de reprendre son sort en main. Et confiance en lui. Du coup, il n’a plus besoin de « perspectives ». Ou il les crée lui-même.

Une solution ?

Les raisons de la colère

On nous annonce la sécheresse, nous n’avons pas de printemps. Tout est gris.

Promesse mensongère ? Comment ne pas être mécontent ?

Mon association, les interpreneurs, accompagne pas mal de dirigeants. Je constate que, pour « aller de l’avant », il faut avoir un rien de succès. Mais pas un faux succès, genre « pensée positive » du « développement personnel ». Méthode Coué. Curieusement, il se pourrait que ce soit ce que nous leur apportons. La vie d’un entrepreneur n’est que mauvaises nouvelles. Dans nos réunions, ils reprennent en main leur vie.

Une leçon pour notre gouvernement ? Et si la crise tenait seulement à ses passions tristes ? Et s’il lui suffisait de nous écouter, avec un peu d’intérêt, pour changer notre humeur ?

Pauvre petit riche

Je suis d’une génération à laquelle ses parents disaient « je t’ai donné ce que je n’ai pas eu ».

Je me suis toujours demandé s’il n’est pas mieux de donner ce que l’on a.

En particulier, mes parents ont eu une jeunesse pauvre mais joyeuse. La mienne a été confortable, mais chiante. Et, contrairement à ce qu’ils pensaient, j’aurai beaucoup plus travaillé qu’eux. Vraiment beaucoup plus. Je ne sais d’ailleurs que faire cela.

Il y a peut-être là les origines du drame du privilégié, sa jalousie du pauvre ?

(Et le désir de Marie-Antoinette de jouer à la bergère ?)

Blues

Un dirigeant maintenant à la retraite écrit :

« je me sens de moins en légitime pour donner des avis sur le management et la gouvernance d’une entreprise (…) Quand je discute avec des collègues en activité, ils me disent tous que le rapport au travail pour les salariés a complètement changé ces dernières années. Ils ont de plus en plus de mal à se projeter, à chercher à s’épanouir dans un projet professionnel etc… Idem quand je discute avec mes fils et ma belle-fille ou encore des neveux qui sont dans l’industrie.

Mes croyances, mes certitudes sont un peu remises en cause et  je ne voudrais surtout pas être trop prétentieux en leur expliquant qu’ils se trompent et qu’ils ne vont pas réussir. Je pense qu’on traverse une période avec plein de bouleversements (le changement climatique, la guerre…) qui vont remettre en cause beaucoup de choses et que nous devrons nous adapter à vivre autrement, surtout pour les plus jeunes. 

Je pense surtout que c’est plus aux plus jeunes de trouver les réponses, de construire le monde de demain. Je crois qu’on peut et qu’on doit leur faire confiance. »

Pour ma part, je vois deux France. L’une, peut-être majoritaire, qui répond exactement à la description du premier paragraphe. Et l’autre, qui fourmille d’idées. La seconde me semble être le précurseur de la première. Elle a franchi le pas. Elle a compris, comme le dit mon interlocuteur, qu’elle doit prendre son sort en main. Et elle agit. Elle s’est libérée de la chape de plomb des idées reçues. D’un monde « chiant ».

Anti chiant et la France

Depuis 2018, je me suis engagé dans une étude du pays. Voici mon opinion du moment :

Nous traversons un changement exceptionnel. Notre pays connaît un bouillonnement d’idées et d’initiatives. Tout ce que l’on entend est à la fois juste et criminellement faux. Par exemple, oui, les aides de l’Etat ne touchent que les « privilégiés », mais, non, il ne le fait pas exprès. Seulement « ses ailes de géant l’empêchent de marcher ». 

Qu’est-ce qui coince ? Je suis convaincu que ce n’est pas une question de moyens, mais d’envies. Le Français est « chiant », et c’est le noeud du problème. 

Si l’on veut exprimer la question du façon moins désagréable à une bonne éducation, on peut reformuler ainsi ce qui précède : si l’on veut un changement, en France, il faut commencer par sortir le Français de sa « retraite ». 

Il ne faut pas entendre « retraite » au sens macronien (ou jupitérien), de fin d’activité salariée, mais de repli sur soi, qui conduit irrémédiablement à l’acception napoléonienne, et russe, du terme. 

Ce que cela signifie ? Un déluge d’idées. L’optimisme au sens propre du terme : l’innovation suscitée par la contrainte et l’imprévu. Et le bonheur fou de la création. Anti chiant.

Testament

Après guerre, on avait peur d’une nouvelle guerre, qui, cette fois, serait la dernière. On a donc voulu attaquer le mal à sa racine, en contrôlant la société. Seulement, le confort et le sentiment de sécurité qui en résultèrent ont fait oublier la leçon de la guerre et fait de l’égoïsme le principe de notre société. De l’inquiétude à l’égoïsme en une génération, histoire du changement, et défaite de la raison.

Au fond, comme les disent les pragmatistes, on est formé par l’expérience. La théorie n’est pas inutile, mais elle ne prend une signification que lorsqu’une situation nous permet de la réinventer. Elle est, probablement, sensibilisation.

Voilà ce que l’on devrait prendre en considération lorsque l’on envisage l’héritage que l’on doit laisser ?

Mais le plus important est peut-être l’optimisme ou élan vital, ou encore « strategic intent » des sciences du management ?

Le blog de l'imposteur

Je souffre du syndrome de l’imposteur, ai-je lu dans un livre de psychologie. 

Effectivement, il m’a fallu bien plus de 40 ans pour comprendre que ce que me disaient mes professeurs était probablement vrai. D’ailleurs, je n’ai pas constaté qu’ils avaient raison, mais, seulement, qu’ils étaient mieux placés que moi pour me juger. Illumination. Mais tardive. 

Comme souvent, il s’agit d’un problème complexe, au sens de la théorie de la complexité. 

Car, je suis un complexé sûr de soi. A presqu’aucune exception près, je n’ai eu de considération pour mes enseignants. (Ceux des grandes écoles étant le pire de tout.) J’ai pensé que mon jugement était meilleur que le leur. Et je voyais bien qu’il y avait des choses qui n’allaient pas chez moi. 

Et c’est là que survient la complexité. Car, on dit au complexé : tu n’as pas de raison de douter de toi. Or, il faudrait lui dire : il n’y a que quelque-chose qui bloque : trouve-le et l’avenir est à toi !

(Mais la complexité ne s’arrête pas là. Le livre dit qu’il y a de avantages à se croire un imposteur. Mais, cela, c’est une autre histoire.)

M.Macron et l'Europe

L’élection de M.Macron a été un soulagement pour l’Europe. Mme Le Pen aurait été la fin de l’Union européenne, et la désagrégation du front occidental. Une victoire inespérée pour M.Poutine, dans une guerre que ses armées sont en train de perdre. Voilà ce que je comprends en lisant Politico.eu.

Le pouvoir allemand étant faible, la France est le leader naturel de l’Union. 

Pour la première fois en 5ème République, nous avons un président qui n’est pas considéré avec malaise par ses collègues étrangers. Mais M.Macron demeure très français. « Haughty » (hautain) et, surtout, on soupçonne qu’il considère que l’Europe, c’est la France. (Ce que l’on disait déjà des colonies françaises : ce n’était pas des colonies, mais la France.) Paradoxalement, alors que M.Macron est peu populaire chez nous, il fait une politique, en Europe, dont nous devrions être fiers ! 

Et il se heurte aux pays du nord, curieux mélange d’ultra libéralisme et d’ultra socialisme, et à la perfide Albion, qui joue habilement de la guerre ukrainienne pour acquérir l’amitié des pays de l’est. (Curieusement, Albion et la Russie utilisent le même type de tactique.)

L’optimisme de M.Macron a le grand avantage de lui éviter l’impuissance du cynique ?

Oublions le passé ?

Et si la vie était faite de big bangs ? 

Il y a pas mal de théories qui le disent. Celle de Bergson, par exemple. Mais aussi celle de B.Cyrulnik. 

Je me demande si une expérience de Martin Seligman n’en donne pas une métaphore. Un chien est soumis à des décharges électriques aléatoires. Il s’agite dans tous les sens, et il touche un levier qui coupe le courant. Et s’il en était de même de notre vie ? Nous pensons qu’elle est guidée par la raison, et si ce n’état qu’une illusion ? Et si, en croyant aller tout droit, nous marchions, par hasard sur un levier qui nous propulse dans une autre vie ? 

En tous cas, si c’était vrai, cela changerait beaucoup de choses. En effet, après le big bang, le passé ne compte plus. Autrement dit, se lamenter sur ses malheurs, comme nous pousse à le faire le psychanalyste, est une prédiction auto réalisatrice. Cela maintient le statu quo. Et empêche de s’agiter, et de trouver le levier du changement.