Le changement vu par Bill GATES ou comment Microsoft micro sauve la planète!

Après avoir proposé la révolution informatique, grâce à son système d’exploitation, et fait fortune, il semble que Bill GATES cherche à sauver le monde grâce à sa fondation, créée en 2000 (l’année du supposé grand bug !) (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Bill-et-Melinda-Gates). Le projet est terriblement séduisant :

Apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d’acquisition des connaissances

Bill GATES aurait doté sa fondation de 95 % de sa fortune personnelle (environ 35 milliards de dollars). Ses dons annuels seraient supérieurs aux dépenses de l’OMS ! Bigre !

Consacrer sa fortune pour éduquer et soigner est sans aucun doute, la plus noble et la plus louable des missions. Cependant, en janvier 2007, le Los Angeles Times, dans un article sévère, écorne sérieusement cette belle image.

Le quotidien s’interroge alors sur les investissements du fond de la fondation, confiés à des financiers sans instruction autre que la diversification et la rémunération. L’efficacité semble irréprochable car la fondation aurait distribué plus de 10 milliards de dollars.

L’enquête du Los Angeles Times relayée dernièrement par un documentaire sur France 2, pose la question de la nature de ces investissements qui paraissent bien incompatibles, voir en contradiction avec le but des actions menées. Ainsi les effets d’une campagne de vaccination dans le delta du NIGER ne sont-ils pas balayés par les agissements des compagnies pétrolières présentes, dont la fondation est actionnaire, qui dégraderaient quotidiennement l’écosystème des populations autochtones ?

L’amalgame entre un soutien des OGM par la fondation et ses partenariats et investissements dans une entreprise sulfureuse comme MONSANTO, n’est-il pas insoutenable ?

Pourquoi la fondation n’utilise-t-elle pas sa puissance financière pour faire évoluer le comportement des sociétés dans lesquelles elle investit ?

A quoi bon vacciner des bambins contre la polyo s’ils doivent être ensuite victimes de la détérioration de leur écosystème ?

Le projet de ladite fondation, qui paraissait si louable à première vue, finit par provoquer un certain malaise. L’objectif de la fondation ne serait-il pas finalement diabolique ? Rendre la population dépendante des monstres de l’agroalimentaire tout en les « microsoftant » ?

Le projet paraîtrait ainsi bien huilé car aucune autorité ne serait en mesure, en capacité ou en droit de réguler les choix et les actions de la fondation.

Que confirme-t il ?

Les Etats ont bien renoncé à leur rôle de protecteur et de garant de la justice sociale, englués dans le remboursement de leur célèbre dette, ils laissent libres les plus riches de la planète, tout puissants, de s’approprier la solidarité et décider, seuls et pour tout le monde, comment l’organiser, bien à l’abri dans leur belle fondation.

Michel Puech

Michel Puech, un philosophe du développement durable (ou « soutenable ») mène une lutte pour la « micro action ». Il faut faire, avec nos moyens limités, ce que nous pensons bien. (Souvenir de Kant ?)

Ce qui doit s’entendre, surtout, comme une critique de notre « micro inaction » : nous faisons ce que notre morale réprouve, parce que nous disons que notre action solitaire ne peut changer le monde. La micro action c’est adopter un comportement éthique, face à l’hypocrisie de la micro inaction.
Certes, mais la micro action peut être tout aussi dangereuse que la micro inaction. Le pacifiste, qui bloque l’usine d’armement durant une guerre, ou le faucheur d’OGM peuvent faire courir de grands dangers aux valeurs qui leur sont chères. Anarchie. Et la micro action est d’ailleurs vite rattrapée par l’hypocrisie.
Je me demande si la micro action ne doit pas être « responsable » au sens RSE du terme, c’est-à-dire ne prendre comme guide que les lois acceptées par la société, en évitant absolument ce que l’on est le seul à trouver bien. Les lois de la société ne se changent pas par l’action, mais par le dialogue, la « dialectique » ?
Compléments :
  • Cette pensée marque-t-elle l’anti pensée 68 : après le droit à l’irresponsabilité, devoir de responsabilité ?

Épigénétique

Comment se fait-il que l’on parle tant d’épigénétique, la capacité de transmettre des caractéristiques acquises (billet précédent) ? Logique du libéralisme en donnerait-il une explication ?
La science libérale nous explique que le monde est réglé par des lois de la nature avec lesquelles il ne faut pas interférer. En particulier sa théorie de la sélection naturelle affirme qu’elle ne choisit que les meilleurs. Pourquoi remettre en cause leur règne, et celui de leurs enfants ?
La nouvelle (en fait plus ancienne) théorie répond que notre génome possède un moyen d’apprendre des événements. Pire, il pourrait y avoir une dose de hasard dans la production de notre descendance.
Cette théorie aurait-elle été censurée jusqu’ici ?
Compléments :

Avenir de l’agriculture

The Economist estime que le monde doit s’inspirer du miracle agricole brésilien : « recherche, grandes fermes à forte intensité capitalistique, ouverture aux échanges et aux nouvelles techniques d’exploitation ». Autrement dit OGM et industrialisation à outrance. Ou encore la logique économique de la Révolution industrielle glorifiée.
Cependant, ce type d’agriculture est-il durable ? Peut-on en juger les conséquences sur quelques décennies ? Toutes les « révolutions vertes » ne battent-elles pas de l’aile (cf. l’Inde) ? Et avant de le généraliser ne serait-il pas mieux de réinventer un modèle basé sur le gaspillage ? 

Mur vert

Un entrepreneur parle à RFI. Son entreprise met de la verdure là où il y avait du béton, de l’acier et des barbelés.

Les murs de végétation sont plus efficaces que les barbelés pour défendre les militaires (il faut une demi-heure pour les percer, contre quelques minutes pour les défenses traditionnelles), ils isolent efficacement du bruit, le long des autoroutes ils absorbent les accidentés au lieu de les renvoyer sur la route… Et en plus ils combattent l’effet de serre.

Notre crise environnementale est elle en train de nous transformer ? L’Occident a voulu façonner la nature, construire un monde idéal atome par atome (nanotechnologies, OGM…), découvrirait-il que la nature est bien plus extraordinaire que ce qu’il pourra créer et que s’il arrive à en comprendre les mécanismes, il pourra parvenir à ses fins bien plus efficacement, avec beaucoup moins d’efforts, et beaucoup moins de risques pour sa survie, qu’en voulant la recréer ?

Compléments :

  • Cette idée est la conclusion de mon premier livre. Le changement c’est avant tout utiliser l’infini potentiel d’une organisation.
  • Biohacking.
  • L’armée durable : Greenery on the march

Pauvre monde

Notre capitalisme mondialisé fonctionne-t-il correctement ?

  • 1md de personnes affamées.
  • L’agriculture des pays en développement a connu « un quart de siècle de négligence ».
  • « Défaillance du marché » : semences et fertilisants ne parviennent pas aux pauvres.
  • Les OGM ? Ils ont peut-être un intérêt, mais il serait rassurant qu’ils soient produits par l’état plutôt que par le privé.
  • L’explosion des prix des denrées alimentaires de 2007-2008 (qui repartirait) pousse les gouvernements à se méfier des marchés et à chercher l’autosuffisance, par exemple en confisquant les terres de contrées moins fortunées. Ce qui pourrait être pire que le mal.

Je dois ce triste bilan à The Economist.

Nanotechnologies

Émission de France Culture, partiellement entendue :

  • D’un côté des sortes de microstructures ou machines, faites atome par atome. De l’autre des modifications du vivant aussi atome par atome.
  • Tout cela serait déjà entré dans notre vie. Notamment des composés d’argent qui permettent de combattre les odeurs (réfrigérateurs…).
  • Le tout ne serait pas sans risques, ces microstructures présenteraient les mêmes caractéristiques que l’amiante, et seraient en passe de polluer beaucoup de choses (eau, air).
  • Par ailleurs 50% des budgets seraient militaires, avec, j’ai cru comprendre, un intérêt pour les applications de ces travaux au cerveau.
  • Globalement aucun contrôle, les nanotechnologies sont le terrain de jeu de sympathiques bricoleurs.

Réflexions :

  • Les nanotechnologies paraissent une sorte d’étape ultime de l’idéologie occidentale : c’est l’illusion de pouvoir reconstruire le monde brique à brique, élément élémentaire par élément élémentaire. Par contraste, la pensée orientale perçoit le monde comme continu, et croit que l’homme doit l’utiliser, s’y inscrire, mais non le modifier.
  • Notre pensée est fondamentalement incorrecte : elle ignore la « complexité » du monde, le fait que la somme des composants n’a rien à voir avec ces composants, et d’ailleurs qu’il n’y a pas de composants insécables. Mais elle a eu des résultats, imprévus (notre science et notre technologie moderne), qui nous ont donné l’avantage sur l’Orient. L’Occident est innovant. D’ailleurs, impossible d’échapper à notre innovation : elle peut donner un avantage décisif. Nous sommes tous obligés de nous y livrer.
  • Pour parvenir à éviter des conséquences désastreuses pour la planète, il faut donc une coordination globale. Or, notre idéologie individualiste n’y est pas propice : elle crée des spécialistes, qui, n’ayant qu’une vision extrêmement réduite du monde (expert jamais sorti de son laboratoire), sont incompréhensibles, et incontrôlables à la fois par la société et par leur propre conscience.
  • Les nanotechnologies pourraient produire, comme les dernières innovations financières, le phénomène culturellement usuel d’une crise de folie américaine ; cette technologie étant aux mains d’apprentis sorciers, il y a de bonnes chances qu’elle suscite rapidement un malheur. Si nous y survivons, nous trouverons l’envie de contrôler notre élan innovateur.

Compléments :

Science sans conscience

5 minutes d’écoute d’une émission de France culture, samedi matin. La section que j’ai entendue disait que plus rien n’était ce que signifiait son nom : les tomates poussaient hors sol, les vaches n’étaient plus que des machines à transformer les céréales en une quantité invraisemblable de lait, les chiens plus que de jolies choses… 1984 d’Orwell.

L’analyse de la valeur au centre de la pensée américaine

Cela reflète une tendance lourde de la civilisation américaine. Un exemple avant de décortiquer le phénomène : les OGM. Aujourd’hui, ce qui limite la quantité d’insecticide que l’on peut déverser sur une plante, c’est la plante : elle crève s’il y en a trop. Les chercheurs de Monsanto ont donc décidé de créer des organismes qui produisent du pesticide, et d’autres qui en absorbent d’énormes quantités sans crever.

La technique consiste à :

  1. repérer la fonction essentielle d’un être ou d’une chose,
  2. optimiser la marche de cette fonction, par tous les moyens.

Application. La fonction de la vache est le lait. On l’a donc trafiquée pour qu’elle en produise de plus en plus. Mais, au fond, pourquoi utiliser une vache ? Bientôt nous saurons concevoir des micro-organismes qui produiront du lait sans vache.

L’Américain pense que le rôle de l’homme est de modeler le monde. Il imagine l’idéal, un idéal infiniment simple (vache = lait), et il le crée dans un mouvement infernal d’essais et erreurs, convaincu qu’au bout du tunnel il y a beaucoup d’argent et la reconnaissance universelle. L’évolution de la génétique ouvre à cet activisme frénétique des horizons inimaginables.

Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu, petit à petit les tomates n’ont plus rien à voir avec les tomates, le lait n’est plus du lait, et nourrir des herbivores avec les cadavres de leurs congénères en fait des vaches folles…

Réinvention nécessaire

De plus en plus la science ne sert plus les intérêts de la société. Ses innovations prétendent améliorer notre sort, mais souvent elles le dégradent sans que l’on s’en rende compte immédiatement, les effets néfastes étant remis à plus tard.

Cette science a atteint un degré d’avancement qui lui permet d’opérer des transformations colossales, sans en connaître les conséquences à court ou à long terme. Et elle est entre les mains d’individus hyperspécialisés et emmurés dans leurs certitudes, et d’entreprises poussées par la logique du profit immédiat, et qui sont redoutablement efficaces pour parvenir à leurs fins.

Depuis des siècles la science a été sans conscience. Tout ce qui était scientifique était bien, et il fallait pousser la recherche à ses limites. C’est ce modèle que l’humanité doit revoir.

Un Yalta de l’activité humaine ?

Je me demande s’il ne faut pas chercher le renouveau du côté d’une division entre ce qui appartient à la logique du marché, et ce qui doit en être exclu.

  1. Adam Smith a défini cette logique. Le marché produit des produits, c’est-à-dire des biens matériels, éventuellement des services (ce qu’il n’avait pas prévu), dont les caractéristiques et les coûts sont connus – peu d’externalités. Son moteur est l’appétit égoïste, l’irresponsabilité.
  2. Le reste, les activités dont on ne peut pas mesurer les coûts, à risque, comme le génie génétique ou l’énergie nucléaire, est hors marché. Il doit subir, probablement, le contrôle intelligent d’une société démocratique (pas d’un état technocratique et dirigiste).

Compléments :

  • Google Books et la culture française montre à la fois l’efficacité et les dangers de l’économie de marché. Google réussit à monter un projet planétaire, qui est dans l’intérêt collectif, mais qui aurait demandé des décennies de discussions boiteuses aux gouvernements concernés pour aboutir. (Aurait-il abouti ?) Google prend les états, et la société, de vitesse. Le danger de cette efficacité est là : elle désarçonne les mécanismes sociaux de protection de l’individu et de l’humanité. Ce qui peut être bon pour l’entreprise peut être mortel pour la société.
  • Sur les OGM : SERALINI Gilles-Eric, Ces OGM qui changent le monde, Flammarion, 2004.
  • L’édifiante histoire de Monsanto : Le triomphe des OGM, et les dangers d’une science financée par l’entreprise : OGM, science et démocratie.
  • Sur ce que la logique de marché ne s’applique qu’à fort peu de choses : Conseil gratuit. (suite).
  • Repérer la fonction essentielle de quelque chose s’appelle l’analyse de la valeur. Le best seller de Kim et Mauborgne, Blue Ocean, a remis le sujet au goût du jour

Biohacking

Hacking goes squishy m’apprend que le bricoleur individuel peut désormais modifier le patrimoine génétique d’organismes et en créer de nouveaux. Les outils pour cela sont dans le domaine public et ne coûtent pas cher. Des compétitions de bricolage génétique sont d’ailleurs organisées. Pour se faire la main, l’apprenti lira les revues scientifiques : il y trouvera le génome des agents des principales maladies.

The Economist se réjouit du potentiel d’innovation que nous réserve la démocratisation des outils de manipulation génétique, et espère que le régulateur n’aura pas la main trop lourde.

On ne peut qu’attendre avec impatience les résultats de cette nouvelle vague d’innovation, quand on songe à ce qu’elle a donné ailleurs : virus et spam Internet, bulle et crise financière, la bombe atomique (un peu erroné : la science atomique n’est pas encore à la portée du bricoleur), etc.

OGM, science et démocratie

Il n’est plus possible de faire d’études scientifiques sur les OGM sans l’accord des fabricants de semences (Monsanto, etc.). Et ils ont un droit de publication sur ce qu’ils tolèrent. Les scientifiques du secteur ne pouvant pas dénoncer ces pratiques sans risquer leur carrière, c’est Scientific American qui le fait : l’article.

Curieuse dérive du monde des entreprises : elles se rendent incontrôlables. Triomphe de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. Et démonstration des dangers d’une recherche financée par l’entreprise.
Peut-être aussi illustration d’une de mes intuitions. De plus en plus ce que l’entreprise appelle « innovation » est un exercice de parasitisme social. Le mécanisme est celui que j’ai décrit : le dilemme du prisonnier. Autrement dit, Monsanto et ses pairs ont réussi (pas forcément consciemment) à faire que l’intérêt des gardiens de la société (les scientifiques) soit de trahir leur mission.
Compléments :