Déséquilibre mondial

  • Les capitaux vont vers les pays émergents, plutôt que de développer les économies occidentales. Pour relancer leur économie les Occidentaux ont une politique de bas taux. Pour calmer leurs économies en surchauffe les Orientaux élèvent leurs taux. Ce qui ne fait qu’accélérer la fuite des capitaux, et le risque de bulle financière.
  • L’article suggère aux pays émergents d’adopter une politique coordonnée d’augmentation de leurs taux de change et de contrôle des capitaux.

Geely achète Volvo

Illustration de la stratégie chinoise d’acquisition de compétence occidentale ? Geely, fabricant de voitures qui ne passent pas les normes de sécurité occidentales, achète Volvo, spécialiste de la sécurité, à coups de subventions gouvernementales.
Faut-il avoir peur du Chinois ? Ma théorie du moment est qu’il nous a rendu service.
  • La globalisation de ces dernières décennies ressemblait férocement à une tentative de prise de contrôle de la planète par des oligopoles. Par exemple, les constructeurs automobiles suivaient une même stratégie. C’était la mort de l’innovation. En empêchant cette entente, la Chine pourrait forcer l’industrie occidentale à redevenir intelligente.
  • La Chine semble incapable d’inventer, de nous proposer des produits que nous n’avons pas. D’ailleurs peut-être que le faire demande beaucoup de temps. En conséquence, elle a sans doute raison de partir de notre savoir-faire pour construire le sien. Ce n’est pas nécessairement dangereux pour nous. L’Allemagne et la France construisent toutes deux des voitures, et chacune a trouvé sa place sur le marché automobile. Il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même avec la Chine.
L’Occident doit sortir de sa léthargie, et ses patrons doivent montrer qu’ils méritent leur salaire.

Compléments :

Chine : géant fragile ?

Après une phase fiévreuse, l’intensité de l’esprit entrepreneurial chinois reviendrait au niveau européen :

Moins d’entrepreneurs donc, les Chinois partent vers les grandes entreprises, qui monopolisent les terrains, la législation protège de mieux en mieux l’employé, peu d’investissement en technologie innovante et des banques qui prêtent aux entreprises d’État… Pourtant l’économie est en surchauffe.

Grande solidité ? Or, l’Occident découvre que la Chine veut imposer en force son point de vue, sans suivre les usages internationaux établis. Allons nous passer de la collaboration à l’affrontement ? Repli de la globalisation et ère de reconstruction des tissus économiques locaux ? Qui a le plus à y perdre ?

Compléments :

Qu’est-ce qu’une crise

Quand j’ai commencé ce blog, je disais que la crise venait d’un excès d’individualisme de la société, incapable d’amortir des chocs inévitables. Dernières idées sur le sujet :

  • Au fond, Malthus ne peut qu’avoir raison : quand une société ne parle que de croissance, il ne peut qu’y avoir des crises. Croissance signifie augmentation exponentielle, or tout a des limites. On ne peut donc que les atteindre. Ce qui contraint à des ajustements périodiques.
  • D’ailleurs ces limites ne sont pas que celles de la nature : la crise actuelle est en grande partie due à une croissance incontrôlée du secteur financier. De même, l’expansion du secteur médical semble en passe de déséquilibrer l’économie américaine.
  • L’apparition de ces facteurs de crise fait penser à la théorie du chaos : une cause microscopique a une conséquence macroscopique. Elle fait aussi penser à ce qui se passe lors d’une révolution : la disparition d’un pouvoir laisse la place à l’émergence de tels phénomènes. La créativité occidentale, nécessaire à l’économie, viendrait-elle d’un défaut d’encadrement social ?
  • Mes derniers billets montrent que les gouvernements sont incapables de réformer la société, il leur manque un savoir faire de conduite du changement (élémentaire ?), du coup ils empruntent la pente de moindre résistance qui rend inévitable un ajustement dans la douleur.

Une question se pose à moi : qu’arriverait-il si nous avions les moyens d’absorber les crises ? Cela signifierait-il une réapparition d’un lien social fort (cf. la Flexisécurité) ? Et la disparition corrélative de notre créativité ? Pour que la planète ne s’endorme pas faut-il laisser une zone d’individualisme créatif (USA), entourée de zones de solidarité, qui absorbent périodiquement les chocs créés par la première, le tout fonctionnant comme une sorte de cœur ?

Compléments :

Mur vert

Un entrepreneur parle à RFI. Son entreprise met de la verdure là où il y avait du béton, de l’acier et des barbelés.

Les murs de végétation sont plus efficaces que les barbelés pour défendre les militaires (il faut une demi-heure pour les percer, contre quelques minutes pour les défenses traditionnelles), ils isolent efficacement du bruit, le long des autoroutes ils absorbent les accidentés au lieu de les renvoyer sur la route… Et en plus ils combattent l’effet de serre.

Notre crise environnementale est elle en train de nous transformer ? L’Occident a voulu façonner la nature, construire un monde idéal atome par atome (nanotechnologies, OGM…), découvrirait-il que la nature est bien plus extraordinaire que ce qu’il pourra créer et que s’il arrive à en comprendre les mécanismes, il pourra parvenir à ses fins bien plus efficacement, avec beaucoup moins d’efforts, et beaucoup moins de risques pour sa survie, qu’en voulant la recréer ?

Compléments :

  • Cette idée est la conclusion de mon premier livre. Le changement c’est avant tout utiliser l’infini potentiel d’une organisation.
  • Biohacking.
  • L’armée durable : Greenery on the march

Alexandre Soljenitsyne

Hervé Kabla a retrouvé un discours de Soljenitsyne aux élèves de Harvard, une critique bienvenue de notre civilisation dit-il. Je crois qu’Hervé est un homme qui ne voit que le bien ; et que je ne vois que le mal.

Ce discours, « le déclin du courage » me semble avoir deux aspects.

  1. La critique de l’Occident, ce qu’Hervé a retenu. Hommes politiques lâches, or il n’y a que l’élite qui compte, peuple matérialiste et veule perverti par le confort. Droits de l’homme, outils de manipulation ; légal qui étouffe le légitime ; presse, voix de la médiocrité et de la mode qui censure le génie et la pensée… « Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. »
  2. La vision du monde de Soljenitsyne. Une poignée d’êtres d’exception, qui savent ce qui est bien. Un peuple de larves dont le droit « est de ne pas savoir » : « Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information ». L’humanité doit annuler l’erreur commise à la Renaissance, et revenir à un Moyen-âge « d’embrasement spirituel ».

Ce qui m’inquiète dans ce texte est qu’il reprend les critiques que l’on entend de partout sur l’Occident. Et que nous reprenons facilement à notre compte, sans en comprendre les conséquences. Mais qu’a-t-on à nous proposer en échange ? Le Moyen-âge de brutes et de boue d’Andreï Roublev ? Tout n’est pas parfait chez nous, mais est-ce la faute de nos idéaux, auxquels Soljenitsyne s’en prend, ou de leur mise en œuvre ? N’est-il pas encore temps de la corriger ? La science n’a-t-elle pas été précédée par les charlatans de Molière ?

D’ailleurs notre monde n’est-il que matérialisme lâche ? N’avons-nous pas toujours de nobles idéaux, qui comptent plus que nôtre vie et que les biens matériels ? Et notre force n’est-elle pas d’avoir un peuple qui est contraint de penser, parce qu’il ne peut faire confiance à ses élites ?

Quand au « déclin du courage », je ne sais pas dans quel camp il est. Le valeureux Soljenitsyne a peur de la « pornographie » et même de la « musique » occidentales. Quant au débat démocratique et à la bataille des idées, il n’a aucun goût pour les affronter.

Le déclin de l’Occident

La Chine, l’Iran, la Russie sont enchantés : leur heure est arrivée, l’Occident est à son crépuscule. C’est lui-même qui le dit.

Oui, mais il le dit depuis plusieurs millénaires, remarque Thérèse Delpech.

Et si cette sorte de dépression chronique, à laquelle seule semble échapper l’Amérique, était simplement un mécanisme de remise en cause, qui permet de voir la prochaine catastrophe avant qu’elle arrive, et de la prévenir ?

Nous sommes des êtres du déclin et du gouffre qui ont soif de renaissance et de salut.

Compléments :

  • Curieusement cet article reprend ce que les psychologues disent des vertus de la dépression, et des dangers de l’optimisme militant américain : Stress américain.
  • Cette théorie pourrait enfin rendre sympathiques nos intellectuels : leur rôle social est de créer une saine dépression ? Triste radio.

Nanotechnologies

Émission de France Culture, partiellement entendue :

  • D’un côté des sortes de microstructures ou machines, faites atome par atome. De l’autre des modifications du vivant aussi atome par atome.
  • Tout cela serait déjà entré dans notre vie. Notamment des composés d’argent qui permettent de combattre les odeurs (réfrigérateurs…).
  • Le tout ne serait pas sans risques, ces microstructures présenteraient les mêmes caractéristiques que l’amiante, et seraient en passe de polluer beaucoup de choses (eau, air).
  • Par ailleurs 50% des budgets seraient militaires, avec, j’ai cru comprendre, un intérêt pour les applications de ces travaux au cerveau.
  • Globalement aucun contrôle, les nanotechnologies sont le terrain de jeu de sympathiques bricoleurs.

Réflexions :

  • Les nanotechnologies paraissent une sorte d’étape ultime de l’idéologie occidentale : c’est l’illusion de pouvoir reconstruire le monde brique à brique, élément élémentaire par élément élémentaire. Par contraste, la pensée orientale perçoit le monde comme continu, et croit que l’homme doit l’utiliser, s’y inscrire, mais non le modifier.
  • Notre pensée est fondamentalement incorrecte : elle ignore la « complexité » du monde, le fait que la somme des composants n’a rien à voir avec ces composants, et d’ailleurs qu’il n’y a pas de composants insécables. Mais elle a eu des résultats, imprévus (notre science et notre technologie moderne), qui nous ont donné l’avantage sur l’Orient. L’Occident est innovant. D’ailleurs, impossible d’échapper à notre innovation : elle peut donner un avantage décisif. Nous sommes tous obligés de nous y livrer.
  • Pour parvenir à éviter des conséquences désastreuses pour la planète, il faut donc une coordination globale. Or, notre idéologie individualiste n’y est pas propice : elle crée des spécialistes, qui, n’ayant qu’une vision extrêmement réduite du monde (expert jamais sorti de son laboratoire), sont incompréhensibles, et incontrôlables à la fois par la société et par leur propre conscience.
  • Les nanotechnologies pourraient produire, comme les dernières innovations financières, le phénomène culturellement usuel d’une crise de folie américaine ; cette technologie étant aux mains d’apprentis sorciers, il y a de bonnes chances qu’elle suscite rapidement un malheur. Si nous y survivons, nous trouverons l’envie de contrôler notre élan innovateur.

Compléments :

60 ans de République populaire de Chine

Cet anniversaire me ramène à l’héritage de Mao. Ses intentions me paraissent différentes de celles qu’on lui prête :

Le projet de Mao : réinventer la culture chinoise

D’une certaine façon il aurait voulu transformer la culture chinoise. Culture étant à prendre au sens ethnologique, c’est-à-dire de règles guidant le comportement collectif. Qu’il ait échoué ou réussi est presque secondaire par rapport à ce qu’il a été capable de faire. Tout seul, il a mis en mouvement des centaines de millions de personnes dans un extraordinaire exercice d’apprentissage collectif, la création de nouvelles règles culturelles.

  • Le grand bond en avant, c’était montrer qu’il ne tenait qu’à la volonté du peuple uni d’atteindre les performances du meilleur des capitalismes.
  • La révolution culturelle porte bien son nom. Mao parvient à faire que le peuple dise ce qu’il a sur la conscience, à partir de là, il procède à une « rectification ». Il fait « rééduquer » ceux qui pensent mal, selon lui.

Mao, souverain confucianiste

L’efficacité du procédé est bluffante. Un exemple. Il décide d’éliminer les hirondelles, le fléau des récoltes paysannes. Il faut empêcher que les hirondelles se reposent. Pendant plusieurs semaines les Chinois se lèvent la nuit pour effrayer les hirondelles. Réussite totale. (Des conséquences imprévues ont montré alors que l’hirondelle était utile, mais c’est une autre histoire.)

C’est une illustration extraordinaire des principes confucianistes, du rôle et du pouvoir du « bon » souverain dans une société bien organisée. Quasiment sans rien faire, de sa chambre, Mao mettait chaque année tout un peuple en furie, puis le renvoyait chez lui.

Pourquoi avoir voulu tuer le Confucianisme, pensée supérieure ?

Et pourtant, Mao a voulu éliminer la pensée confucianisme qu’il pensait coupable de l’arriération chinoise. Je me suis longtemps demandé s’il avait raison, tant la pensée confucianiste semble remarquable. Deux exemples :

  1. Si on veut la comparer à quelque chose d’occidental, c’est probablement à la « raison pratique » de Kant (les Chinois condamnant bien plus vigoureusement que Kant, la « raison pure » occidentale, et ne voulant, même, pas en entendre parler). Or la philosophie de Kant est le système philosophique dont a besoin la mécanique classique. Alors que nos autres philosophes ont généralement cherché à construire un système qui justifiait la société qui leur plaisait (la bureaucratie prussienne pour Hegel, le monde des boutiquiers pour Smith, la communauté villageoise pour Rousseau).
  2. Pour la pensée chinoise l’équivalence masse énergie est évidente depuis quelques millénaires. En effet, dans un monde qui passe du vide à la matière et retour, il y a fatalement un principe de continuité, l’énergie.

Tuer le confucianisme pour mieux le réinventer ?

Mais, avec le temps, j’ai fini par penser qu’une pensée trop parfaite devait finir par se suffire à elle-même et empêcher toute remise en cause. Le Confucianisme était bien un handicap.

Mais, pour autant, la remise en cause devait elle prendre la forme que lui a donnée la Chine ?

Je l’ai critiquée parce qu’elle nous caricaturait. De la recherche du principe des choses et du non agir, elle est passée à la croyance aveugle dans la force, dans le massacre de la nature pour la plier aux désirs de l’homme. Mais, me suis-je dit récemment, l’apprentissage n’est-il pas toujours maladroit, au début ? Ne va-t-il pas devenir bien vite plus malin ? Finalement, la Chine ne parviendra-t-elle pas, en un temps record, à s’approprier, au sens confucianiste du terme, notre culture, à en faire une seconde nature ?

Peut-être que Mao a eu raison : ce qui faisait la faiblesse de son pays était un manque d’ego, de volonté d’imposer son empreinte au monde. Elle devait s’extraire du confucianisme. S’extraire pour mieux le réinventer.

Compléments :

  • Mes idées sur les projets de Mao pour la Chine viennent de : SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003.
  • Sur la pensée chinoise en général, et sur la pensée confucianiste en particulier : Pensée chinoise / Cheng
  • Un livre cité dans un précédent billet (La pensée (actuelle) en Chine / Cheng) dit que la pensée chinoise est une « pensée pragmatique » plus exactement que pratique.
  • Si je me suis intéressé (mollement) à la pensée chinoise, c’est qu’en écrivant la conclusion de mon premier livre je me suis rendu compte que je répétais quelque chose que j’avais vu quelque part. Après recherche, il s’agissait d’un fondement de la pensée chinoise (le LI). Cette réflexion sur la correspondance entre mon expérience et ce que je comprends de la pensée chinoise (Changement et pensée chinoise) m’a conduit à l’idée du dernier paragraphe de ce billet.
  • Imposer son empreinte au monde est le principe fondateur de notre pensée occidentale. Par conséquent, il est probable que Mao ait bien trouvé le germe qui manquait à la civilisation chinoise pour répondre au défi que lui lançait la nôtre.

Turcs et Arméniens

J’écoutais tout à l’heure une discussion sur le massacre des Arméniens par les Turcs. La cause semble en être la « modernisation » de la Turquie, ou peut-être son occidentalisation.

  • Au milieu du 19ème siècle, elle décrète l’égalité de tous. Ce qui ne plaît guère à la majorité turque, qui voyait jusque-là les Arméniens comme de sympathiques inférieurs. D’autant plus que les Arméniens, étant commerçants ou artisans, acquièrent, du coup, une forme de supériorité par leur richesse.
  • Deuxième épisode, qui conduit au massacre et au déplacement de population (juste avant la première guerre) : le nationalisme. Être moderne c’est construire une nation, et nation, si on lit correctement l’histoire de l’Occident, c’est un peuple homogène. Donc il faut se débarrasser de tout ce qui refuse cette homogénéisation.
  • Troisième épisode. Les Turcs, probablement avec un fond de raison, ont estimé que la question arménienne était utilisée par l’Occident et la Russie pour démembrer leur pays. Pas question d’affirmer une quelconque responsabilité dans ces conditions.

Probable nouvel exemple d’enfer pavé de bonnes intentions, de danger de l’application d’une idéologie bien pensante dont on ne mesure pas les conséquences. Bref, le changement tel qu’on le pratique partout, à commencer par l’entreprise.

Peut être aussi nouvel exemple de notre perfidie, ou de notre schizophrénie. C’est parce qu’elle a appliqué nos valeurs que nous rejetons la Turquie au nom de leurs conséquences.