Le gouvernement syrien massacre ses manifestants. S’il devenait démocratique, pourtant, l’effet serait bénéfique pour l’ensemble de ses voisins. Mais il n’est pas possible à l’Occident d’intervenir en Syrie comme en Libye, dont la situation géographique était favorable, et qui n’a pas d’amis. Un rôle pour la Turquie et pour l’Égypte ? (Not so easy)
Étiquette : Occident
Hombre
Film de Martin Ritt, 1967.
La culture occidentale n’est qu’hypocrisie. Et c’est encore ce qu’elle fait de mieux. Quand elle cède au bon sentiment, elle suscite des catastrophes. Période contestataire…
Faire maigrir l’État
Régulièrement, The Economist fait un dossier sur l’État, qu’il trouve trop gros (Taming Leviathan). Résultat des politiques d’une droite sécuritaire et d’une gauche maternaliste.
Je soupçonne qu’une mauvaise gestion de l’État peut nuire à l’Occident. Son évolution démographique peut le conduire à laisser se développer un État ventripotent qui plomberait la performance relative de son modèle social.
Par contre, je ne crois pas, comme dise les libéraux, que nous ne puissions plus nous offrir les services traditionnels de l’État. Ceux-ci me semblent appartenir à une forme de « droits de l’homme ». D’ailleurs, nous devrions même être beaucoup plus exigeants vis-à-vis de lui.
Tout est une question de gains de productivité. Il faut réinventer l’État pour qu’il produise mieux, avec moins de moyens.
Malheureusement, personne ne part dans cette direction. Notre gouvernement fait des trous dans la coque pour alléger le bateau. D.Cameron compte sur les miracles de l’économie de marché pour sauver son pays. L’extrême droite ou la gauche, qui va probablement prendre le pouvoir en Europe, sont favorables à un État-Maginot.
Des amitiés entre démocraties occidentales et dictatures orientales
Pourquoi les démocraties occidentales ont-elles soutenu les dictatures orientales ? The Economist répond que nous avons fait passer nos intérêts avant nos valeurs.
Et si ceux qui se rassemblaient s’étaient assemblés ? Les néoconservateurs occidentaux revendiquent la nécessité d’utiliser les techniques de lavage de cerveau qu’ils prêtent à leurs adversaires de gauche ; l’opinion publique n’est pas représentée par ses politiques ; la crise actuelle est attribuée aux menées d’une « oligarchie » internationale… Et si, partout dans le monde, quelques hommes avaient pris le pouvoir et asservi leurs contemporains ? Et si la dictature avait de multiples formes ?
Retard islamique
Pourquoi le développement économique des pays islamiques a il décroché de celui de l’Occident ?
Peut-être parce que ce dernier a su inventer un type d’entreprises, et de gestion, adapté à (générant ?) un mode d’échanges complexe (et risqué ?). (The crescent and the company.)
Qui sont les riches ?
Il semblerait que le creusement des inégalités se soit fait par le haut. 1% de la population, voire 0,1% (« Pour le 0,1% supérieur le gain a cru de 20 fois les revenus des 90% du bas à presque 80 fois (entre 1980 et 2006) »), se serait massivement enrichi, pour le reste les écarts se sont sensiblement maintenus. (Unbottled Gini.) Répartition :
Au sommet de la pyramide il y a 81000 personne possédant plus de 50m$. Parmi ceux-ci 30.000 ont plus de 100m$ et 2800 plus de 500m$. (…) il y a environ 1000 milliardaires en $.
47% des millionnaires auraient créé leur entreprise, 23% seraient des salariés. La croissance des inégalités serait en grande partie due au secteur financier. Son salaire moyen qui, il y a quelques décennies, était comparable au salaire moyen d’autres secteurs, en est maintenant le double (l’étude ne dit pas si le nombre relatif de financiers a augmenté). (More millionaires than Australians.)
En fait, l’inégalité n’en serait qu’à ses débuts. Après le décollage du haut de la pyramide, le fond pourrait lâcher :
(particulièrement pour les pays riches) les perspectives pour les moins qualifiés sont stationnaires ou déclinantes. (The rich and the rest.)
Tous des imbéciles
Pourquoi prend-on les ingénieurs (des télécoms) pour de petites têtes ? se demande Hervé Kabla.
James March et Herbert Simon (Organizations) se sont eux aussi posé la question quand ils ont découvert que la théorie des organisations pensait qu’un groupe d’hommes est une machine : il obéit aux ordres.
Hypothèse fondamentale de la culture occidentale ? Nous prenons l’homme pour un benêt. Nous n’avons pas compris qu’il avait un intellect. Cela vient peut-être de notre individualisme. Nous pensons que nous connaissons la seule bonne solution. Ceux qui n’y adhèrent pas sont stupides et doivent être traités comme tels ?
La société féodale de Marc Bloch
BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989. « L’Europe fut une création du haut moyen-âge ». Écrit en 1939, ce livre semble rechercher, à son origine, ce qui caractérise les cultures des nations qui vont s’affronter. « L’époque (…) ne vit pas seulement se former les États. Elle vit aussi se confirmer ou se constituer (…) les patries. » Car, après une période de chaos marquée par les offensives des Musulmans, des Hongrois et des Scandinaves, l’Europe connaît un arrêt définitif des invasions « d’où la possibilité d’une évolution culturelle et sociale beaucoup plus régulière, sans la brisure d’aucune attaque extérieure ni d’aucun afflux humain étranger. »Le premier âge féodal (900 – 1050) est pauvre, peu peuplé, sans institutions capables de structurer une société. Faute d’argent, le salariat est impossible. C’est une société d’échange en nature, de lien direct. C’est, pour la classe supérieure, la vassalité, pour la classe inférieure, le servage.
Le second âge féodal (1050 -1200) est celui d’une « révolution économique ». « L’Occident s’est fait puissant exportateur de produits ouvrés », « les draps jouèrent le même rôle directeur qu’au XIXème siècle, dans celle de l’Angleterre, la métallurgie et les cotonnades. » La population croît, les lois se développent, les liens qui tiennent ensemble la société, le fief en particulier, deviennent financiers, les villes et la bourgeoisie – antithèse de la féodalité – apparaissent.
L’Angleterre s’affirme comme une société de classes. En haut, une classe assez égale et solidaire d’hommes libres qui jouissent de la justice du roi. Elle est ouverte et proche des « réalités », ce qui lui assurera une survie jusqu’à notre époque. En bas une classe laborieuse « abandonnée à l’arbitraire seigneurial ». Le fief y est entendu comme le droit réel de l’homme libre. L’autorité royale y est relativement forte et indépendante des puissants, elle déploie des institutions nationales, sheriffs, chartes, assemblées d’hommes libres origine de la chambre des communes. Déjà l’île se veut tête de pont d’un empire.
C’est en France que l’on trouve la féodalité la plus pure. L’État y est faible, « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration », et ne parviendra jamais à créer l’unité anglaise « les rois rassemblèrent la France bien plus qu’ils ne l’unifièrent », d’où multitudes de particularismes locaux. La France est un pays de seigneurs, chevaliers, hommes de guerre et de droit, ancêtres des nobles, qui existent dans un tissu incertain et changeant de relations les uns aux autres. Ce « lien humain caractéristique (…) attache du subordonné à un chef tout proche » est certainement la marque de fabrique d’une époque « résultat de la brutale dissolution de sociétés plus anciennes ». « L’hommage vassalique (est un) vrai contrat (…) bilatéral (qui accorde notamment) un droit de résistance ».
L’Allemagne est la moins bien définie des trois nations étudiées. Elle semble adopter les solutions trouvées en France avec deux siècles de retard. Mais elle a aussi ses particularités. Elle respecte la hiérarchie. Elle se constitue en duchés « fonctionnarisés » plus grands et solides que les seigneuries françaises, mais sans lien fort entre eux. Enfin, au droit réel anglais, elle préfère un droit de la société.
Commentaires :
- Cette étude comme d’autres (Histoire du mariage, Les Lumières, Chine et Occident : dialogue de sourds) montre une société dont les règles directrices, jamais sans exceptions, vivent et meurent, et sont remplacées par de nouvelles, ou réinterprétées – et trahies.
- Elle semble dire que certaines caractéristiques culturelles définissent nos sociétés depuis fort longtemps.
Électronique chinoise
Taiwan domine le marché de l’électronique mondiale (« plus de 50% des puces électroniques, près de 70% des écrans d’ordinateurs, plus de 90% des ordinateurs portables »). Son tissu économique (« un réseau de centaines d’entreprises spécialisées ») et la qualification de sa main d’œuvre sont exceptionnels. Ils sont les fruits d’une politique à long terme de l’État. Pourtant, ceci est peu rentable, car l’industrie taiwanaise est écrasée par ses clients occidentaux et japonais.
Ce qui la pousse dans les bras de la Chine continentale.
Je me demande si l’Occident fera toujours d’aussi bonnes affaires le jour ou l’électronique mondiale sera entre les mains de la Chine.
Modeste Chine
Les dirigeants chinois semblent craindre que le moindre faux pas fasse dérailler leur fragile course en avant. En particulier :
Ils sont profondément conscients de la susceptibilité américaine à tout discours suggérant l’émergence d’une puissance et d’une idéologie rivales – et un conflit avec l’Amérique pourrait faire échouer la croissance économique de la Chine. (The Beijing consensus is to keep quiet.)
Ce qui semble confirmer que l’Occident a un énorme atout : une démocratie solide.