Fatalité

Une Egyptologue me disait qu’en Egypte elle mangeait dans des restaurants réservés aux hommes. Pourquoi la tolérait-on ? Parce que l’Egyptien est fataliste. Si une femme est là, elle doit y être. 
C’est peut-être une des grandes différences entre l’Orient et l’Occident. Des deux côtés, il y a le sentiment d’un sort contraire. Cependant, l’Occidental se rebelle. Il est, comme Camus, un homme révolté. 

Le pauvre et la société occidentale

Dans la société romaine, le riche affranchissait souvent ses esclaves à sa mort, et ceux-ci entraient alors dans la société sur un meilleur pied que le citoyen ordinaire. Il leur en voulait. Le riche et le pauvre citoyens avaient un rapport curieux. Le fort rançonnait le faible. Mais le riche achetait la paix sociale par du pain et des jeux. Il dépensait d’une main, ce qu’il gagnait de l’autre. (Comme s’il fallait amadouer le peuple, fort, pour pouvoir exploiter l’individu, faible.) Voilà ce que dit Paul Veyne, si je l’ai bien compris. 
Le monde grec devait aussi ressembler à cela. La société occidentale ne tend-elle pas à revenir à ce modèle ? Les oligarques en lutte avec le peuple ? Et une forme d’esclavage, qui consiste à troquer sa liberté contre un espoir de confort matériel ?

Idée de tous les jours

Occident, empire des idées, disais-je. Un truc pour intello ? Non, nous sommes tous concernés. 
Un exemple. Un écrivain explique que l’un de ses parents a manipulé sa famille. Il lui en veut à mort. Il y a là un raisonnement typiquement occidental. Le parent est ramené à un modèle mathématique. Celui du manipulateur. Il devient une mécanique, une chose. Ce qui est, selon Kant, le plus grave crime que puisse commettre un homme. De victime notre écrivain est devenu criminel ? N’avons nous pas tous la même tendance à la simplification que lui ?
Définition même de crime contre l’humanité ? Crime dont fut coupable le nazisme. C’est remplacer l’homme par un modèle ? Ou agir selon un modèle, sans souci de la nature humaine ? Peut-être pas tout à fait, car définir c’est être victime du syndrome de l’Idée !

(Exemple de modèle : celui du « marché » ou du « chaos », qui a fait les beaux jours de la littérature du management anglo-saxonne. Littérature dont nous appliquons tous les jours les idées.)

Occident : l'empire des Idées ?

Je lis Bergson. Il affronte Kant. Car Kant croit que l’homme obéit au modèle de la mécanique classique. Donc qu’il est mécanique. Une erreur qui peut avoir de graves conséquences, si elle est traduite en politique.
En fait Kant est la règle pas l’exception. La particularité de l’Occident, c’est l’Idée, au sens de Platon. En Orient, c’est l’équilibre social qui compte. Nous sacrifions tout à elle, sans nous préoccuper de ses conséquences. Si bien que l’Occident procède par « destruction créatrice ». Chaque nouvelle idée veut asservir l’homme. Totalitarisme. Ce qui produit une révolte, au sens de Camus.

Théorique ? Soit un milliardaire de la Silicon Valley. Pendant des années il se concentre sur une tâche extraordinairement étroite. Par exemple, il va programmer. Il réussit. Il est milliardaire. Et alors, il veut imposer au monde sa façon de voir. On pourrait dire de même de n’importe quel penseur. L’Occident c’est cela : des gens extrêmement limités qui croient avoir trouvé le Graal et partent en croisade pour l’imposer au monde par le lavage de cerveau. Pas question d’envisager les conséquences de leurs actes, ils sont guidés par Dieu. (Où ils sont Dieu.)

(Remarque. Ce processus n’est-il pas rendu possible par le fait que ceux qui profitent de l’idée ne sont pas ceux qui en subissent les conséquences ? Une réelle société démocratique où chaque homme a à peu près le même degré de conscience le laissera-t-il se perpétuer ?)

Complot islamique

Il semble que le complot islamique fasse recette. En gros, il semble que l’idée soit la suivante : l’Islam est un complot pour subvertir le monde. Et les Islamistes modernes se sont attelés à la tâche. A cela peut s’ajouter une tirade sur la décadence de l’Occident. 
S’il y a décadence de l’Occident, c’est probablement dans l’indigence de ce raisonnement qu’on peut la voir. En effet, qu’a fait l’Islam en 15 siècles, sinon se déchirer en guerres intestines ? Et qu’en est-il aujourd’hui ? Le plus grand ennemi de l’Arabie Saoudite, c’est l’Iran. 
Je me demande si ce type de théories ne reflète pas nos propres fantasmes. Si nous le pouvions nous ferions un grand massacre purificateur ? 

Et si nous étions à un seuil de l'histoire humaine ?

Après cinq siècles, peut-être, d’une course folle, les forces du changement sont mortes. C’est ce que dit Trinh Xuan Thuan (billet précédent). L’Occident hyper individualiste est « réductionniste« . Il ne voit pas la richesse du monde, sa beauté. Il ne comprend pas qu’il est « holiste« . Il est aveugle à son aspect incertain, chaotique, qui est le propre de la liberté. Il veut l’expliquer, le déterminer, le dominer. Et cette erreur, extraordinairement destructrice à long terme, est formidablement fructueuse à court terme. Elle lui a permis, en quelques siècles, de transformer la planète. Et elle a forcé des cultures apparemment plus sages à s’adapter, ou à crever
Dans une série de billets, j’ai dit que nous étions sous la coupe de la technocratie, devenue oligarchie. Les deux phénomènes sont liés. La technocratie, écrit Max Weber, est la conséquence naturelle du « désenchantement du monde« . L’homme croyant avoir percé ses lois, il sait ce qui est bien. Tout le travail de l’humanité ne consiste donc plus qu’à appliquer le plan qui en résulte. C’est le rôle d’un bureaucratie. 
Les crises que nous connaissons viennent de là ? L’élan s’est brisé. Il a rencontré le mur de l’absurde. Désormais ce qui a séduit l’humanité et provoqué sa transformation, la science et la technologie, nous fait peur. Elles ont pris une vie qui leur est propre. Elles menacent l’humanité. Celle-ci va devoir être créatrice, si elle ne veut pas être détruite ?

(En démarrant ce blog, je ne m’attendais pas à déboucher sur ce type d’idée…)

Chine et Russie : Etats voyous ?

La Chine se livre à des manœuvres d’intimidation sur les entreprises étrangères implantées chez elle. La Russie fait entrer par la force un convoi humanitaire en Ukraine. Et « autodétermine » la Crimée. The Economist fait ressembler de plus en plus la Chine et la Russie, hier encore BRICS et avenir du Capitalisme, à des Etats voyous. 
Mais The Economist dit aussi que ces Etats pensent qu’ils suivent l’exemple des USA (i.e. des Occidentaux). Ne sont-ils pas massivement hypocrites ? Les droits de l’homme et autres inventions ne leur servent-ils pas à promouvoir leurs intérêts ? Le scandale de la NSA n’en est-il pas un exemple ? L’invasion de l’Iraq ? Les émeutes de Ferguson ? Hypocrisie qui est allée jusqu’à peindre en noir un président blanc ? 
Et si l’Occident, les USA en premier, devait comprendre qu’il est un exemple. Que le reste du monde calque son comportement sur une vision caricaturale de ce qu’il fait ? Et s’il était temps de bien se tenir, et de mettre sous tutelle ses vices

Corruption : et si la Chine se purgeait de l’Occident ?

Que sommes-nous allés faire en Libye ? Pourquoi laissons-nous le chaos s’y installer ? Même chose qu’en Iraq ? Et si c’était une question de pétrole ? Au moment où un fonds d’investissement peut mettre l’Argentine en faillite, et s’il était temps de s’interroger sur les forces qui sont au pouvoir en Occident ?
Et si son moteur était une sorte de « soif du mal », comme le disent franchement la Silicon Valley et MIT ? Et si elle manipulait nos élites ? En menaçant de révéler qu’elles nous exploitent ? Et si c’était pour cela que la corruption a gangréné le monde ? En particulier, les pays les plus fragiles, c’est-à-dire non occidentaux ? Et si la campagne anti-corruption chinoise était une campagne anti-Occident ?
Et si le monde se réveillait et rejetait, violemment, l’Occident et toutes ses valeurs ? Les bonnes comme les mauvaises ? Que faire ?
Nuit du 4 août. Il faut changer le comportement occidental. Il faut remettre le marché et ses fonds vautours à leur place. C’est-à-dire au service de l’homme. Il faut reconnaître publiquement nos torts collectifs. Il faut montrer que nous ne sommes pas que cela. Quant à notre élite, nous en avons besoin, elle a un rôle social que personne d’autre ne peut assurer. La pression de l’opinion publique doit l’amener à changer de comportement. Et, surtout, à renoncer au lavage de cerveau comme mode de gouvernement. C’est du moins ce qu’il me semble.

Le totalitarisme est le propre de l'Occident

Le précédent billet conjecture que la philosophie est le propre de l’Occident. Mais, alors, comment expliquer que certains de nos philosophes patentés, tels Sartre et Beauvoir, sont allés jusqu’à nier, par principe, tout ce qu’on leur disait de Staline ? Et qu’aujourd’hui certains les vénèrent comme des saints ? 

Parce que la philosophie a été transformée, en France, en opium du peuple. Ce qui pourrait se modéliser ainsi :

Une tendance naturelle de l’individualisme est la recherche de son intérêt personnel. Donc la négation de l’autre. Lorsqu’un individu acquiert un avantage quelconque (il s’enrichit, réussit des concours, etc.), son succès le renforce dans ses certitudes. Alors, il s’auto proclame « élite ». Et cherche à convaincre la population d’accepter un statu quo qui l’avantage, en lui expliquant qu’il a un talent hors du commun. D’où la vogue du darwinisme. Ce travail de conviction est une manipulation de l’inconscient collectif : « l’influence ». Un art dont les Anglo-saxons sont des maîtres, et dont l’outil premier est l’éducation. Totalitarisme. 

L’Occident a son Yin et son Yang ? Oscillation entre totalitarisme et révolte de l’individu contre la pseudo « tradition » qui veut lui imposer le totalitarisme pour le soumettre. 
(Dans le même ordre d’idées, et expliquant mieux la question de l’influence : un autre billet. Et une autre forme de Yin et Yang occidental : l’organisation pirate.)

La philosophie est le propre de l'Occident

Qu’est-ce que la philosophie ? C’est s’émerveiller que les choses soient telles qu’elles sont. C’est-à-dire, c’est refuser, a priori, les vérités révélées, les coutumes, traditions… Ce n’est obéir qu’à ce que l’on comprend. Si bien que la société est en éternel recommencement. La Renaissance est permanente.

Cela va avec la liberté de l’individu. Etre libre c’est n’obéir qu’à ce que l’on accepte. Ce qui demande d’avoir une « raison » assez bien formée pour faire ce type de choix. D’où l’importance de l’éducation.

Voilà qui semble l’une des caractéristiques de l’Occident, depuis les Grecs, au moins.

(La réflexion se poursuit ici.)