Il y a toujours dans la charité quelque chose qui corrompt à jamais. (Dostoievsky)
« Take care ». La formule m’a surpris quand je l’ai entendue, il y a plus de quarante ans. J’ai cru comprendre que mon interlocuteur, que je connaissais à peine, me disait par là toute son amitié. Les relations entre Anglo-saxons n’ont peut être pas la retenue que l’on trouve en France, et dans les pays latins ?
J’ai été encore plus surpris lorsque j’ai vu apparaître cette expression en français, il y a quelques années. En fait, j’ai cru comprendre qu’elle était la traduction du cri de ralliement de que l’on appelle, très curieusement, « l’extrême gauche » américaine (c’est une « gauche caviar », pas du tout dans nos traditions de libertaires crevant de faim et poseurs de bombes), le « care », qui veut défendre la veuve et l’orphelin. Cf. Obamacare.
Comme tout absolu, cette idée produit l’énantiodromie de la systémique. Autrement dit, elle a un effet pervers : c’est une prédiction auto-réalisatrice. Elle crée victimisation et pauvreté. Elle s’en nourrit, même : une quantité de personnes sont payées pour « assister » le misérable. Leur intérêt est qu’il le reste. Cette gauche, qui s’appelle aussi « de progrès », reproduit les élites.
(Ce qui est en cause ici n’est pas la gauche, mais l’extrémisme, et l’absolu de l’idée. Le « développement personnel », de droite et tout aussi anglo-saxon, ne dit rien d’autre que : je ne porterai nulle assistance à personne en danger.)
