Protectionnisme numérique

On me disait que les Russes étaient anti GAFA. Le GAFA nous vole nos données, donc notre identité.

Je doute que mes données et mon identité soient liés. Je serais même heureux que quelqu’un en tire quelque chose qui m’ouvre les yeux sur mon cas. Mais, je tends à penser que le propre de l’homme est le changement. Et que ce qu’il donne ne peut pas être déduit de ce que nous sommes, actuellement.

En tout cas, cela indique un mouvement que pourrait exploiter le marketing : le protectionnisme numérique. Ne faites pas les affaires du GAFA ! va-t-on bientôt nous dire.

Une bonne chose ? Ce blog a interviewé des gens qui disent, probablement avec raison, que la connaissance est la seule chose qui s’accroisse quand elle est partagée. Le protectionnisme est donc une mauvaise nouvelle. Tout le génie du GAFA est peut-être là : il a pris en otage un bien public. Seulement, l’homme est irrationnel. Lorsqu’il se sent floué, il devient suicidaire…

Gueule de bois numérique ?

En essayant d’ouvrir un compte dans une banque, j’ai eu une illumination. Ma surprise face à sa désorganisation et son inefficacité s’expliquent simplement. Pour nous, aujourd’hui, une banque, c’est Goldman Sachs, c’est le Loup de Wall Street, c’est le diplômé de Harvard qui se roule par terre, en disant qu’il est le meilleur. Or, la banque, en France, n’a pas changé. Elle est demeurée l’administration qu’elle était il y a cinquante ans.

Je me demande s’il n’en est pas de même de la start up. Un dirigeant me disait qu’il ne comprenait pas pourquoi une entreprise américaine avait levé 40m$ pour une technologie qu’il possède depuis 10 ans, et pour laquelle ses clients ne paient presque rien. L’explication est que nous avons projeté le concept américain de start up sur une réalité qui n’a pas changé. Le dirigeant en question est un artisan, me disait, quelque-peu dépité, quelqu’un qui essaie de le conseiller. Alors que l’Américain cherche par tous les moyens à faire fortune, le Français fait un métier. Et il le fait comme il a envie de le faire. Pour le reste, il cherche à vivre. Et, pour cela, il a besoin d’un salaire. Il trouverait normal qu’il lui soit versé par l’Etat, un peu comme on parle de payer le paysan pour l’entretien de la nature. Mais, à défaut, il a trouvé une alternative : convaincre un investisseur qu’il est une start up…

Espion numérique

Les assistants numériques nous enregistrent. Même lorsque nous ne le leur avons pas demandé. (Article du MIT.) Bien sûr, ils comptent bien employer cette information.

Il se trouve que je me demandais comment la Chine pouvait espionner le gouvernement français. Afin de le faire chanter, en menaçant de nous révéler celles de ses décisions qui ont eu des conséquences malheureuses. Eh bien, ce n’est pas compliqué. C’est le progrès.

Neurosciences et Big data

Neurosciences et Big data, on en parle beaucoup, mais qu’est-ce que ça donne, concrètement ?

Un article explique peut-être ce paradoxe. On croit que la machine peut remplacer l’homme. Du coup, elle génère, à l’aveugle, des masses de données, dont on ne sait rien tirer. Ou de fausses corrélations… Il faut, au contraire, enquêter sur des questions précises. Alors, correctement appliquées, les nouvelles techniques permettent d’obtenir des résultats inaccessibles aux facultés humaines.

Espérons que l’on va finir par s’en rendre compte.

Casse-tête numérique

« Le numérique érode les profits et la croissance des revenus, pourquoi les entreprises ne répondent-elles pas avec des stratégies agressives ? » se demandait récemment McKinsey.

Il y a probablement deux informations en une, dans cette phrase. 1) Le numérique, dont on nous parle tant et qui, de l’Arabie Saoudite à la Start up nation, est vu comme l’avenir de l’humanité, détruit plus qu’il ne crée. 2) Les entreprises ne l’utilisent pas de manière intelligente.

Dommage qu’il n’y ait que McKinsey qui le dise, et que nos gouvernants ne l’entendent pas. Si McKinsey avait raison, il n’y aurait plus d’espoir ?

Et s’il y avait une réponse dans la question ? Et si l’on se demandait comment utiliser le numérique, non pour détruire, « ubériser », mais pour faire ce que l’on ne sait pas faire ? En particulier, créer des emplois, bien payés, plutôt que de les éliminer ?

L'esprit de l'IA

Inside sales vous connaissez ? J’ai découvert ce concept il y a quelques années. Les investisseurs l’adorent. Désormais le commercial ne se déplace plus. Toute sa relation au client se fait par téléphone et mail.

Il est utilisé massivement par les éditeurs de logiciel. Est-ce efficace ? Pas simple de le savoir. Les deux ou trois cas que j’ai creusés me laissent croire qu’il conduit à un accroissement significatif des ventes, mais, corrélativement, à une dégradation massive de la rentabilité de l’entreprise. Mon analyse est peut-être fausse. Mais, si elle est juste, elle n’est pas contradictoire avec l’intérêt des investisseurs. La valeur d’une start up tient avant tout à sa vitesse de prise de part de marché, pas à sa rentabilité, ni à sa durabilité.

On m’a aussi dit que les inside sales faisaient partie d’un mouvement plus général, le « no touch ». Demain, il n’y aura plus de commercial. Vous achèterez SAP comme vous achetez un livre sur Amazon (ou plutôt un eBook). Du coup, je me suis demandé s’il n’y avait pas quelque-chose que je n’avais pas vu derrière l’ubérisation et l’intelligence artificielle. Et si, tout simplement, quelques esprits supérieurs, aux commandes des fonds d’investissement et du GAFA, avaient parié de supprimer l’homme ?

(A ne pas confondre avec télé vente : dans ce cas, une relation à long terme s’établit entre le client et le vendeur. Et la prise de contact se veut non agressive, elle part d’une détection de besoin, faite par analyse des traces de son action que le prospect laisse sur Internet.)

Danger, transformation numérique ?

Il faut transformer la société par le numérique. C’est ce que l’on a appelé, dans les années 80, le « reengineering ». Pourquoi ? Probablement parce que le numérique est la seule innovation dont on dispose. La numérisation (ou ubérisation) de la société est un acte de foi ? D’ailleurs, le principe de précaution n’est pas passé par là : on ne cause guère de ses conséquences. En voici quelques-unes :

  • Le « paradoxe de Solow ». Depuis qu’il y a des ordinateurs, on n’a aucune preuve qu’ils font ce que l’on attend d’eux : entretenir la croissance. La corrélation croissance / informatique semble même négative. Il y a un ver dans le fruit. 
  • Le développement durable. Nous remplaçons le soubassement inerte et durable de la société (le papier, notamment), par un soubassement vivant, qui doit être en permanence alimenté en énergie. Cela demande des ressources énormes. Outre la question de la pollution, pourrons-nous toujours fournir cette énergie ? Qu’arrivera-t-il si elle subit une coupure ? 
  • La cybersécurité. Le danger que présente la voiture autonome n’est pas qu’elle écrase de temps à autre un piéton, comme elle le fait aujourd’hui, mais qu’elle en tue des millions, parce qu’Internet à été infecté par un virus. Le jour où tout sera interconnecté, que se passera-t-il si un réseau électrique s’arrête de fonctionner l’hiver, ou si l’approvisionnement en nourriture d’une région est arrêté ? Et il y a mieux. Il semblerait qu’un réseau hyperconnecté devienne naturellement instable. Et si, soudainement, s’interrompaient les flux vitaux pour la société ? 

Que faire ? L’intellectuel moderne est « engagé ». En sortant de Normale Sup, il devient soit une pasionaria du Bien, soit un fauve ubérisateur. Ne serait-il pas utile qu’il reprenne de la hauteur, et qu’il considère la société de l’extérieur ? Et si c’était en confrontant le numérique à ses limites que l’on parvenait à comprendre son potentiel et comment l’utiliser ?

RGPD

On parle de taxer les revenus de Google, Facebook et autres. Difficile. Et si la RGPD, la loi sur la protection des données, était un moyen plus efficace de collecter des fonds que la taxe ?

En effet, la RGPD prévoit des sanctions qui peuvent atteindre quatre pour-cent du chiffre d’affaires annuel mondial du coupable. Si je comprends bien, la cause peut en être, simplement, un piratage. Facebook, dont les données ont été utilisées par Cambridge Analytica, serait cent fois coupables. Et il y a peut-être pire pour le dirigeant : il a une responsabilité pénale. Il peut être condamné à croupir cinq ans dans un cul de basse-fosse. Voilà qui pourrait amener l’entreprise à faire preuve de bonne volonté dans le paiement de ses impôts, histoire d’attendrir les pouvoirs inquisitoriaux ?

Transformation numérique

Les hasards de la vie font que je suis au coeur des bulles spéculatives. La transformation numérique, maintenant. Elle produit un phénomène auquel je ne m’habitue pas : la mode de management. Les entreprises se « numérisent », parce qu’il le faut. On nomme un responsable et hop, c’est parti.

Mais il y a encore plus surprenant. C’est qu’il y a beaucoup de choses extrêmement intéressantes qui sortent de ces expérimentations. (Et en grande partie parce que ceux qui les font sont des gens remarquables.) J’entraperçois de quoi « casser la baraque ». Mais cela n’émeut pas l’entreprise. Le spécialiste de l’innovation est là pour tester des innovations ; le PDG pour diriger. On est dans le rite, il n’y a personne dont le rôle soit de changer. L’entreprise est en panne de leadership.

(C’est déjà ce que disait mon rapport sur les ERP, en 2002, l’ERP aurait pu être quelque chose de très utile si seulement on s’était donné la peine de réaliser son argumentaire de vente – qui n’était pas idiot.)

Start up

Jeanne Bordeau écrit un article amusant sur le langage des Start up. Mais que cache ce discours séduisant ? On s’apitoie sur le sort des cyclistes de Deliveroo, et si « nous étions tous des livreurs de Deliveroo »? Et si la réalité du modèle économique de la Start up était non telle ou telle innovation mais notre crédulité ?

Après tout, cela a déjà été le cas durant la bulle Internet. Alors aussi ont promettait beaucoup, et surtout des conditions de travail idylliques. Mais tout a mal tourné. Et encore, cela aurait pu être bien pire, sans l’intervention des Etats. C’était un grand moment de spéculation.