Symbole et intelligence

L’intelligence est manipulation de symboles, dit Herbert Simon. C’est ce que le cerveau et l’ordinateur savent faire.

D’où la tentation de penser que l’un égale l’autre, comme le croit les papes du « numérique » ?

Je tends à croire que c’est faux.

Les démonstrations sont faites a posteriori. On commence par l’intuition, le « coup de génie », et on la prouve ensuite. D’ailleurs, très souvent, on « rationalise » : on invente une justification à ses actes. On serait bien incapable de trouver leur cause.

Et observer un entrepreneur montre qu’il agit selon des envies, irrationnelles. Ce n’est qu’a posteriori, une fois de plus, que son action prend un sens.

D’autre part, l’homme invente les symboles, mais pas l’ordinateur. Et il y a la poésie, et la « figure de style ». Le sens jaillit d’un détournement de sens, de la contravention avec la règle !

Le concept central de la théorie de la complexité est « l’émergence ». Il semble bien que ce soit aussi ce qui caractérise l’intelligence humaine. Comme le dit James March, un temps associé à Herbert Simon, « decisions happen » ?

(Et les théories concernant l’intelligence comment s’expliquent-elles ? Ceux qui les conçoivent sont des virtuoses du symbole, et ils se trouvent extrêmement intelligents ?)

Génération réseau

Un jeune homme me disait que l’on ne soupçonnait pas l’ampleur du changement qu’avaient vécu les nouvelles générations. Elles sont nées dans un monde numérique. Les Anglo-saxons parleraient de « digital natives ».

Lorsque je regarde ce qui se fait chez linkedin, j’ai l’impression que ce type de réseau brouille nos repères. On y trouve une forme d’exhibitionnisme. Et surtout, on y est façonné par les modes.

Les texte que j’y lis me font penser parfois au sermon religieux de jadis. C’est un moment désagréable. Et l’avoir vécu est l’équivalent d’une bonne action. On se sent lavé de ses pêchés. Ce qui permet d’en commettre beaucoup, en toute bonne conscience.

En d’autres temps, on se serait inquiété de l’influence de cet environnement artificiel sur l’homme. On aurait parlé de « trouble à l’ordre public », et on aurait interdit la nouveauté. Que ce ne soit plus le cas (sauf en Chine ?) explique peut-être pourquoi le monde s’est mis à changer si vite ?

Abeille de commerce

Le problème du voyageur de commerce pose des difficultés à l’ordinateur. Il s’agit de trouver le chemin le plus court passant par un certain nombre de points.

En écoutant une émission de la BBC sur les abeilles, je me suis demandé si le problème n’était pas plus simple pour elles. En effet, dans ce cas, le voyage n’a rien d’une abstraction. On peut même se demander si la fleur ne cherche pas à guider l’abeille. D’ailleurs, l’abeille serait issue d’une transformation de la guêpe, carnassière, qui aurait « co évolué » avec la fleur. Ce faisant choisissant un métier beaucoup moins dangereux pour la santé que celui de la chasse.

Des limites de l’abstraction ?

Guerre électromagnétique

Il y aurait une autre façon de faire une guerre nucléaire. (Financial Times.) A haute altitude, l’explosion d’une bombe nucléaire peut anéantir le système électrique d’une nation. Pays paralysé. Ce pourrait être ce que M.Poutine a en tête.

Bien entendu, les dégâts ne seraient pas limités à l’Ukraine, et tout le monde en profiterait. Ce qui serait une raison de déclencher une riposte nucléaire.

Cela soulève le problème que pose le nucléaire lorsqu’il est entre les mains d’apprentis sorciers, mais aussi celui de notre dépendance vis à vis du numérique et de l’électronique.

Open source

L’open source. On me dit : rien de neuf. Microsoft, c’est très bien. L’open source souffre de ses interfaces et de ses fonctionnalités. On a essayé, ça n’a pas marché. 

En fait, il semble y avoir un basculement brutal. La fonction publique serait tentée de passer à l’open source. D’ailleurs, elle en fait déjà un très gros usage. Raison ? Un moyen d’échapper au GAFAM, et à son comportement monopolistique ? Le coup d’envoi aurait été le confinement : il y avait besoin de proposer une solution rigoureuse à la question du télétravail. 

Fonctionnalités et interfaces ne seraient plus ce que l’on dit. Les applications de visioconférence, par exemple, seraient plus faciles à prendre en main, pour un utilisateur ordinaire, que les autres. 

D’ailleurs tout est confus. Microsoft serait un des plus gros contributeurs à la production de code en open source. Et Microsoft utilise de l’open source. Par exemple. Et le système d’exploitation d’Apple repose sur de l’Open source. Il n’y a plus de frontière entre public et privé, dans ce domaine. C’est cela la grande nouvelle. 

Quant au coût, il n’est pas, non plus, ce que l’on dit. L’open source est gratuit, mais le client est tenté de demander des évolutions qui amènent son prix au niveau de celui des logiciels américains. Seulement on paie un ingénieur français plutôt qu’un actionnaire étranger… 

On entend aussi parler de cybersécurité. Encore une fois, on dit n’importe quoi. Si l’on respecte des règles de bonne conduite, l’Open source est aussi sûr que tout autre logiciel. 

Les choses changent vite. Méfions-nous des idées reçues ?

La PME se rebiffe ?

Alors que l’on disait que la PME était un marché extraordinairement morcelé et impossible d’accès, je constate, de plus en plus, qu’une offre, notamment de logiciel, est spécialement conçue pour elle. Le logiciel doit être « rustique » et facile à utiliser, car la PME a généralement une seule personne à consacrer à la question, qui n’a pas le temps pour se former. L’investissement doit être rentabilisé en un an. La formule « software as a service », qui permet de payer le logiciel à l’utilisation, a beaucoup fait pour ce changement. 

Je constate aussi l’émergence d’une offre de conseil spécialisée, et bien adaptée : spécialistes fonctionnels devenus indépendants, petits cabinets… 

Alors que l’on nous disait que nos PME étaient lamentables, se rebifferaient-elles ? Après le  » tout pour le champion national » jacobin, verrait-on émerger un nouveau type d’économie ? 

Cauchemar numérique

J’achète Office 365. Jusque-là le logiciel était installé sur mon ordinateur. Pas cette fois. Il est tout cloud. 

Il y a bien une version téléchargeable. Seulement, j’ai découvert, au moment de payer, qu’elle était en option. Et j’en ai marre de me faire exploiter. De toute manière, j’utilise déjà un équivalent Office, fourni par Apple, qui est plein de bugs, mais qui permet de générer le format Office. 

Tout commence mal. Déjà, procédure compliquée, qui me demande de créer une nouvelle adresse mail, avec un nom de domaine Microsoft pour ma société, avec un nouveau mot de passe (ce machin qui est stocké quelque-part, mais qui ne semble jamais marcher quand on en a besoin). 

Le logiciel, qui doit être accessible une heure après passage du contrat, ne l’est pas. Je finis par contacter l’aide Microsoft. Après un « chat » avec un anglophone et son système de traduction, je suis envoyé vers un centre d’appel, qui finit par m’expédier vers un autre centre de dépannage, aux USA. Il m’appelle. Charmante conversation. (Entre temps, le logiciel avait été débloqué.) Quoi que un peu inquiétante : se faire aider demande d’autoriser Microsoft à avoir accès à son ordinateur. 

Finalement, j’utilise assez peu Office 365. L’autre jour, au moment d’y avoir accès : refus. Message incompréhensible. Je pense à résilier mon contrat, mais je n’y ai plus accès ! J’y reviendrai quand j’aurai du temps. Ce que je fais. Il s’agit de charger un logiciel d’authentification sur mon portable. (Et s’y je n’en avais pas ?!). Puis de lire, avec mon portable, un code, qui est sur mon écran. Cela finit par réussir. Mais j’ai encore à utiliser ce sacré système pour d’autres manipulations. 

Entre temps, Explorer s’est mis à me redemander des mots de passe et MacBook aussi. Je parviens à régler ces problèmes. Mais, en ce qui concerne MacBook, la procédure semble avoir été compliquée : elle a demandé à Apple plus d’une semaine. (Elle concernait le service de commerce en ligne d’Apple, que je n’utilise pas, et dont j’avais perdu le mot de passe.) J’oubliais : mon ordinateur s’est remis à me demander mon mot de passe, et plus mon empreinte… Et aussi : Google Drive ne conserve plus une copie de mes programmes sur mon ordinateur… J’envisage une grande migration. 

Kafka : notre vie va-t-elle devenir un enfer numérique ? 

La voix de la France

Deux interprétations d’Hercule Poirot. Dans l’une c’est un petit bonhomme fat, arrogant et horripilant. Dans l’autre, c’est toute la gentillesse, la douceur, l’humanité, de la voix française.

Même si Hercule est belge, je me demande si ces deux interprétations ne correspondent pas à deux façons qu’ont les Anglais de nous voir. 

En tous cas, c’est un exemple de ce que, contrairement à ce que dit le GAFA, les données sont bien peu de choses. L’interprétation peut les transformer du tout au tout. 

Révolution numérique

Le numérique ? Menace mortelle pour la croissance, disait un précédent billet. 

Nous le voyons tous les jours : nous perdons un temps fou à faire des manipulations qui ne nous servent à rien. (Et nous vivons sous la menace permanente d’une cyber attaque !)

Mais n’a-t-il pas aussi des bénéfices ? On a tellement hurlé au loup, que l’on ne l’a pas vu arriver. Cela fait au moins 40 ans que l’on nous annonce la numérisation de l’entreprise. Or, celle-ci est devenue une réalité. Les ERP, en particulier, sont partout. Seulement, ils sont employés à faire ce que l’on faisait mieux sans eux. 

Or, ils nous ouvrent des perspectives révolutionnaires. Comme Internet, dont ils sont l’émanation, ils permettent à une entreprise (étendue) de communiquer. Et le bénéfice est colossal : elle peut alors travailler sur le « système » qu’elle représente. Autrement dit, améliorer, radicalement, ce qui fait son « avantage concurrentiel », le coeur de son moteur. 

Mais il y a un hic. Personne ne veut coopérer ! Ne dit-on pas que nos entreprises sont organisées en « silos ». Echec et mat ? 

Changement systémique, plutôt. Prenez les membres de l’entreprise par les sentiments. Qu’est-ce qui les frustre ? Très rapidement, vous découvrirez que « l’enfer c’est les autres ». Alors, proposez leur de convoquer ces « autres », pour une discussion. Le succès amenant le succès, l’entreprise, rapidement, apprend les bénéfices de la coopération. Et l’utilité des systèmes d’information modernes. 

Un conte de fées ? 

Le numérique facteur de désordre ?

Nouveau rebondissement du paradoxe de Solow. Dans la version initiale, l’informatique ne contribuait pas à la croissance. Maintenant, elle lui nuit gravement. Certains ont rêvé de limites à la croissance. Eh bien, on en a peut-être trouvé le moyen.  

Le Financial Times cite un argument inattendu, et peut-être évident. (Article.) Le monde du numérique nous a fait entrer en mouvement brownien : l’humanité ne fait plus que s’adapter à la dernière lubie de l’informaticien (« pour lire cette vidéo téléchargez la dernière version du logiciel X », « pour avoir accès à votre compte, nous allons faire un test de sécurité renforcé »…). Plus cela va, moins elle parvient à travailler. 

Voilà qui mériterait d’être mesuré. Et si la théorie est juste, il serait du dernier intérêt d’inventer une informatique vertueuse. Après la Silicon Valley, la Vallée de la Vertu ?