Cerveau d’écrivain

Les informations de BBC4 de jeudi dernier disaient que l’ordinateur n’était pas bon pour le cerveau. Ecrire à la main est un exercice complexe et bénéfique.

Dans quel état mon cerveau est-il ? Je passe beaucoup de temps en face d’un ordinateur. Mais je continue à écrire. Je remplis un cahier par mois, environ, de notes prises dans des discussions.

Surtout, je ne suis pas à l’aise avec mon clavier, contrairement à l’Anglo-saxon qui a pris des cours de dactylo. D’autant que, depuis l’invention de l’intelligence artificielle, écrire est un combat. Un instant d’inattention et, hop, un contresens, ou une création poétique. Je dois en permanence déjouer ses pièges. Je ressemble à Donald Trump : je suis dans un état d’excitation permanent.

Vue son étonnante jeunesse, je me demande si la Faculté ne devrait pas réviser son jugement.

Horizon anglais

Grand scandale anglais. Fin 90, la poste anglaise achète un système d’information qui doit équiper ses « sous postiers ». Dans leurs fonctions, il y avait des transactions financières. L’ordinateur se trompait, créait des déficits, qu’ils devaient combler. Résultat : suicide, prison…

La justice s’était emparée de l’affaire. Mais elle est extraordinairement lente. Une série télévisée a ému l’opinion. Ce qui a amené le gouvernement à légiférer, pour dédommager en urgence les victimes.

Comme souvent, l’histoire est plus complexe qu’on ne le dit. Les fameux « sous-postiers » remontent à l’ère victorienne. Depuis un siècle on les soupçonnait de détourner des fonds. Et l’on a cru que le logiciel les prenait la main dans le sac… Biais de confirmation. (Informations de la BBC, jeudi matin.)

Cette affaire pose aussi une question fondamentale. Pourquoi la justice de nos démocraties est-elle aussi lente ? Embouteillée par trop de nobles principes ? Ce qui sert l’intérêt du malfrat ? Ce qui donne, à l’opinion, si facilement influençable, un pouvoir de dernier recours ?

Les inconvénients du libertarisme

Après Sam Bankman-Fried, c’est Binance qui passe en jugement. On lui reproche d’avoir permis le financement d’à peu près tout ce qu’il peut y avoir de criminel et de terroriste.

Les crypto monnaies étaient un rêve des libertaires qui nous dirigent. Le mal, selon eux, c’était la société, la main visible de l’Etat. Un système qui s’en passerait ne pourrait qu’être vertueux.

Il est possible qu’ils aient retrouvé les idées des économistes français des Lumières, pour qui la main invisible du marché devait régler l’existence des individus.

Il est aussi possible que la démonstration qu’ils ont faite est qu’une société est un organisme complexe, qui guide gentiment ses membres, et leur évite de faire de grosses bêtises.

Peut-être aussi faut-il voir dans ces jugements le pragmatisme anglo-saxon. Il a un temps fermé les yeux sur ces agissements, après tout il est protestant, il aime l’initiative individuelle, et les génies autoproclamés du numérique sont issus des meilleures familles. Mais il y a un temps pour tout. Il y a un moment où l’intérêt général se rappelle au souvenir de la nation. Fin de la récréation.

L’argent du numérique

Les affaires de Microsoft, Google et Facebook vont bien, entends-je dire. Microsoft gagne de l’argent avec le cloud, les deux autres avec la publicité.

Le cloud, ça va, mais la publicité inquiète les marchés financiers, dit-on aussi. Car la publicité, ce n’est pas l’avenir. L’avenir c’est la technique. L’intelligence artificielle, en particulier.

Et si le marché se trompait ? Et si ce qui comptait, pour une entreprise, était de gagner de l’argent ?

Verternet

On n’en parle pas…

Within the next few years, artificial intelligence, internet usage, algorithms and other data-driven technologies are expected to consume more than 30% of global electricity.(Article de l’Université de Cambridge.)

On embête l’aviation et l’automobiliste, alors que le danger pour le climat, c’est l’ordinateur !

L’université de Cambridge a eu l’idée d’un nouveau matériau qui ferait que l’ordinateur manipule autre chose que des 0 et des 1, ce qui améliorerait sa mémoire, et soit capable de retenir et de calculer en même temps…

These materials can work like a synapse in the brain: they can store and process information in the same place, like our brains can

En tous cas, comme je le dis depuis pas mal de temps, il y a beaucoup à faire dans ce domaine.

(A commencer par transformer les usages en éliminant le gros de la publicité, par nature inutile et énorme consommatrice d’énergie, puisqu’en vidéo.)

Baisse de productivité

J’entends dire que la productivité française chute.

L’Angleterre connaît depuis très longtemps une baisse de productivité. Il y a 10 ou 15 ans c’était un sujet pour économiste, mais j’ai entendu son gouvernement s’en inquiéter l’autre jour. La cause en serait une préférence pour la main d’oeuvre. Et peut-être aussi l’effet de l’immigration et des délocalisations, qui permettent au chef d’entreprise d’augmenter ses marges sans avoir à repenser son modèle économique. Autrement dit, le dirigeant ne fait plus son travail de dirigeant.

Je me demande s’il n’en est pas de même en France. A l’appui de cela, un phénomène que j’ai observé : le creusement considérable qui s’est produit entre les salaires du haut de la hiérarchie des entreprises et ceux du bas. Les performances des entreprises ne sont-elles pas obtenues essentiellement par un jeu sur le prix de la main d’oeuvre, plutôt que par l’innovation ?

Autre sujet : le « numérique ». L’économiste Robert Solow disait déjà qu’il voyait des ordinateurs partout sauf parmi les facteurs de croissance, je n’ai pas encore trouvé de travaux le contredisant. Au contraire, j’ai lu un article du Financial Times, qui laissait entendre que le mouvement brownien numérique avait un impact négatif sur la productivité du travail. 

Je me souviens d’un article de la Harvard Business Review qui expliquait que le flop du CRM venait d’avoir voulu confier son marketing à un logiciel. Je me demande si le problème de la productivité ne tient pas à la prise en main de l’économie par le manager professionnel, qui vit d’expédients. 

Ecran de fumée

Numérique à l’école : la Suède juge les écrans responsables de la baisse du niveau des élèves et fait marche arrière
S’appuyant sur l’avis de médecins, le gouvernement de centre-droit veut réduire le temps passé par les élèves devant les écrans et faire revenir les manuels scolaires dans les classes. (Le Monde, hier matin.)

Eduquer, c’est apprendre à utiliser la technologie, ce n’est pas être dominé par elle ?

Mirage 2.0 ?

« Nous avions l’impression qu’avec les réseaux sociaux, nous aurions énormément de personnes que nous pourrions contacter. Cependant, nous nous sommes rendu compte que ces réseaux pourraient être aussi fermés qu’un courriel. Il faut une mise en relation en présentiel, à travers le vrai contact humain, pour pouvoir recevoir des réponses intéressantes des réseaux sociaux. C’est seulement à partir de ce moment qu’on peut en récolter les bénéfices. Sinon, les individus éviteront (et parfois auront peur) de ce qu’ils ne connaissent pas. »

Voilà ce que conclut un groupe d’étudiantes avec qui je travaille.

Le réseau social n’est pas le miracle que l’on dit. Mais, pour le découvrir, il faut passer de la théorie à la pratique. Ce que bien peu font…

La presse ressuscitée ?

Les Echos gagneraient beaucoup d’argent avec les événements qu’ils organisent, me disait-on. C’est derniers temps, je rencontre pas mal de titres qui font de même.

Aurait-on trouvé une solution à la crise de la presse ?

Si c’est le cas, elle serait paradoxale. La presse a été victime du numérique. Et elle lui survit en prenant son contre-pied : « l’événementiel ».

Une stratégie digne du stratège chinois ? Attaquer la faille de l’adversaire. Celle du numérique, c’est le lien social.