The Economist est en vente

The Economist est en vente, ai-je lu il y a quelques jours. (Article du Financial Times.) Le groupe Pearson, actionnaire depuis 1957, et qui possède 50% de ses actions, cherche un acquéreur. Il a déjà vendu le Financial Times. 

Selon moi, il n’a probablement pas tort. Car The Economist est sur la pente descendante. Il est victime, en décalé par rapport à la profession, de la révolution numérique. Ses revenus publicitaires disparaissent. Mais le plus intéressant n’est pas là. The Economist a un système qui lui garantit l’indépendance de pensée. Des « trustees » s’assurent qu’il ne subit aucune pression de ses actionnaires. D’où deux remarques :
  1. Ce modèle ne pourrait-il pas être adopté par les journaux français ? 
  2. Ce dispositif rend difficile la vente, puisque l’actionnaire a peu de pouvoir. En outre, il transforme les journalistes en rentiers, opposés à tout changement. Effectivement, le titre subirait une grosse décote : The Economist ferait deux fois les bénéfices du FT mais vaudrait autant.
Et deux idées :
  1. Pourquoi ne pas entrer en bourse ? Le petit porteur n’a aucune velléité de contrôle de l’entreprise. Et ses critères d’investissement sont irrationnels. Love money.
  2. Il y a peut-être du travail pour un activiste. Celui qui parviendrait à entrer dans le groupe, à démonter le système assurant son indépendance d’écriture pourrait faire rapidement une plus-value de 400m£. 

Les enjeux de la transformation numérique selon Paul Krugman

« Uber apporte deux choses au marché des taxis. L’une est la révolution du smartphone (…) L’autre est l’entreprise dont les travailleurs sont supposés être des entrepreneurs, pas des employés, ce qui exempte la dite entreprise des réglementations conçues pour protéger les intérêts des employés. » dit Paul Krugman. « Il est sûrement possible de séparer ces deux problèmes, de favoriser l’utilisation de nouvelles technologies sans porter atteinte aux intérêts des travailleurs. »
Paul Krugman formule un des grandes questions de notre temps. Depuis les débuts de la révolution industrielle, et ses métiers à tisser, le progrès technique s’est imposé contre l’homme. Et l’on a trouvé cela normal. Et si, maintenant, on combinait progrès et droits de l’homme ? Principe de précaution bien compris ? 
(Voir L’apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz ou comment le progrès technique nous a été donné. Question qui se pose, alors : et si sa diffusion rapide s’expliquait par la volonté de détrousser ses semblables, excellente façon de gagner beaucoup ? L’innovation, c’est le vol ?)

Sauver Twitter

Apparemment Twitter serait sur une mauvaise pente. La publicité ne parviendrait pas à lui faire gagner de l’argent. Solution proposée par Matt Yglesias : faire payer un abonnement en fonction du nombre de suiveurs. Les peu suivis, ne paieraient rien. 
Logique : beaucoup de gens qui twittent veulent se faire de la publicité. Mais il n’y a peut-être pas qu’eux. Il doit y avoir aussi des petits jeunes qui ont beaucoup d’admirateurs. Cela pose aussi la question de la tarification : combien faudrait-il faire payer le petit nombre d’utilisateurs à gros suivisme ? Hervé Kabla a publié un article sur la question de la répartition des suiveurs par compte. Apparemment 4% des comptes actifs auraient plus de mille suiveurs. Mais quelle est la proportion de comptes actifs ? Sur 300m d’utilisateurs, cela doit faire quelques millions de comptes. Pour obtenir un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros, il suffirait donc de les faire payer, en moyenne de l’ordre de 100 à 1000€ / an. Pourquoi pas quelque-chose de l’ordre de 0,1€ par suiveur et par an, à partir de 1000 suiveurs. (Au prorata temporis.)
Le suiveur pourrait aussi payer pour des tweets exclusifs, me suis-je dit.

(Par ailleurs, la loi de distribution des suiveurs serait log-normale, pour ceux qui cherchent une tarification plus précise…)

La transformation numérique comme mode de management

Ce qu’il y a de formidablement frustrant dans la « transformation numérique » est que c’est une « mode de management ». (« Management fad » en anglais.) Et que, depuis que je travaille, j’en ai subi plus d’une par an. Mon premier employeur ayant été un précurseur du domaine. Et j’ai été aux premières loges de la bulle Internet. Or, la société n’apprend pas. Elle est toujours aussi stupide. 
C’est toujours la même chose. Un discours tonitruant qui cherche à faire passer des vessies pour des lanternes. On va tout casser, il faut faire comme ceci ou cela, faire des vidéos car Google leur donne la préférence…, à moins d’être un sinistre crétin. L’avenir est écrit. A chaque fois les mêmes artistes de la parole, les cancrelats, envahissent les médias. Ils n’ont strictement aucune expérience concrète, ce sont souvent, même, des oisifs, et pourtant ils savent tout. Ils sont convaincus. Ils ont été touchés par la grâce divine, qui a le bon goût de servir leurs intérêts. Ensuite arrivent les énarques et notre élite. Ils connaissent encore moins le sujet que les charlatans précédents. D’ailleurs, depuis qu’ils ont réussi leurs concours ils ne font plus grand chose de leur esprit. Ils se baignent dans le rayonnement de leur supériorité intellectuelle. Mais ils sont convaincus que nous sommes en retard. Qu’il y a une rupture numérique ou quelque-chose d’équivalent. Et que les freins au progrès, c’est notre bêtise. C’est ce qu’on leur a enseigné à l’ENA.
Et cela échoue. Mais ces gens n’ont jamais tort. Alors, leurs erreurs ne leur apprennent rien. Ils sont prêts à sauter sur la prochaine stupidité. Mais ce n’est pas le plus grave. Tout ceci détruit notre société. Cela coûte des emplois et des vies. Et pourtant, les moutons ne réagissent pas. Ils se laissent tondre. 

La transformation numérique n'est pas un changement

Le problème de la transformation numérique ? C’est un changement d’ordre 1. Elle cherche à améliorer l’existant, mais non à transformer radicalement la société, c’est à dire à rendre possible ce qui ne l’était pas. 
En fait, c’est même un changement d’ordre 0, une destruction. En effet, comme l’explique The Economist, elle joue sur l’inertie de la société. Le temps que la société réagisse, l’entreprise numérique a fait un bénéf. Mais elle le fait au détriment de la durabilité de l’humanité. Le numérique n’apporte rien à l’information ou la publicité, par exemple. Il ne fait que déglinguer ce qui existe sans lui substituer quelque chose d’équivalent voire de mieux. Un de ses principes, par ailleurs, est ne pas payer pour ce qui lui est nécessaire. C’est ainsi que Google ou Amazon cherchent à éviter les impôts. Mais, sans eux, pas de formation de leurs personnels, d’entretien des infrastructures qui leur sont utiles, de justice ou de démocratie… Si l’expertise devait être ubérisée, par exemple, le résultat en serait la destruction de la formation dont a besoin l’expert. Si bien qu’au bout de quelques années, il n’y aurait plus d’experts. En fait, c’est un jeu de dupes. Le principe de notre société est l’intérêt individuel. Dès que l’économie allemande a commencé à se sentir menacée par le numérique, elle a réagi. Les gens du numériques sont, donc, probablement eux-mêmes instrumentalisés pour servir d’autres intérêts. Comme hier la finance, il y a certaines limites qu’on ne leur laisse pas franchir. Malheureusement, pour le moment, il n’y a personne pour défendre l’intérêt collectif, et les faibles, qui sont en grande majorité. 
Un changement d’ordre deux consisterait, justement, à renverser l’organisation de la société. A profiter de sa dimension collective et systémique. Pourquoi n’y parvenons-nous pas ? Parce que nos esprits sont prisonniers d’un système dominant, l’individualisme.

L'imprimerie nationale réussit sa transition numérique

Le miracle de Carlyle

En cherchant un article sur l’imprimerie nationale et le fonds Carlyle :

La polémique est lancinante ­depuis que l’Etat a acquis ­pour 376,4 millions d’euros (325 millions hors taxes) auprès du fonds d’investissement américain Carlyle ces bâtiments situés rue de la Convention à Paris, à deux pas du pont Mirabeau. Quatre ans auparavant, l’Etat avait vendu l’Imprimerie nationale à ce même Carlyle pour 85 millions d’euros, comme l’a révélé fin juin le Canard enchaîné. Différence : 291,4 millions d’euros.
J’en trouve un autre dans lequel son dirigeant se vante d’avoir réussi sa transition numérique. C’est probablement grâce à cette fameuse transition que je peux maintenant suivre les aventures de mon passeport. Un SMS m’a averti le 27 mai que l’Imprimerie nationale l’avait libéré. Elle le séquestrait depuis le 29 avril ! Il faut désormais presque trois mois pour obtenir un passeport. J’ai fait une demande de rendez-vous le 9 mars pour déposer les pièces nécessaires. J’ai obtenu le rendez-vous le 16 avril ! Et encore, il fallait savoir que l’on devait prendre rendez-vous par Internet. Le plus amusant est que l’on m’a demandé de refaire ma photo. Ça ne passera pas : on ne voit pas votre cou. Je refais donc la photo au photomaton du coin. J’ai le temps. Résultat : non seulement je suis hirsute et sombre sur la photo, mais le traitement qu’on lui a fait subir pour l’insérer dans le passeport me rend quasiment non identifiable. Et elle est coupée au niveau du cou.
Il est étonnant à quel point les services publics sont devenus inefficaces. Et encore en croyant se réformer pour le mieux. Ce n’est pas une question personnel, la relation client est excellente. C’est même du gâchis de voir des gens aussi bien pris dans un processus taylorien digne du 19ème siècle. Le mal vient des processus, donc du management. Serait-il temps que nos hauts fonctionnaires arrêtent d’incriminer la résistance au changement de l’administration, et qu’ils comprennent que son problème, c’est leur incapacité à jouer leur rôle de dirigeant ? 

La révolution du SMS

Je me demande s’il n’y a pas une hiérarchisation dans notre communication numérique :
  • Le SMS est utilisé pour les messages essentiels, qui doivent être vus immédiatement. 
  • Le mail, c’est la logorrhée. On bombarde et on est bombardé. On ne lit plus, ou superficiellement. 
  • Les réseaux sociaux : pour le trivial. 
Il y a aussi les « méta données », avec qui nos terminaux communiquent. Ce qui intéresse particulièrement les services secrets. 
Comment les entreprises peuvent-elle exploiter cette information ? Et, celle à laquelle elles ont accès a-t-elle de la valeur ?

Ubérisation : devenir un pro en une leçon

Un ami me dit que le consultant en transformation numérique demande à ses clients d’appliquer à leur métier les modèles d’Amazon, Uber et les autres. L’exercice est intéressant. Surtout parce qu’il a très peu à voir avec le numérique, ai-je fait remarquer à mon ami. Prenons le cas de l’expertise auprès des assurances à titre d’exemple. 
Pour commencer, l’esprit de l’ubérisation. Les lois ne servent à rien. Sinon à créer des rentiers. D’ailleurs c’est eux qui les ont inventées. Tant qu’un procès ou un accident n’a pas démontré le contraire, on fait comme si elles n’existaient pas. Donc plus besoin de diplômes ou d’agréments pour nos experts. Ils suivent un bon sens réduit au minimum. Mécaniquement, la loi de l’offre et de la demande va en augmenter le nombre, en faire baisser le prix. La qualité de service s’améliore : il y aura toujours un expert disponible près de chez vous.
La partie clé du dispositif est un degré zéro du numérique, c’est à dire une « plate-forme ». C’est une place de marché informatique. De ce fait, il n’y a plus besoin de cabinet d’expertise et de leurs coûts fixes, et d’assistantes (50% des effectifs). L’expert devient auto entrepreneur, plus de législation du travail, réduction massive des charges sociales. Mieux : un marché marche à la marge. C’est à dire que c’est le prix marginal qui fixe le prix de tout le monde. Or, grâce à lui, vous donnez du travail à des tas de marginaux : retraités, étudiants, enseignants, chômeurs… et autres personnes voulant obtenir un complément de revenus. Tout le monde s’aligne sur leurs prix, ou crève. 
Résultat, vous pouvez diminuer par peut-être 5 ou 10 le prix d’une expertise, créer de l’emploi, et faire un beau bénéfice. (C’est la limite de l’exemple : le marché de l’expertise est trop petit pour l’ubérisation, qui est tout de même un exercice périlleux.) Le plus subtil, peut-être, est que c’est un modèle à court terme. Or les aléas de la vie frappent à long terme. C’est eux, d’ailleurs, qui expliquent l’accumulation de lois compliquées. Le possesseur de la plate-forme a donc de bonnes chances de l’avoir vendue avant qu’un gros pépin ne survienne. 

L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer l’homme ?

L’Intelligence artificielle était à la mode au début des années 80. Apparemment, elle reviendrait en force, et ferait peur à des penseurs éminents. Va-t-on remplacer l’homme par la machine ? « Ignorez la menace d’une prise de pouvoir des ordinateurs sur le monde, et vérifiez qu’ils ne sont pas en train de prendre votre emploi. » Il se trouve, justement, que le numérique s’en prend à la banque. C’est Fintech. Curieusement, c’est le régulateur qui est le meilleur allié de l’innovateur. En effet, il considère qu’il n’est pas porteur de risque systémique. S’il y a problème, c’est le prêteur qui paie les pots cassés. Du coup, l’innovateur peut espérer dépecer la banque par appartement. Et ne lui laisser que sa partie réglementée, devenue non rentable. D’où la question : que se passera-t-il en cas de crise ? Si Fintech survit, il aura un avenir. Peut-être au sein d’une banque. (En tout cas, cela semble signifier que le système financier devient beaucoup plus risqué. Ce qui pourrait l’amener à se contracter ?)
La France regroupe ses régions. Cela correspondrait plus à une rationalité stratégique qu’économique (la fusion n’entraînera pas de synergies mais probablement de gros surcoûts). M.Renzi réforme. Il va de succès en succès. Mais, serait-il en train de construire une dictature ? La doctrine économique allemande est l’ordolibéralisme. Le marché doit être encadré par des lois morales, inspirées de la gestion vertueuse d’un foyer. Dangereux ? « Presque partout, Syriza a obtenu le contraire de ce qu’il a promis. Il a juré de mettre un terme à la dépression grecque. La croissance s’est arrêtée. Il a promis d’arrêter les politiques d’austérité en Europe. Il a servi la cause des avocats de la rigueur au-delà des espoirs les plus fous de l’Allemagne. Il a promis de se débarrasser des mauvaises habitudes des partis traditionnels, il semble en fait, s’en être emparé. » Changements au Moyen-Orient. La levée de l’embargo américain sur l’Iran bouscule l’équilibre local. Les pays du Golfe demandent l’aide des USA. Aux USA, ceux qui refusent le mariage pour tous pour raison religieuse font l’objet de mesures de rétorsion de la part de la justice.
Numérique : les gros vont probablement manger les (relativement) petits. L’industrie américaine est touchée par la baisse du dollar. Elle pourrait devoir délocaliser. L’Europe essaie de construire un marché unique du numérique, mais ses dysfonctionnements endémiques devraient tuer ses velléités. Y compris celles qui consistent à s’en prendre aux entreprises américaines. 
Désormais, c’est le client pauvre qui fait, gratuitement, le travail de l’entreprise. Elle a peut-être poussé le bouchon un peu loin. Cela supprime des emplois, et cela la coupe du contact avec le marché qui est nécessaire pour le connaître. L’économie comportementale gagne du terrain. On a trouvé des applications à la manipulation des comportements humains en micro économie. Mais pas encore en macroéconomie. Le rendement des obligations européennes augmente. Ça ne devrait pas durer. Le vieillissement ne produit pas nécessairement la déflation.
On arrive à raccrocher le changement climatique à la météo. Il provoquerait une très nette probabilité d’augmentation « d’événements extrêmes », comme les vagues de chaleur, mais pas les tempêtes. Les canons électriques gagnent la marine : maintenant que le navire est électrifié, on a un moyen économique de bombarder.