De quel type d'innovation Uber est-il le nom ?

Procès en cours. Si les chauffeurs d’Uber sont requalifiés en salariés, la société ne vaut plus rien. Tout son modèle économique tient au fait d’avoir court circuité le droit du travail… (L’article.)
En fait, dit Philippe Tibi, la « transformation numérique » n’affecte pas significativement le salariat. L’innovation ne joue qu’à la marge. Ce qui m’amène à la question : c’est à la marge que se déterminent les salaires, disent les économistes. Et si toutes les innovations du moment ne servaient qu’à contenir, voire réduire, la masse salariale, en faveur des possesseurs de capital ? (Comme, hier, les délocalisations ?)

e réputation : est-ce bien sérieux ?

Scandale de VW : impact sur son e réputation ? Terrible. Tapez VW et Google vous répond « scandale ». Voilà un malheur dont VW aura du mal à se relever dit un article
Je suis dubitatif. Si ce que Google dit change si vite dans un sens, cela peut changer dans l’autre ! Car ce que reflète Google ne correspond qu’à ce qui intéresse les gens à un moment donné. Dès que VW sera associé à une autre nouvelle, elle effacera la précédente. Ce qui compte est ce que l’acheteur de voiture a dans la tête. Je ne suis pas certain qu’il se la remplisse en faisant des requêtes sur Google. D’ailleurs, il n’y trouve que ce qu’il y cherche. 
Je me demande si cette histoire d’e réputation est bien sérieuse. En fait, elle marche pour les peu connus. (Par exemple, mon blog semble être une source de renseignements sur Serge Delwasse, un spécialiste du redressement d’entreprise.) Pour le reste, Internet n’est probablement qu’une des multiples caisses de résonance qu’utilise la société. 

Numérique : le retour d'Orwell ?

Discussion avec Hervé Kabla. Tous les deux nous avons choisi de publier numériquement pour un petit groupe de lecteurs. Faire plus grand nous amènerait, avouons-le, à perdre la liberté de notre propos. 
Paradoxal ? Internet et le « numérique », on nous disait que c’était la liberté. Et c’est devenu l’Omerta. On ne peut plus faire la fête aujourd’hui comme du temps de sa jeunesse, me disait un expert en SI. Car, le dérèglement est pris en photo, se retrouve sur la place publique, et vous nuit toute votre vie. 
J’entends maintenant que l’on regrette la télévision de De Gaulle : elle permettait l’impertinence, et la contradiction, et « la culture » la plus exigeante était accessible à tous… Je me souviens de ma déception lors de l’arrivée des « Radios libres ». Je m’attendais à l’inconnu. Or, c’était de la musique commerciale habituelle, en boucle. Avec de la publicité. « Libre » ? Marketing !

Curieux. Tout comme chez Orwell. 1984. Les mots ont le sens inverse de ce qu’ils veulent dire. Autre forme de totalitarisme ? 

Et si c’était une bonne nouvelle ? Si nous ne sommes pas libres, nous pouvons le devenir ! Et quel plus beau projet peut-on avoir dans une vie ? 

Uber, mouche du coche ?

Uber attaque le partage de voiture. Il rencontre un problème algorithmique qui m’aurait plu dans ma jeunesse : optimiser le parcours de la voiture pour maximiser son remplissage. Ce qui est difficile, j’imagine : non seulement il faut tenir compte des distances, mais aussi du trafic, qui change sans cesse. Mais, cela ne va-t-il pas décourager le candidat au partage, contraint au détour ? Pourquoi être aussi compliqué ?, me suis-je demandé. Simplement pour payer les services d’Uber ! (Article du FT.) 
Curieuse histoire. Uber semble avoir autant de stratégie qu’une mouche contre une vitre. Il attaque tous azimuts. Et surtout, il n’a pas l’initiative. C’est d’ailleurs ce qui caractérise tous les spécialistes du numérique. Ils sont plus méchants que subtiles. Seconde question : que va devenir le marché de la voiture ? L’article cite un esprit supérieur du MIT. Il explique que les voitures ne sont utilisées qu’à 5%. Donc on peut en réduire le nombre par 20… Quelqu’un de moins intelligent aurait peut-être dit que la voiture a d’autres usages que ceux envisagés par le MIT : la disponibilité a un prix, de même que le prestige de la possession. Sinon pourquoi acheter des BMW ? En outre, il se peut que ce soit ceux qui ne peuvent pas se payer de voiture qui partagent. Et si c’était la pauvreté qui faisait la fortune d’Uber ? En tout cas, cela semble signaler qu’il y a des bouleversements à attendre dans le domaine des transports. Et qu’ils sont, qui sait ?, plus le fait de mouvements sociaux que technologiques. 

Usage des réseaux sociaux

A l’époque de la bulle Internet, on disait qu’il fallait du haut débit et que les « usages » en résulteraient. Quels sont les usages des réseaux sociaux ? 
Récemment, je me suis mis à utiliser Facebook. Jusque là je me servais surtout de Google+. Je l’utilise pour suivre ce que publient des journaux scientifiques ou économiques. Seulement, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup moins de choix chez Google que chez Facebook. D’où mon changement. 
J’ai trouvé que Facebook n’avait rien à voir avec Google+. Google+ est assez froid, impersonnel, alors que Facebook est familial. L’idée « d’amis » n’y est pas déplacée. On suit des proches. On affiche ses photos. On fait des « private jokes ». Mais voilà qu’il y a de nouveaux problèmes. Certains de ces proches publient énormément, d’où saturation. D’autant que cela interfère avec ma revue d’articles. Dommage qu’il n’y ait pas une possibilité, à la Google+, de séparer les deux flux. Ensuite, plus grave, j’ai découvert que mes amis ou ma famille étaient extrêmement peu actifs. Il y a un nombre étonnant de comptes dormants, y compris chez des gens branchés. Et les jeunes écrivent peu. Impossible de savoir ce qui se passe dans leur vie. (Le SMS me semble le meilleur outil de communication avec le jeune.) En dehors des anniversaires, rappelés automatiquement, bien peu de choses. 
C’est dommage. Au fond, je trouve que Facebook était une belle invention. Cela m’a fait penser à une citation de Charles Gide : lorsqu’on laisse le marché à lui-même, on obtient ce que donnerait un jardin s’il n’était pas entretenu : de la mauvaise herbe. 

Uber : l'entrepreneuriat est un combat…

Cela chaufferait-il pour Uber ? Hier matin, trois alertes du Financial Times le concernaient :
  • Judge gives go-ahead to Uber lawsuit « Case to determine if 160,000 California drivers should be treated as employees » 
  • Uber in taxi war of attrition with Didi « Battle to gain market share in China hits plateau » 
  • Mumbai taxi drivers strike over Uber incursion « Thousands demand a total ban on the app and other ride-hailing services »
L’entrepreneuriat comme guerre ? Ce qui est peut-être encore plus surprenant est qu’Uber est plein de l’argent de fonds d’investissement. J’imagine que, maintenant, dans un business plan de levée de fonds, il doit y avoir une ligne « procès ».

    Wikipedia à but lucratif ?

    Fin de l’utopie libertaire de Wikipedia ? Il semblerait que, de plus en plus, ses articles soient rédigés par des spécialistes rémunérés pour promouvoir tel ou tel intérêt. Et plus Wikipedia veut se défendre en durcissant ses règles, plus il décourage les bénévoles et fait le jeu des professionnels. (Article de The Atlantic.)
    La question qui risque de se poser bientôt est : quel a été, dans le domaine de la connaissance et des encyclopédies, le résultat de la « disruption » numérique ? Qu’est-ce qui a remplacé l’existant, détruit ?

    Le taxi est-il un entrepreneur ?

    Reflux de la « révolution numérique » ? Ce qui fait la force d’Uber n’est pas tant une innovation technologique qu’une interprétation de la loi. En effet, il considère ses taxis comme des entrepreneurs. Ce qui lui évite de payer des charges sociales, mais aussi les frais de déplacement, et les pour-boire (?). Cela serait contesté. Uber ferait l’objet d’une « class action » par ses taxis.
    L’action juridique en cours pose d’intéressantes questions. La première est : y a-t-il une « classe » : les conducteurs d’Uber ont-ils quelque-chose en commun ? Il me semble aussi qu’il faut se demander ce qu’est un entrepreneur. Ou, peut-être, pourquoi a-t-on voulu protéger certaines catégories d’humains ? Parce qu’elles avaient besoin de protection ?! L’entreprise que crée l’entrepreneur est une assurance sur la vie, et notamment sur la vieillesse, il n’en est pas de même d’un emploi ? D’ailleurs, aux USA, l’entreprise a promis des retraites à ses salariés pour attirer et conserver des personnels qualifiés… Uber prospérerait-il sur la précarité et le court terme ?
    (On apprend qu’il y a 53 millions de travailleurs indépendants aux USA, un tiers de l’ensemble, et qu’Uber vaut 51md$.)

    N'utilisez pas un ordinateur pour prendre des notes !

    Nouvelle victime de la révolution numérique : l’apprentissage. Apparemment, prendre des notes sur un ordinateur conduit à reproduire mot pour mot ce qui est dit, sans le comprendre. Ce n’est pas le cas avec une prise de notes manuscrite. Voilà ce que conclut une étude qui a l’air très sérieuse.

    Their research shows that when you only use a laptop to take notes, you don’t absorb new materials as well, largely because typing notes encourages verbatim, mindless transcription.
    Encore plus fort ? Ne pas prendre de notes du tout. C’est comme cela que procédaient Henri Poincaré et Jean Jaurès.