Le langage, l'entreprise et le digital

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Les livres de Jeanne Bordeau sont uniques. Ce sont des bonheurs d’écriture qui transfigurent les néologismes du « marketing bullshit » les plus laids. 
Que dit ce livre ? Que le numérique fait de l’entreprise une maison de verre et qu’il rend le pouvoir au client. Et que fait l’entreprise ? Comme avant. C’est pitoyable, et risible.  
Comment changer ? Le numérique nous ramène aux fondamentaux du langage et de l’entreprise. Les subtilités de la langue retrouvent toute leur puissance.  Le dirigeant doit s’emparer des médias nouveaux, être la voix de son entreprise et son directeur de la communication doit s’assurer que tous parlent à l’unisson.  
Fin du gestionnaire, retour de l’entrepreneur ?

Publicité intelligente

Il y a quelques semaines je cherchais une image de meuble anglais. Depuis je suis poursuivi par des publicités pour une marque de meubles anglais. Et cela, partout de Facebook (et il y a des tas d’endroits où Facebook affiche de la publicité) jusqu’au moindre site que je consulte. 
J’admire le talent des commerciaux qui sont parvenus à vendre une technologie qui ne marche pas, à des dirigeants qui se disent gestionnaires !

A qui profite le marché ?

À qui profite le marché ? La réponse, selon Uber ou Airbnb est : à l’intermédiaire. Il ponctionne les échanges. Or, il peut le faire exagérément, puisqu’il est en situation de monopole. Il crée la concurrence, mais il n’y est pas soumis. 
De ce fait il peut contribuer à la déflation puisque qu’il peut pomper plus de valeur qu’il n’en crée. En outre, il fait payer à la collectivité les externalités qui résultent de son existence. (Embouteillages, usure des routes, augmentation des loyers…)
Créer partout des marchés (plate-formes Internet, mise en concurrence des fournisseurs des grandes entreprises, mise en concurrence des personnels des entreprises…) a été la grande innovation de notre temps…

Le livre résiste au numérique

Le livre résisterait au numérique. Les liseuses seraient en recul. Et la librairie en expansion inattendue, au moins aux USA. Plus généralement, le disque vinyle connaîtrait un nouveau printemps, ainsi que le polaroid (grâce à lui plus de risque de trouver ses photos compromettantes sur Internet). J’entendais dire cela chez France Culture, mardi matin. 
J’ai observé ce phénomène, par exemple, pour les montres. Le quartz a semblé chasser la montre mécanique. Mais celle-ci n’a pas disparu. Elle est devenue un article de luxe. Il semblerait que le marketing de l’innovation fonctionne toujours de la même façon. Un lavage de cerveau publicitaire crée une prédiction autoréalisatrice d’inéluctabilité du changement. Finalement, une fois que la poussière est retombée, on constate qu’il n’y a que le pauvre qui ait changé. Le riche est maintenant seul propriétaire des vieilleries qu’il disait bonnes pour la casse. 
(Il en est d’ailleurs de même dans le monde des idées. Les révolutionnaires de 68 sont maintenant à l’Académie française.)

Suis-je à risque d'Alzheimer ?

Alzheimer : quelles causes ? Voici ce que me répond un chercheur, très éminent :
Le cerveau, c’est une drôle de machine : « 20% de la consommation d’énergie du corps pour seulement 1,5kg« . Cette activité effrénée a pour conséquence une production de toxines, qui « bousillent » le cerveau en s’y accumulant. Pour augmenter sa durée de vie, il doit construire des « routes« . Elles tiennent la toxine en respect. Elles résultent de l’exercice intellectuel répété. Les exercices les plus efficaces ? Ce sont ceux qui permettent aux capacités uniques du cerveau humain de se développer. J’en retiens trois :

  1. Le propre de l’homme est d’être multitâches. « L’ordinateur peut battre l’homme au go. Mais il est perdu lorsqu’on lui demande de faire autre chose. » Le multitâches est bon pour le cerveau. 
  2. « La recherche de la perfection« . Le cerveau se développe en se structurant. Il se construit par définition de « concepts« , et par hiérarchisation. En triant l’important du secondaire. Et il ne peut le faire qu’en cherchant à atteindre le ciel. C’est la quête de bien des religions ou pensées.
  3. La dimension collective de la pensée. Le propre de l’homme est d’être un animal social. Pour qu’elle se développe sa pensée doit être reliée à celle du groupe. L’objectif des grands courants de pensée, bouddhisme, philosophie grecque ou autres, est de se fondre dans le grand tout. « La transcendance, c’est aspirer à disparaître, comme la goutte d’eau disparaît dans l’océan, le cerveau doit tendre à fusionner avec le reste« . C’est une autre façon de formuler l’instinct de reproduction.
Notre société : toxines et manque d’exercice
La survenue d’Alzheimer s’explique donc par des toxines, et un manque d’exercice, « aujourd’hui l’énergie (du cerveau) est de bas niveau » :
L’allongement de la vie compte beaucoup dans Alzheimer. La toxine a du temps pour se déposer. Mais nous ne faisons rien pour améliorer les choses. A commencer par notre alimentation. Elle encrasse les vaisseaux. Arrive ensuite, mais ils sont hauts sur la pile, les critères sociétaux :
  • Internet et ses jeux, tels qu’ils sont utilisés, favorisent « un zapping permanent qui épuise les capacités de traitement de l’information du cerveau« . 
  • Notre éducation est incapable de fixer un cadre à l’enfant. Elle est un handicap à la hiérarchisation nécessaire au développement du cerveau. 
  • L’individualisme a été érigé en principe. Le cerveau ressemble au grain de blé incapable de germer, et de donner la vie. Il se racornit. 

E sport

Première école dédiée à l’e sport dit Be Angels. Je découvre l’e sport. J’ai beaucoup de retard : d’après wikipedia le « sport électronique » est né en 1990. C’est nécessairement un jeu d’équipe. Et on l’appelle sport de la même façon que l’on appellerait sport les échecs, le bridge ou la belote. Il y a des championnats internationaux. Dans ces conditions, il est dans l’ordre des choses que l’on ouvre des écoles, et que l’hygiène de vie y soit enseignée. 
Ce qui me fait m’interroger sur la signification de « sport », et sur son évolution. Doit-on devenir un professionnel du sport, en être le serviteur ? Ce qui amène naturellement à se doper, à se détruire. Ou doit on le pratiquer en amateur, au contraire, en l’utilisant pour développer chez soi une personnalité harmonieuse, comme jadis le pensait l’Anglais ?
(Le film Les chariots de feu raconte le basculement vers le professionnalisme du sport anglais.)

L'économie collaborative : combien de divisions ?

« si on fait le compte des entreprises du secteur dit collaboratif (la location, la revente, le prêt de bien, les achats groupés, l’habitat participatif, etc.), l’Ademe nous dit, c’est 15 000 entreprises (sur 3 millions en France) qui font travailler 13 000 personnes et dégagent un chiffre d’affaire de 2 milliards et demi d’euros. » (France Culture.)
Autrement dit, l’économie collaborative a un poids infime, qui se chiffre en millièmes, même pas en pourcents. Et, même en pariant sur une croissance forte dans les prochaines années, cela demeurera très faible. Or, on n’entend parler que de cela. Et si ce que l’économie collaborative avait d’exceptionnel était sa capacité à manipuler les esprits ?
(Autre caractéristique exceptionnelle, que remarquait aussi France Culture : elle ne paie pas d’impôts.)

Informatique = faillite de l'intelligence ?

Les hackathon me navrent. C’est le retour du stakhanovisme. De mon temps les gourous du développement parlaient de méthode, de mathématiques, et disaient que lorsque l’on se mettait à travailler comme un fou, c’est que l’on était partis pour un désastre. C’est d’ailleurs ce que j’ai constaté. Une raison de plus au fait que l’informatique ne soit pas un facteur de productivité ? 
Toujours est-il que je me demande si cette perte de méthode n’est pas la conséquence du libéralisme. L’individu est laissé à ses instincts. On ne l’instruit pas. Et l’informatique n’aide en rien : au lieu de réfléchir, de penser astuce qui va résoudre la question sans effort, appel au savoir scientifique, de démonstration sur le papier, on se jette dans la programmation. 
(Mais y a-t-il encore des gens qui pensent mathématiques ?)

Bullshit marketing

Dans un tableau de Jeanne Bordeau, on voit le mot « bullshit marketing ». Cela m’a frappé parce que j’avais entendu ce même mot le matin. Si je comprends bien, ce serait le pendant rustique de « l’ubérisation » de Maurice Lévy. Bullshit marketing, c’est le « digital » comme poudre aux yeux, miroir aux alouettes pour consommateur crédule (une tautologie) ; une mode inventée par des hommes de marketing sans scrupules (une tautologie) ; une bulle spéculative, comme les précédentes. 
Pas d’accord. Le numérique est le média des jeunes générations, et celles-ci sont le monde de demain. Quel que soit l’angle que l’on prend, on ne peut pas ignorer cette réalité. Si le numérique est « bullshit », c’est parce que l’on n’a pas trouvé le moyen d’en faire un usage intelligent, ne serait-ce que pour comprendre les aspirations de ces nouvelles générations. C’est toujours ce qui arrive lorsque des charlatans s’emparent d’une innovation.