Le parisien n’achète plus de sondages, et va envoyer ses journalistes tâter le pouls de la nation. Leçon de la victoire de M.Trump. On en revient aux techniques de l’anthropologue. Et si la « transformation numérique » accouchait d’un retour à l’homme ?
Étiquette : numérique
Ubériser n'est pas transformer
Proudhon observe que lorsque les hommes se rassemblent, ils créent une valeur collective (la société). L’ubérisation remplace l’organisation collective par un strict minimum logiciel. Et ramène ses composants à leur fonction « mécanique ». (A tel point qu’Uber investit dans la voiture autonome !) Les nouveaux prolétaires n’ont même plus un semblant de sécurité, un salaire. Ils sont « aux pièces ». L’ubérisateur n’a aucun engagement vis-à-vis d’eux. Marx est dépassé.
Mais la transformation numérique c’est aussi lean start up : la démocratisation des technologies les plus avancées. Je constate que beaucoup de PME ont un avantage dont elles ne sont pas conscientes. Le concept de Lean start up permet de développer une offre à partir de cet avantage et de la distribuer largement. Ainsi, l’entreprise sort de la concurrence stérile qui la détruit, elle et son personnel.
De quel côté la transformation numérique va-t-elle basculer ?
La faillite du marketing
Quelqu’un me disait, il y a quelques temps, qu’il avait écrit un Que-sais-je ? dont on lui avait assuré qu’il en tirerait une belle notoriété. En même temps il avait rédigé l’article de wikipedia sur sa spécialité, en faisait abondamment référence à ce qu’il avait écrit. Et il s’est arrangé pour que, lorsque l’on tape les mots qui le concernent sur Google, il sorte en premier. Et pourtant, en trois ans, cela ne lui a pas rapporté la moindre offre d’emploi. Que des demandes de service gratuit !
Et pourtant, je crois que cet homme a un savoir-faire, rare, qui manque aux entreprises. (Et, en plus, il faut du talent pour maîtriser aussi bien les systèmes de référencement Internet. Je n’aurais pas pensé que c’était possible.) Méfions-nous des idées reçues, revenons-en aux fondamentaux ?
La transformation digitale : faire de nous des numéros
Je lisais quelque part que quelqu’un, qui était présenté comme une gloire intellectuelle de notre temps, estimait que puisque l’on avait des données, tout était fini. Désormais, nos problèmes allaient se résoudre par un brassage de données et un calcul de la seule bonne décision.
L’argument est vieux. Les scientifiques de l’ère moderne ont cru que la science résoudrait les problèmes humains ; les débats d’idées seraient remplacés par la résolution d’équations. Depuis, les incultes de la Silicon Valley ont pris la place des philosophes des Lumières, et le « digital » celui de la science. On n’a que ce que l’on mérite ?
La transformation digitale porte bien son nom. Il s’agit de transformer l’homme, et la nature, en chiffres. Même le totalitarisme est victime du chiffre ! Il devient d’une stupidité abyssale.
Vivatech : l'important c'est de participer ?
Emmené par un ami, j’ai visité VivaTech. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Expérimentalement, j’ai déduit que de grandes sociétés invitaient une pépinière de start up. Ce qu’il y avait de curieux était que l’on se trouvait face à une forêt d’ordinateurs dans des petits boxes. Pas grand chose à voir. Et surtout un comportement pas du tout commercial : personne pour venir vous interpeler et vous parler de ses idées. Au contraire, pas mal de gens qui semblaient plus intéressés par l’écran de leur smart phone que par ce qui se passait autour d’eux. On se serait cru dans le métro. Pour eux, visiblement, l’important était de participer. Et aussi des conférences en mauvais anglais faites par des français devant un public français.
J’ai eu l’impression de beaucoup de projets anecdotiques et pas très murs et de gens, sympathiques pour ceux que j’ai rencontrés, manquant beaucoup d’expérience.
Et si le numérique sauvait l'économie traditionnelle ?
Depuis trente ans, sous diverses formes, j’entends dire que la société doit être détruite. Que le numérique va la renouveler. Cela a commencé avec la bulle Internet, cela se poursuit avec divers avatars du « digital ». Et si l’on n’avait rien compris au bénéfice du numérique ? Un exemple.
Il y a fort longtemps, j’ai travaillé pour l’industrie du câble. Initialement le câble n’avait pas pour objet d’être rentable. D’ailleurs il ne l’était pas du tout. Il servait à obtenir des concessions d’une collectivité locale. Vous désiriez opérer une installation collective ? Vous offriez à l’élu qui comptait sa chaîne télé, et son réseau. Et vous réalisiez de belles marges. Aujourd’hui, les prestataires de services au collectivités ont perdu le sens des affaires. Pas étonnant qu’ils soient tous en situation difficile. Et s’ils utilisaient les données dont ils disposent pour aider les élus à administrer leur territoire ?
Par exemple en repérant à temps certaines personnes en difficulté. Et en trouvant les politiques qui permettraient de leur donner un petit coup de pouce. Ne dit-on pas désormais que la meilleure façon d’aider une population est « nudge » : créer, sans besoin de moyens, les conditions qui lui feront éviter le cercle vicieux ?
Ne croyez-vous pas qu’une telle aide serait appréciée ?
Auto ubérisation, science et pratique
L’auto ubérisation est la mode du moment. Comment la reconnaître ?
Votre entreprise vous dit : notre métier traditionnel est fichu. Nous devons nous réinventer. Et ce à partir de certaines de nos compétences. Celles liées aux « data » (terme à ne pas confondre avec « données »). Par exemple celles dont nous disposons sur nos clients. Elle va alors vider son activité principale de son argent pour nourrir des « spin off ». La multinationale devient une holding pour start up. Curieusement, en ce qui concerne son fonctionnement central, elle demeure une bureaucratie, avec toutes ses lourdeurs, ses gros salaires et ses gros bonus, et les mêmes dirigeants qu’auparavant.
Le mouvement est nouveau en France, mais vieux aux USA. C’est ainsi qu’une entreprise comme Carlson Wagonlit est maintenant éditeur de logiciel. Le premier exemple d’un tel changement de peau est la société ENRON. D’opérateur de pipe lines, elle devient place de marché. Vivendi est aussi un désossage d’une activité traditionnelle pour financer l’achat de châteaux en Espagne.
Car on n’a aucune idée des raisons pour lesquelles les nouvelles activités gagneraient de l’argent. Et moins encore en quoi elles ont quoi que ce soit d’innovant : tout le monde fait la même chose ! C’est un acte de foi. Au mieux, il semble que ce mouvement corresponde à un gigantesque transfert de cash de l’économie réelle vers les coffres de quelques opérateurs habiles. Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent.
(Et il n’est pas sûr que les anciennes activités soient aussi condamnées qu’on veut bien le dire… à suivre.)
Les désagréments de la lecture sur ordinateur
La lecture sur ordinateur m’est désagréable. La typographie adoptée et la publicité rendent le texte interminable. Il faut dérouler, dérouler, dérouler. En outre ma position, sur une chaise, comme pour travailler, est inconfortable. Si bien qu’il faut que le titre d’un article soit particulièrement accrocheur pour que je clique dessus.
Il est bien plus facile de lire un magazine. Je m’installe dans un fauteuil et je feuillette. Tous les articles y passent. Même si je ne les ai pas totalement lus, j’en ai une idée.
Pourquoi n’acheté-je plus de magazines ? Pingrerie ? Peur du gaspillage papier ? Plus assez de contenu intéressant ? Victime de la mode et du lavage de cerveau marketing ?…
Le DRH et le numérique
Je découvre que toutes les fonctions de l’entreprise ont le même type de problème. La DRH, comme tous les services qui étaient jusque-là vus comme des centres de coûts, doit démontrer qu’elle apporte quelque chose, et nécessairement grâce au numérique, parce que le numérique est à la mode.
Le peut-elle ? Oui. Grâce à un logiciel tel que MondoBrain, dont je parlais dans un précédent billet. Ce type de logiciel très puissant et utilisable par n’importe qui rend possible d’identifier les facteurs associés à la performance d’une organisation. Par exemple, comment réduire le turnover, augmenter l’engagement des personnels, favoriser l’émergence de talents.
Le principe de ce type de logiciel est simple et puissant. Il permet de repérer les bonnes pratiques de l’organisation. Par exemple le chef de service qui a créé les conditions de la réussite de son équipe. En examinant comment il s’y est pris, il est possible de diffuser son exemple. Voire de sélectionner un type de managers qui lui correspond.
Pas de miracle, cependant. Il faut disposer de données « pertinentes ». Il faut donc en posséder, ce qui est rarement le cas. Et il faut qu’elles donnent des résultats utiles : définition circulaire ! En fait, il faut procéder par essais et erreurs. Collecter des données, jusqu’à obtenir quelque chose qui ait du sens.
Mais ce n’est pas le plus compliqué. La difficulté, c’est la conduite du changement. Imaginez que vous découvriez que 90% de votre management n’est pas à sa place. Qu’allez-vous faire ?
Justement, que trouve-t-on ? Des résultats aussi vieux que le monde. Par exemple que l’entreprise a une culture, et que seules les personnes qui la possèdent vont s’y intégrer harmonieusement. Il est su depuis longtemps que la culture est beaucoup plus importante que la compétence dans le recrutement.
Pour autant, il ne s’agit pas là d’une fausse bonne nouvelle. Si nous avons oublié l’enseignement des siècles, c’est que nous ne partageons plus leur culture, justement. Nous ne sommes plus des gens de relations humaines, mais de chiffres. Les logiciels traduisent dans notre langue la sagesse de nos pères. Ensuite, ils nous donnent de fort bonnes indications. Ils donnent des preuves convaincantes de nos intuitions. Ils favorisent l’action de ceux qui ont la faculté d’agir. Les nouveaux logiciels sont une chance. Et la chance sourit à l’esprit éclairé !
Espionage électronique ?
Brutalement, je reçois des offres de service par Internet. Je suis surpris de leur précision. En effet, je suis amené à faire actuellement un certain nombre d’opérations que je ne faisais pas dans le passé. Il semblerait qu’Internet soit au courant. Pourtant, le courrier électronique qui explique ma situation passe par wanadoo et pas gmail… Et la précision de la proposition me semble incompatible avec le peu que je dis aux réseaux sociaux, ou dans ce blog.
Il n’y a pas que la NSA qui espionne nos informations ? Les opérateurs les vendraient-ils ?