Correspondance

Je me suis mis à lire un recueil de correspondance de nos hommes célèbres.

Une solution à mon néant intellectuel du moment ? Je doute à la fois de la science et de la littérature. Comme le courant pragmatique, je n’ai plus foi qu’en l’expérience. Résultat, je ne lis plus rien. L’intérêt de cette correspondance est qu’elle est bien écrite. Elle a même souvent du génie. En revanche, elle ne m’apprend pas grand chose. La sélection privilégie l’anecdote. Bref, je ne suis jamais content.

Notre correspondance n’est plus écrite, ou est mal écrite. Elle n’est plus construite. Si elle devait être rédigée, les fautes d’orthographe et de syntaxe la rendraient incompréhensible. D’ailleurs, nous ne parvenons plus à lire le caractère manuscrit. C’est un des changements qui se sera déroulé de mon vivant. Je me souviens d’une enfance sans téléphone et de lettres interminables. Pourtant je suis d’une famille de gens modestes et peu instruits.

Cyber

L’affaire du moment en Angleterre, c’est Marks and Spencer. Il a été victime de cybercriminels. Nous sommes bien peu de choses dit la BBC.

Le problème n’est pas nouveau. Il y a eu des bandits de grands chemins, des pirates, des virus, etc. L’Etat a réuni ses forces et les a exterminés. Serait-il temps de mettre un terme à l’illusion du libertarisme numérique ?

Faux jumeaux

On entend beaucoup parler, depuis pas mal d’années, du « jumeau numérique ». Désormais il est possible de faire un double numérique de n’importe quoi.

En fait, me disait-on, c’est grossièrement faux. On ne sait pas reproduire le comportement de beaucoup de matériels. Même un logiciel existant pose des difficultés. Il peut être obsolète ou il peut faire l’objet d’un contrat qui en limite l’usage.

Faute d’avoir une panacée, on continue à faire comme on a toujours fait : un modèle du « problème à résoudre » au coup par coup, avec les moyens du bord (souvent « physiques »).

Nous vivons à l’ère du marketing et du mensonge. Mais personne n’en éprouve aucune honte. Consternant.

Enfer numérique ?

On me disait que les jeunes n’avaient plus de temps à eux. Et qu’ils étaient extrêmement stressés. Explication avancée : les réseaux sociaux et le mail. Ils consomment un temps considérable. Et surtout, impossible de leur échapper. Au moins, les Juifs ont-ils conservé le « sabbat ».

Il est vrai que je me souviens que, dans mon enfance, les vacances étaient de véritables vacances. Loin de tout. Même le téléphone, lorsqu’il est apparu, était dans une cabine.

Serait-ce de là que proviendrait le « burn-out », mal du siècle selon l’ouvrage sur le repos dont je parlais récemment ? Effet paradoxal ? Notre société est supposée apporter de grands progrès à la condition humaine, or, notre vie est rongée par ce qui est présenté comme un moyen de distraction ?

Monde quantique

La découverte de la mécanique quantique aurait produit une transformation du monde bien supérieure à la révolution industrielle. Car nous sommes quantiques : il n’y aurait pas de laser, d’électronique, donc de smartphone, d’ordinateur, d’Internet et de numérique, sans mécanique quantique.

Je n’en avais pas conscience.

D’ailleurs, c’est un paradoxe. Car la mécanique quantique nous reste toujours en travers de la gorge. L’émission qui m’a fait écrire ces phrases (la science cqfd, de France culture) faisait entendre Louis Leprince-Ringuet qui disait, d’ailleurs, que ses élèves polytechniciens avaient beaucoup de difficultés avec la mécanique quantique, alors qu’ils n’en avaient pas avec la relativité.

Autre paradoxe : les découvertes ont immédiatement conduit à des applications. Ce qui montre peut-être que nous sommes avant tout pragmatiques.

C’est Einstein qui semble personnifier le mieux le trouble que suscite le quantique. Planck a eu l’idée de proposer une modélisation quantique pour résoudre une énigme. Einstein a pensé qu’il y avait une réalité derrière cette modélisation. Ce qui lui a permis d’expliquer le phénomène photo-électrique. Du coup, il a montré la voie à la physique. (Ce qui ferait de lui le véritable père de la physique quantique. Avec, de surcroit, la découverte de la dualité corpuscule – onde.) Mais, au même moment, il s’est dit que ce qu’il avait trouvé était impossible, sans quoi le monde serait absurde.

Cas chaud

La science du crime, une émission de France culture.

On apprend qu’elle a permis de découvrir qu’Henri IV était bien Henri IV et que Jeanne d’Arc était égyptienne. Le plus surprenant est que le moyen le plus efficace de comprendre un crime n’est pas l’ADN, mais le numérique. Nous laissons notre trace partout.

Comme souvent, les actions donnent l’envers des intentions. L’Internet moderne a été créé par des libertaires. Or, il semble déboucher sur la société du flicage.

Anti dépresseur

450.000 prescriptions d’anti-dépresseurs à des moins de 18 ans, en un an, disait les nouvelles de la BBC, l’autre jour.

Jeunesse déprimée ? Ou acharnement thérapeutique ? Maslow disait que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant…

Ce qu’il y a de curieux est que, dans ma jeunesse, on vantait une société de « l’opulence », et qu’ensuite, on n’a voulu qu’améliorer les choses. Or, il semble bien que beaucoup de choses aient empiré. Peut-être serait-il temps d’oublier les beaux discours et de mener une enquête sur l’état de notre société, et sur ses pratiques ?

on the one hand, we have overly paranoid parenting that looks for labels and diagnoses for normal (albeit sometimes difficult) emotions and experiences. On the other, we have laissez-faire parenting that gives prepubescent children a portal to an alternative universe in their pockets with virtually no legal limits. This paradox has led to a generation of digital guinea pigs who are not so much depressed as helplessly confused: undergoing all the usual trials and tribulations of adolescence (break-ups, peer pressure, self-consciousness and body image) with new challenges and dangers, while being told by everyone — schools, parents, social media — that they should constantly be checking in on their mental health.

Article UnHerd

Ivre de puissance

Nuclear industry strains to meet demands of power-hungry data
AI and crypto are driving soaring usage that next-wave technology may struggle to meet

Financial Times du 21 mars

Un ami écologiste me dit que le véritable problème de notre société, c’est l’énergie. Elle en veut toujours plus.

Un paradoxe est qu’elle en consomme toujours plus pour des applications toujours plus anecdotiques, et, apparemment, toujours plus « vertes » et bien pensantes…

(Je demeure convaincu qu’en attendant un hypothétique changement de comportement, il s’ouvre un énorme marché pour la réduction de la consommation d’énergie du secteur numérique. Avis aux amateurs.)