Nokia absorbe Alcatel

Nokia achèterait Alcatel. L’idée serait d’être, avec Huawei et Ericsson, un des trois acteurs dominants du marché mondial. L’acquisition d’Alcatel marquerait le redressement de Nokia, mais aussi le succès de sa stratégie.
So far the Finnish company’s gamble on telecoms equipment is paying off. For the third quarter of last year it reported its first year-on-year sales increase in more than three years.(FT)
Pechiney, Arcelor, Alstom, Alcatel, Lafarge ? Les grandes entreprises françaises disparaissent les unes après les autres. A moyen terme cela va poser la question d’un transfert à l’étranger d’un savoir-faire qui a demandé des siècles pour se construire, et du vide qu’il va laisser. A court terme cela pose la question de leur management, et des options qu’ont choisies l’Etat et ses représentants. Ainsi que la qualité de ces derniers : car ils semblent avoir été surclassés par leurs collègues étrangers.

(En attendant, le gouvernement ne se dit soucieux que des quelques milliers de personnes qu’Alcatel emploie en France…)

L’Amérique, arbitre du bon goût

Quant il le veut, M.Obama peut bien faire. The Economist rejoint mon opinion. Et si M.Obama comprenait enfin que l’Amérique a un rôle décisif à jouer dans le monde ? Certes, elle a commis l’erreur de ne pas entendre le conseil du général de Gaulle. Il lui avait pourtant bien dit que le défaut des superpuissances était de croire que tout pouvait se régler par la force. Mais rester prostré serait dangereux. L’Amérique est toujours forte et sans équivalent. Et, sans son action régulatrice, l’humanité pourrait aller dans une direction qui n’est favorable ni à ses intérêts ni à ses valeurs. 
Par ailleurs, l’Amérique est au centre de deux négociations de libre échange. Curieusement, elle pourrait ne pas les signer. Les Républicains sont favorables au repli. La Chine semble bien partie pour de grades réformes libérales. Elle irait jusqu’à permettre les ONG et une justice indépendante. Quant au Mexique, malgré de bonnes intentions, il ne va pas assez loin dans cette même libéralisation. Il devrait ouvrir ses ressources pétrolières aux étrangers. En Allemagne, Mme Merkel est empêtrée dans les négociations de constitution d’un gouvernement. En Italie, un morceau du parti de M.Berlusconi se détache. Va-t-il rejoindre celui du premier ministre et constituer quelque chose qui ressemble à l’ancienne démocratie chrétienne ?
Rapprochement avec l’Ukraine, une bonne affaire pour l’Europe ? L’Allemand économise, mais n’achète pas d’actions. Pourquoi les lois américaines font elles des milliers de pages ? Parce qu’il y en a peu, si bien qu’on essaie d’accrocher à celles qui ont une chance de passer, tout ce qui ne pourrait être voté, sinon. « Freeport ». Ce sont des zones de transit indéfini qui permettent aux biens qui s’y trouvent d’échapper aux impôts. Les gens riches y entassent leurs trésors. C’est un savoir-faire suisse qui s’exporte partout dans le monde.  
Nokia débarrassé de ses terminaux reprend du poil de la bête. Son métier principal est la construction de réseau. Il pourrait acheter Alcatel, en panne d’intelligence. Les chantiers navals coréens et Singapouriens vont bien, eux aussi. Ils ont choisi la qualité, ce qui a mis en déroute la Chine et ses faibles coûts de main d’œuvre. L’A380 a coûté 15md€ à Airbus, le marché pour ce type d’appareil n’est pas encore visible.
Les gourous du management se posent la question de la complexité, et l’enseignement de l’économie redécouvre l’étude des travaux fondateurs. Quant aux retraites, une solution qui permettrait d’éviter les promesses intenables, mais aussi l’incertitude des retraites par capitalisation. Une partie serait assurée, l’autre dépendrait de paramètres susceptibles d’évoluer. Mais le tout serait mutualisé, et non individuel. 
Histoire. Grâce à une meilleure organisation, l’Angleterre a défait la France de Napoléon. (The Economist ne semble pas avoir remarqué qu’il y avait d’autres pays que l’Angleterre qui se battaient contre la France. A moins, qu’il ne les considère comme les marionnettes anglaises ?)

Nokia cassé

Mon téléphone Nokia a des spasmes. Il s’interrompt au milieu d’une conversation, et vide sa batterie à grande vitesse. Pourtant, il n’a que deux ans. Je trouvais déjà son ergonomie peu amicale. Nokia ne saurait-il plus fabriquer de téléphones ? Serait-ce de là que viennent ses malheurs ?
Et dire que, lorsque j’étais à l’Insead, Nokia était une société qu’il était recommandé d’admirer, car s’étant miraculeusement transformée à plusieurs reprises dans sa vie. (On admirait aussi les Japonais, par contre Apple était condamné par le corps professoral.)

L’industrie détruite par le gestionnaire

Bob Lutz, un ancien dirigeant de GM, raconte une curieuse histoire. Un constructeur conçoit une voiture. Ses gestionnaires examinent ses plans et procèdent à des réductions de coût, apparemment invisibles. La voiture ne se vend plus.
Steve Jobs, par contraste, sait ce qu’il doit donner au marché s’il veut en tirer le maximum. Il ne mégotte pas, mais il vend cher.
Compléments :
  • Anecdote : ce qui a surpris Nokia n’est pas l’arrivée de l’iPhone, mais que l’iPhone puisse fonctionner aussi bien ! (Bizarrement, Nokia est au bord de la faillite…)

Microsoft achète Nokia ?

Rumeur selon laquelle Microsoft achèterait Nokia.
Probablement sans fondement, mais pas illogique. Steve Balmer, le patron de Microsoft, est menacé de liquidation. Tenter un coup d’éclat à risque maximum est un moyen rationnel de sauver sa place dans un monde d’individualistes optimisant leur utilité. C’est ce que semble avoir fait, avec succès, Carly Fiorina, chez HP.
Quant aux politiques, dans ces situations, ils préfèrent généralement déclencher des guerres.  

Nokia en panne

La disparition du marché de Nokia, et l’effondrement de la dominance par l’Europe de la téléphonie mobile, viendrait de ce que ce qui fait les champions n’est plus la capacité à fabriquer, mais le logiciel. (Blazing platforms)
Pour sauver Nokia faudra-t-il l’amener dans la Silicon Valley ?
Illustration que le libre échange, et sa « destruction créatrice » ne fait pas l’innovation ? C’est (toujours ?) une question « d’écosystème » et de compétences construites par l’histoire ?  

Où recruter un dirigeant ?

Nokia, dépassé par ses concurrents, veut changer de dirigeant. À cette occasion, The Economist fait une revue des travaux universitaires sur le sujet et montre que l’opération a, selon une source, 9 chances sur 10 de rater : il est préférable de choisir ses dirigeants à l’intérieur…
Compléments :
  • Par ailleurs, la tâche semble redoutablement difficile, ne serait-ce que parce que Nokia risque de lâcher la proie pour l’ombre : un marché de masse pour une éventuelle présence sur celui du smartphone (Nokia).

Nokia

Nokia demeure le plus gros producteur de téléphones mobiles, parce qu’elle en vend beaucoup, de très simples, aux pays en développement. Mais l’entreprise a raté la vague du smartphone à valeur ajoutée. C’était une spécialiste du matériel alors que le jeu est maintenant logiciel et services. Changement en perspective :

Until now, it has excelled in making and distributing hardware. This has trained the organisation to focus on planning and logistics. Deadlines are often set 18 months in advance. Teams developing a new device also work in relative isolation and even competitively, to make each product more original. And although Nokia has always done a lot of market research and built phones for every conceivable type of customer, it sells most of its wares to telecoms operators and designs its products to meet their demands.
With the rise of the smart-phone, however, software and services are becoming much more important. They require different skills. Development cycles are not counted in quarters and years, but in months or even weeks. New services do not have to be perfect, since they can be improved after their launch if consumers like them. Teams have to collaborate more closely, so that the same services and software can run on different handsets. Nokia also has to establish a direct relationship with its users like Apple’s or Google’s.

Un espoir pour l’industrie de la musique ?

The Economist de cette semaine (A catchy new tune et A new model?) :

  • Rappel de l’étonnante réussite de l’iPod. Attaque d’un marché sinistré en pleine explosion de la bulle Internet, par un non spécialiste, et avec un produit d’un prix jugé excessif.
  • Dernière stratégie de Nokia. Il offre avec certains de ses produits la possibilité de téléchargement illimité de musique. 5 millions de ventes représenteraient 1% des revenus de musique enregistrée (Nokia vend 146 millions de téléphones par an).

L’élégance de cette stratégie : elle résout un problème insoluble. Les jeunes ne veulent plus payer la musique qu’ils écoutent. Le modèle de Nokia permettrait de satisfaire tout le monde : donner un avantage à ses produits ; rémunérer l’industrie de la musique ; obéir aux lois du marché. The Economist n’est pas sûr du succès de cette idée. Mais elle est intéressante. Parce qu’elle illustre un mécanisme fréquent :

  1. L’industrie de la musique a d’abord nié l’évolution du marché, puis voulu le punir. Elle a voulu transformer le marché pour ne pas avoir à changer. Réflexe de l’entreprise face à une évolution : la refuser.
  2. Ce n’est que lorsque l’on se convainc que l’on ne peut pas « passer en force », qu’il y a plus fort que nous, que l’on découvre des solutions solides à nos problèmes.
  3. Mais, pour trouver ces solutions, il faut aussi se convaincre que l’on mérite de vivre, que l’on apporte quelque chose au monde. (Que feraient les musiciens si personne ne payait leurs œuvres ? Pourrions-nous survivre sans musique ?)

Les étapes 2 et 3, faire s’entendre des contraintes apparemment incompatibles, correspondent exactement à ce que demande la conception d’un stretch goal, moment critique de tout changement. C’est aussi l’étape clé de toute négociation.

Compléments :

  • Une idée dont la presse pourrait s’inspirer ? (Avenir de la presse)
  • Le mécanisme qui continue à vouloir changer le monde, avant de se résoudre à changer, semble celui que suit l’enfant dans son apprentissage : CHALON-BLANC, Annie, Introduction à Jean Piaget, L’Harmattan, 1997.
  • De la négociation : FISHER, Roger, URY, William L., Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In, Penguin, 1991.