Année Nietzsche ?

Et si Nietzsche avait eu raison ? Et si la morale que l’on nous assène avait pour but de nous couper les ailes ? N’est-il pas bizarre que l’on soit convaincu que la croissance est un mal, qu’il ne faut pas avoir d’enfants, que tout ce que l’on mange est mauvais… ? Nous ne pouvons avoir que des plaisirs coupables ! Ne sommes-nous pas en passe d’en crever ?

Nietzsche aurait dit que cette morale, que l’on doit à Platon, le véritable inventeur du christianisme, serait le moyen des faibles d’enchaîner les forts. Et si lesdits faibles n’étaient pas où nous les croyons ? Et s’ils étaient à la tête de l’Etat ?

Curieusement, ceux qui partagent ce point de vue sont peu sympathiques : ce fut une pensée allemande d’avant guerre, et c’est celle de Trump et de sa clique de mines patibulaires. Eux rejettent tout ce qui entrave leur bon plaisir borné.

N’y aurait-il pas un juste milieu entre tous ces tristes sires ? Une idée de voeu de nouvel an ?

La mort de Nietzsche

Il semble que les Grecs aient pensé que la mort du philosophe avait quelque-chose à dire sur son oeuvre. Sous cet angle, Nietzsche présente un curieux paradoxe : lui qui a parlé de surhomme, et de volonté de puissance, a fini sa vie comme un légume.

Du coup, j’ai essayé de me renseigner sur les causes de sa maladie. Mais les théories sont multiples. Il y a la syphilis, qu’il aurait contractée à 22 ans, un mal usuel de la haute société en ces temps, mais on parle aussi de tumeur et d’hérédité. Vu le nombre d’hypothèses avancées, je me suis demandé si, comme pour l’identité de Shakespeare, en proposer une n’est pas un moyen de se faire de la publicité.

Voilà qui semble illustrer une de ses théories : la vérité est une illusion. D’ailleurs y a-t-il réellement des « causes », ou est-ce une convention sociale utile ?

(Son mal peut-il jeter une ombre sur son oeuvre ? Oeuvre d’un fou ? Ou, au contraire, « mythe de Sisyphe » : refus du désespérer de la fatalité ?)

Ainsi parlait Nietzsche ?

Le gai savoir serait-il « antichiant » ?

La philosophie depuis Platon et la religion chrétienne auraient retiré à l’homme sa joie de vivre et sa créativité. Au coeur du mal, la « vérité » (ce que Platon entend par là ?), la justification de la morale. Il n’y a pas de vérité, pas de morale. L’homme doit recréer son être, retrouver sa « volonté de puissance », sa puissance créatrice, en cherchant des mythes fondateurs bénéfiques. L’éternel retour pourrait être un tel mythe. En effet, chercher la liberté ce coup-ci signifie qu’on la cherchera toujours – avec une chance de la trouver.

Mon interprétation d’une émission, peut-être ni très bien entendue, ni très bien comprise.

Cela prend à contre-pied mes autres interprétations de Nietzsche. En effet, ses théories correspondent à celles qui étaient alors à la mode en Allemagne. Avec le même matériau on peut déboucher sur un humanisme ou sur le nihilisme et le totalitarisme. La « volonté de puissance » pourrait même être « l’élan vital » de Bergson.

(L’oeuvre de Nietzsche se terminerait sur « amor fati », ce qui semble signifier qu’il cherchait à comprendre la beauté de la vie, non à lui appliquer quelque grand dessin. Le « surhomme » serait plus un saint homme qu’un Napoléon ?)

Vengeance et ressentiment

Nietzsche aurait fait la distinction entre vengeance et ressentiment. (Les chemins de la philosophie, France culture.) La différence entre l’un et l’autre est le passage à l’action.

Je me demande si le ressentiment ne vient pas d’une impuissance à obtenir ce que l’on désire, à être ce que la société nous donne en exemple. Plutôt que de l’affronter, on cherche un bouc émissaire. Un responsable de notre malheur.

Mais le ressentiment n’est pas totalement impuissant, comme semble le dire Nietzsche. Quand il est exploité par un agitateur adroit, il peut devenir Terreur.

M.Trump et nos partis extrêmes ne seraient-ils pas mus par le ressentiment ?

Ressentiment

Une émission traitant de Nietzsche parlait de « ressentiment ».

Je me suis demandé si ce n’était dans l’air du temps. Le clan qui s’oppose à l’Occident semble être celui du ressentiment. La fameuse jalousie française, son égalitarisme, est-elle aussi un ressentiment ?

Pour Nietzsche, les êtres de ressentiment sont une race d’homme pour qui « la véritable réaction, celle de l’action, est interdite et qui ne se dédommagent qu’au moyen d’une vengeance imaginaire. »

Ressentiment de wikipedia

Pour Nietzsche, le ressentiment serait un aveu d’impuissance. Le sentiment de ne pas pouvoir corriger un tort que l’on nous a fait. Ce qui ne mettrait pas M.Poutine parmi ceux du ressentiment ? Quoi que. Il en veut à l’Occident, mais s’en prend à l’Ukraine, qu’il pense facilement écrabouiller. Et il se garde bien de menacer les USA.

Comme le dit Martin Seligman, le champion est stimulé par le revers. Cela le pousse à se transcender. Définition même de l’optimisme. Le ressentiment est une forme de dépression ? « Learned helplessness », dit-il.

Nietzsche

Que pensait Nietzsche ? On est incapable de le dire, car ce qu’il écrit est contradictoire. D’ailleurs, quasiment tout le monde s’en est réclamé, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

C’est ce que disait un invité de In our time, de la BBC, et cela rejoint l’opinion d’un ouvrage que je cite. D’ailleurs, je me demande si la maladie qui devait le contraindre au silence n’avait pas ébranlé son esprit depuis longtemps.

Mais est-ce grave ? Toutes les opinions des philosophes sont fausses, mais elles ont le mérite d’exister. Elles représentent des possibilités intéressantes. Le tout est de ne pas en faire des absolus.

Et si Nietzsche n’avait pas été un, mais des philosophes ?

Nihilisme

Le nihilisme serait, plus ou moins, lié à Nietzsche. (In our time, la BBC.)

Nietzsche serait revenu à Socrate : doute et interrogation.

Une invitée disait que c’était une attitude saine : ce sont les certitudes qui ont produit les grandes catastrophes.

Certes, mais il faut aussi se méfier du doute. Le scepticisme absolu conduit au titre de l’émission : le nihilisme des possédés de Dostoïevsky. Autrement dit « sous les pavés, la plage ». Faisons sauter la société, il ne pourra qu’en résulter du bien.

Nietzsche et l'Allemagne

Une vie une oeuvre de France Culture parlait de Nietzsche. Un philosophe à la réputation sulfureuse, et pourtant aimé des intellectuels français.

J’en retiens que son travail s’inscrit dans la création de la nation allemande, qui estime, en 1806, que sa renaissance passera par la Kultur. Cette Kultur doit être un rejet de la pensée française. La France louant Socrate et ses successeurs, le bien est évidemment pré socratique. Nietzsche veut donc que la société pense bien, grâce à une Kultur refondée sur de saines bases, antérieures à Socrate et à la pensée chrétienne. Il faut reprogrammer l’esprit humain. Contrairement aux Nazis, il n’est pas nationaliste allemand. Mais, plus extrémiste qu’eux, il semble désireux d’éliminer ceux qui s’entêtent à mal penser…

Donnons à Nietzsche le bénéfice du doute ou du changement ? Mais, pas à son lecteur ?

Pouvoir

Depuis quelques temps, on parle sans cesse de « pouvoir ». Si les ONG exploitent ceux qu’elles devraient aider, c’est par abus de pouvoir. Si l’homme maltraite la femme, c’est par abus de pouvoir…

Je devrais m’en réjouir ? Mon dernier livre caractérise le principe de la société présente par l’expression de Nietzsche : « volonté de pouvoir ». (Qui s’oppose à la « générosité » de Bergson.) C’est mon explication à son incapacité à conduire efficacement le changement. (On ne veut pas changer, on veut casser.)

Mais nous avons un pouvoir absolu vis-à-vis de nos enfants. En abusons-nous ? Ce qui ne détruit pas renforce, dit encore Nietzsche. Appliqué au bébé, ce serait sûrement la recette du surhomme…

Volonté de puissance ?

Des proches négocient un job ou quelque-chose du même genre. C’est très important pour eux et pour leur interlocuteur. Alors que tout semble s’être conclu pour le mieux, un des protagonistes fait une demande inutile et inacceptable. Une sorte de caprice. Ce qui fait tout capoter. Voici un phénomène que sa répétition a fini par me faire remarquer. 
Manque d’affection ? Suicidaire ?… Je me demande si ce n’est pas la fameuse « volonté de puissance » de Nietzsche :
Mais il faut que tout se soumette et se ploie à votre gré. C’est ce qu’exige votre vouloir ; que tout s’assouplisse et se soumette à l’esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet.
Volonté d’avoir le dessus sur l’autre. Si l’autre cède, il a renoncé à son libre arbitre, c’est un esclave, une chose. D’ailleurs, les techniques utilisées ressortissent à l’injonction paradoxale. Et ces moments irrationnels semblent associés, d’après ce que l’on me dit, à des sortes de coups de folie. L’homme se croit génial, il domine le monde, il lui impose sa volonté ?
D’où gueules de bois. Ce qui signifie peut-être que cette « volonté de puissance » n’a rien de définitif. Sorte de pathologie sociale à la Durkheim ? Qui se guérit ? Ou, du moins, « ce qui ne tue pas renforce » ?