NHS malade

Le gouvernement britannique promet « du sang et des larmes » à son peuple (en substance). Est-il mieux de le dire en début de mandat ou en situation de crise, comme en France ?

Il parle de s’attaquer au NHS, le système de santé anglais, dont le pays est si fier. Actuellement, il est dans un état inimaginable pour un Français. (Qu’il n’y ait pas de violente manifestation s’explique peut-être par la division des classes anglaises, qui fait que le peuple n’a pas les moyens de comprendre ce qui lui arrive ?)

Non seulement, les attentes sont interminables, si bien que, lorsqu’on en a les moyens, l’on va se faire soigner dans le secteur privé, ou à l’étranger, mais on entend dire que l’on y travaille peu, alors que les personnels font grève pour obtenir des augmentations de salaire ! (Une compensation pour les mauvaises conditions dans lesquelles ils vivent ?)

Et si l’on était en passe de revenir à l’ère de la planification ? Se demander ce que doit faire le NHS et comment organiser les moyens nécessaires pour remplir cette mission ?

Après tout, n’est-ce pas comme cela que fonctionne une entreprise ? Et ne nous a-t-on pas rebattu les oreilles de l’idée de construire l’administration sur le modèle de l’entreprise ? A moins que l’on n’ait retenu de l’entreprise que la logique de laisser-faire de l’économie de marché ? Le laisser-faire, c’est tellement plus séduisant que l’usine ?

AJ Cronin

Dans la bibliothèque de mes parents, il y avait des livres d’AJ.Cronin. Un préjugé avait fait que je ne les avais pas lus. Je me méfie des célébrités. Elles vieillissent mal.

Or, miracles de la BBC, j’ai entendu un feuilleton tiré d’un de ses livres. Une histoire assez plaisante d’un médecin (Dr Finlay) exerçant en Ecosse entre les deux guerres. Un temps où le médecin était encore un être estimable. Un missionnaire de la science désintéressé au milieu d’un peuple d’incultes.

Miracle de wikipedia : j’ai pu me renseigner sur AJ Cronin, qui fut aussi une personne estimable. Son expérience de médecin et ses livres auraient été à l’origine du NHS…

Changement en Angleterre (suite)

Je suis toujours, d’un peu loin, les tribulations des réformes anglaises. Mon a priori d’amateurisme se renforce.
Dans le dernier épisode, les lib dem coulent la réforme du système de santé (NHS) de leurs partenaires de coalition conservateurs. Humiliés lors des précédentes élections, ils montrent à leur électorat qu’ils défendent encore la veuve et l’orphelin.
En France, comme en Angleterre, les réformes gouvernementales ne servent à rien ? Sinon à donner à nos élites l’illusion de leur efficacité ? Au mieux elles augmentent les handicaps du pays, et précipitent les crises (comme en Grèce) ?

Réforme, éternel recommencement

La réforme de la santé anglaise (à laquelle je m’intéresse parce qu’elle semble menée par des apprentis sorciers) serait un copier / coller exact d’une réforme de Madame Thatcher :
Avant Mme Thatcher, le NHS est un « système national de santé ». Contrairement au système libéral français, c’est un service public. D’où, semble-t-il, une population globalement en meilleure santé que chez nous et des frais moindres. Mais il y a des files d’attente.
Pour régler la question, Mme Thatcher crée un marché avec d’un côté des groupes de médecins (demande) et de l’autre des groupes d’hôpitaux en concurrence (offre).
Cette politique ne réduit pas beaucoup les files, mais augmente rapidement le coût du système (les médecins, occupés par la gestion des appels d’offres, n’ayant plus de temps pour pratiquer leur métier) et creuse de grosses inégalités de soin entre zones riches et pauvres en hôpitaux.
Pensant que le problème du NHS initial était son manque d’argent, Tony Blair a décidé de lui donner les moyens de ses équivalents européens (d’où augmentation du parc hospitalier anglais). Il a aussi retiré aux médecins leur travail de gestion d’appels d’offres et l’a confié à des organismes spécialisés.
D.Cameron revient donc au modèle de Madame Thatcher, en démantelant les dits organismes.
Compléments :
  • Mes informations viennent de PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

NHS (suite)

L’histoire à venir des réformes anglaises s’annonce passionnante, pour l’observateur :
Le plan de transformation que propose M.Cameron est bien plus radical que celui de Mme Thatcher. Contrairement à elle il n’y a pas préparé le pays (qui attendait un plan de rigueur, mais pas une transformation libérale). En admettant que sur le long terme elle soit bénéfique, comment va-t-il réagir aux mises au point intermédiaires ? En particulier que dira-t-il s’il est privé de soin par la défaillance d’un des groupements de médecins que crée la réforme, ou si un fournisseur de soins décide de les supprimer pour cause de non rentabilité… ? (Where Thatcher feared to tread.)
Comment va tenir le composant libdem de la coalition qui a un électorat à sensibilité travailliste ?
Que fera le chômage, pas très bon en dépit d’un plan de relance et d’une dévaluation forte de la livre, lorsque commenceront les licenciements massifs ? (Voir billet précédent.)