Prestige

Une des découvertes de ce blog aura été le président Giscard d’Estaing et son influence.

A son arrivée, il avait suscité l’espoir, semble-t-il me souvenir. Il était jeune et polytechnicien, ce que l’ascenseur social républicain avait fait de mieux. Puis l’espoir est devenu haine hystérique. On disait, et cela semble confirmé, qu’il se croyait la réincarnation de Louis XV. L’homme était devenu ridicule.

En fait, il semblerait qu’il nous ait beaucoup plus transformés que nous le pensions. Il se serait cru, aussi, l’incarnation du cool John Kennedy. Ce fut un « choc systémique ». Il a mis au placard le modèle gaulliste, pour faire entrer la France dans l’ère américaine, dont elle n’est pas sortie depuis.

En particulier, disait un précédent billet, il semble avoir enterré le projet « de prestige ». A-t-il eu raison ?

Il devait le trouver coûteux. Mais, dans certains cas, ne peut-il se révéler utile ? Que la France ait une bombe atomique paraît actuellement plutôt une bonne idée à beaucoup. Il en est probablement de même d’Airbus.

Mais l’intérêt du projet de prestige est peut-être ailleurs ? Mieux qu’une équipe sportive, il soude la nation ? Sans point de repère, il est possible que l’on en soit réduit à se replier sur sa communauté, pour peu que l’on en ait une ? Forces centrifuges ?

Le bug démocratique

En lisant les Mémoires de De Gaulle, j’en viens à penser que, quoi qu’on en dise, il nous a rendu un fier service.

Car la 3ème République était une clownerie. La durée de vie des gouvernements se comptait en mois. Et la politique n’était que petite manigance minable, à l’image de ce que l’on voit aujourd’hui aux USA. La France était la risée du monde. De Gaulle a créé une dictature, mais, au moins, elle garde le cap. (Certes, mauvais.)

Je crois qu’il y a là le bug de nos démocraties. En effet, si l’on reprend les travaux qui sont à leur origine, ils disent que l’homme est enchaîné. (Ce qui est une hypothèse culturelle, pas un constat scientifique.) Il faut le protéger. Le seul but des démocraties est donc la liberté individuelle. Et l’élu est supposé être « représentatif ». Mais représentatif d’intérêts individuels. Et l’intérêt général, dans cette affaire ? dit de Gaulle.

La Russie et la Chine ont une vision gaullienne de la chose. Ce qui compte pour elles, ce n’est pas l’individu, mais la grandeur de la nation. Au fond, on parle des « nationalismes » de 1848 au sujet des démocraties, mais c’est une erreur. Seuls les Etats non démocratiques sont réellement « nationalistes ». Ils sont la propriété d’une personne qui, comme de Gaulle, en a une « certaine idée ». Et qui veut les faire admirer. Eventuellement de force.

Trompe l’oeil ?

Derrière la résistance de Pedro Sanchez, la victoire de l’Espagne des « nationalités »

Le Parti socialiste du premier ministre sortant est arrivé en tête en Catalogne et au Pays basque et a reçu l’appui de nombreux partis indépendantistes. Des soutiens qui pourraient lui permettre de se maintenir au pouvoir. (Le Monde.)

L’extrême droite a perdu ! Voilà ce qu’on lit au sujet de l’élection espagnole.

On entend moins que les indépendantismes ont gagné.

Cela m’avait déjà frappé, dans le cas de la France. Les médias se sont réjouis que le FN n’ait gagné aucune région. Mais la Corse est aux mains des nationalistes !

Ne serait-il pas temps d’arrêter de se satisfaire de fausses victoires, pour se demander pourquoi autant de gens ne sont pas heureux ?

Nation française ?

La raison principale de cet état du système est l’absence en France, depuis l’instauration de la République, d’une véritable culture parlementaire de la classe politique, c’est-à-dire fondée sur l’acceptation et l’art du compromis entre des partis dont les cultures et les projets sont différents. (…) Notre culture politique est ainsi une culture de l’affrontement, ponctuée par l’appel au sauveur dans les moments de crise grave du pays. (Article.)

La particularité de la France est qu’il ne semble pas qu’il y ait « d’affectio societatis » entre ses citoyens.

Cela me semble patent en ce qui concerne quelqu’un d’apparemment estimable comme Clémenceau : il a fait sauter une quantité de gouvernements qui semblaient partager ses idées. Ce qui me fait croire que le noeud du problème est peut-être moins l’égoïsme français que la volonté d’imposer des principes que l’on croit absolus.

Je me demande aussi si la France n’est pas une nation artificielle. Depuis plus de mille ans, elle s’est constituée par en haut. Et ce haut a construit une sorte de structure hiérarchique artificielle dans laquelle nous occupons tous une petite case.

Vive l’Ecosse libre

Qui va remplacer Nicola Sturgeon ? Il y a le choix entre deux femmes et un Musulman.

Comme en Angleterre, la composition du personnel politique change.

Mais aussi, transformation de la question de nationalisme ? C’est le partage de valeurs communes qui compte, bien plus que l’héritage génétique ?

Lorsque la Corse présentera un tel choix à ses votants, ses jours de présence au sein de la France jacobine seront comptés ?

Atomique Poutine, tombeur des nationalités ?

Le génial M.Poutine a créé un précédent. Il a montré que, lorsque l’on possède la bombe atomique, on peut tout se permettre. Personne n’y avait pensé avant lui.

Il peut massacrer l’Ukraine, mais interdit de rendre la pareille à la Russie ! C’est une innovation.

La logique de tout ceci est que, demain, tout le monde sera équipé de l’arme nucléaire.

Si Kim Jong-un pense à commercialiser son savoir-faire, il va faire de son pays une nouvelle Arabie saoudite.

Le sort de l’humanité tiendra alors au hasard, à un éternuement. A moins qu’elle ne parvienne à s’auto-contrôler. Ce qui mettra un terme à l’ère des « nationalités ».

Universalisme et nationalisme

La caractéristique des Lumières est l’universalisme, disait un professeur de philosophie à Etienne Klein, la semaine dernière. 

Cela ne m’était pas venu à l’esprit. Et pourtant c’est peut-être évident. Mais que signifie « universalisme » ? Que, parmi les hommes, il n’y en a pas qui soient inférieurs et supérieurs ? Egaux, parce que différents ?… 

Je me suis rappelé cette question en écoutant des nouvelles du Nagorny-Karabakh. Dans ces contrées on s’entretue au nom du nationalisme. Cela parait idiot. Et cela parait peut être idiot parce que nous avons fini par avoir « l’universalisme » dans le sang. Nous faisons de l’universalisme sans le savoir ! 

Mais cela signifie aussi que le « particulariste », qu’il soit nationaliste ou croyant à n’importe quoi, y compris son génie personnel, a un atout extraordinaire vis-à-vis de nous. Ses manoeuvre nous sont incompréhensibles. Nous sommes sans défense. Est-ce ce qui explique que la France ait été balayée en quelques semaines en 40 ?

Nationalisme et football

J’ai été frappé que beaucoup d’Anglais se transforment en Union Jack. Puis c’est devenu la mode en France. Les supporters des équipes de foot se teignent désormais en bleu blanc rouge.

Ce qui me surprend est qu’il me semble que le nationalisme est un peu ringard. Je ne suis pas sûr que l’on enseigne encore la Marseillaise, par exemple. Curieux ce retour du drapeau, qui a valu à Jean Zay, qui lui avait reproché les morts de 14, la haine d’une immense partie du pays.

Mais est-ce du nationalisme ? N’est-ce pas plutôt l’amour d’une équipe qui se transforme en amour de ce qui semble sa marque : les couleurs du pays ? Pour un nationaliste, voilà qui serait pire que tout ?

Nouveau nationalisme

On me racontait la transformation subite d’une famille, que l’on considérait depuis toujours comme des voisins ordinaires, en fondamentalistes à robe et barbiche (fils) et à voile intégral (mère).
C’est étrange. C’est un retour à une tradition qui n’a jamais existé. C’est d’ailleurs le propre de tous les mythes. C’est ainsi que la France a donné naissance à ses ancêtres les Gaulois. Et que les Allemands d’avant guerre ont recréé le moyen-âge. Mais c’est aussi ce qui est arrivé partout. Même la laïcité est en passe de sombrer dans le fondamentalisme ! C’est-à-dire dans un passé idéal et inventé de toutes pièces. Et, surtout, vers lequel on veut revenir. Comme les Nazis, jadis.
Et si l’on inventait l’avenir, au contraire ? Et si l’on se demandait ce que l’on a de bizarre, de curieux, ce qui fait que, que l’on soit juif, musulman, catholique, ou ce que l’on veut, on ne se sent pas chez soi hors de France ? Et si l’on se demandait ce que ce cela peut donner comme solution originale lorsque c’est appliqué aux problèmes du monde ? 

Repli nationaliste ?

J’ai parlé dans un précédent billet des malheurs des grandes compagnies pétrolières mondiales. L’histoire n’est pas aussi innocente qu’il y paraît. En effet, l’article semble dire que les nations manœuvrent pour verrouiller leurs ressources énergétiques. N’y a-t-il pas là un moyen d’interpréter la passion soudaine de l’Amérique pour le gaz de schiste ? L’Amérique n’est-elle pas la première à sonner le repli vers le territoire national ?

Malheur à celui qui manquera de ressources énergétiques, ou de quoi que ce soit d’autre ? On lui fera payer cher ? Et si l’Europe s’interrogeait sur la stratégie à adopter ?