Carotte américaine

Tesla’s board has proposed a new pay package for chief executive Elon Musk worth $1tn over the next decade if he is able to hit a series of formidable targets.

Financial Times, 5 septembre

L’argent est-il un bon stimulant ? Son effet a tendance à s’épuiser, me disait, jadis, un spécialiste des « challenges commerciaux », qui lui préférait les idées de Maslow.

Au temps où Bill Gates était l’admiration du monde, il suffisait de quelques milliards pour faire un heureux. Maintenant, à moins de 100md, on n’est rien.

Elon et Donald

Cela s’annonçait depuis quelques temps. De meilleurs amis, Elon Musk et Donald Trump sont devenus pires ennemis. Drame Shakespearien ?

Ce qu’il y a de surprenant dans ce monde américain, c’est à quel point il est loin de ce qu’on m’a appris à l’école. On ne pense pas, on hurle. La première idée qui vous passe par la tête est la bonne. Aucun souci de cohérence. Empire de la passion. Tout ce que dénonçait Descartes.

Mais pourquoi n’en sont-ils pas arrivés aux mains, ou aux armes ?

La semaine de Trump

Je comprends un peu mieux pourquoi Trump gouverne par « executive orders ». Ce serait l’équivalent de l’article 16 de notre constitution. En cas de crise, le gouvernement américain peut diriger par décret. Et Trump a décidé qu’il y avait une crise. Que les peuples s’étaient ligués pour dévaliser les USA. En France la vérification de la validité de la décision est du ressort du Conseil constitutionnel, aux USA c’est apparemment la justice qui peut être saisie de la question.

Ce qui est curieux est qu’il n’ait pas d’opposition. Les démocrates seraient-ils paralysés par des dissensions internes ? Phénomène qui est arrivé à la France en 40 ?

Quant à l’Ukraine, Poutine peut faire ce qu’il veut, Trump ne le sanctionne pas. Comment l’expliquer ? Décidément, c’est une histoire d’amour ?

En tous cas, Elon Musk semble avoir soupé de la politique. Comme je le disais, a-t-il été défait par la « complexité » ? Il se retire. Plus surprenant : l’action Tesla monte. Décidément, les investisseurs ont une fois aveugle en lui ? Mais ses fusées, elles, continuent d’exploser. Ce qui serait un excellent apprentissage, dit-il.

Autres moeurs

Les chiffres de Tesla sont mauvais, qu’en pensent les Américains ?

D’après l’interview d’un investisseur vue sur le site de Yahoo, Tesla n’est pas un fabricant de voitures mais une entreprise d’intelligence artificielle. En vertu de quoi son titre est sous-évalué. Que les constructeurs chinois semblent avoir pris le dessus sur lui ne compte pas, dans ces conditions : son avenir est la voiture autonome et les « androïdes ». Bientôt, il vaudra plus que les 5 entreprises suivantes combinées. Si son association avec Trump a produit un doublement du titre, cela tenait à ce que l’on pensait qu’elle produirait un assouplissement de la législation du véhicule autonome. (A bas la législation qui protège l’homme !) Autre argument : imaginez que vous ayez investi 1000$ dans Nvidia, il y a quelque temps, combien posséderiez-vous aujourd’hui ?

La spéculation utilise les mêmes mécanismes que l’escroquerie : elle joue sur la faiblesse de l’homme. L’Américain est un être qui ne rêve que de devenir extrêmement riche. A un point tel qu’il est prêt à gober les plus gros bobards. Elon Musk est parvenu à le persuader qu’il était dieu.

En tous cas, cela montre qu’il est dangereux de croire que l’étranger pense comme soi !

Les fusées d’Elon

Faut-il admirer les fusées d’Elon Musk ?

Il a inventé la fusée réutilisable. Il applique la technique de la start-up numérique : j’apprends de mes échecs. Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ? Vieux monde décadent et peureux ?

Oui, mais pour perdre autant de fusées, il faut beaucoup d’argent, non ? En fait Elon Musk est porté à bouts de bras par la NASA, qui a décidé que la nouvelle bulle serait lunaire. Elle l’a même sauvé quand il était en difficultés. (Is SpaceX OK ?)

Trump n’a rien changé ? Les USA sont un Etat extraordinairement agressif, qui n’a de libéral que le nom ? Peut-être ressemble-t-il à la Russie, même ? Il est tellement peureux qu’il veut détruire tout ce qui est étranger ?

Techno Facho

On parle d’Elon Musk et on évoque, dans le monde anglo-saxon, le « techno fascisme ». Un mot que je viens de découvrir.

Elon Musk et les siens auraient donné une nouvelle vie à une doctrine d’avant guerre, dont le grand père d’Elon Musk, d’ailleurs, était un fervent. En ces temps on rêvait d’un monde dirigé par la science et la machine.

Le terme fait trembler, mais que signifie-t-il ? L’avant guerre a été ébranlée par la crise (américaine, déjà) alors que la science émerveillait les foules. Il était normal que les ingénieurs aient cru qu’ils devaient prendre la direction du monde. En particulier, ce fut le cas de nos polytechniciens. Ce mouvement était associé au fascisme, conséquence de la crise, effectivement. D’ailleurs un de nos collaborateurs en chef fut le major des majors de polytechnique. Mais, après guerre, le mouvement s’est étendu au monde entier. A tel point qu’Hayek, le père spirituel de Mme Thatcher, était persuadé que nous avions emprunté le « chemin de la servitude ».

Pourquoi faire revivre le « techno fascisme » ? Dire que Musk est un faible d’esprit ? Ou chercher une association de mots susceptible d’effrayer le bon peuple ?

Drôle de Musk ?

Qui est Elon Musk ? Son grand père a fuit la misère canadienne pour l’eldorado de l’Afrique du sud. Lui-même est revenu au Canada, afin de ne pas avoir à faire de service militaire. De là, il est passé aux USA pour y poursuivre ses études. Et ensuite, il a pris le vent de la bulle Internet. D’ailleurs, il a un talent certain pour plaire au spéculateur : Tesla vaut 20 fois plus qu’un constructeur automobile équivalent. Peut-être cela explique-t-il pourquoi il semble avoir toujours couru les plateaux télé, et même fait le pitre : ce que l’on attend du dirigeant moderne, c’est qu’il raconte des bobards ?

Apparemment, sa culture se limiterait à Batman et à la science fiction. Depuis toujours, il rêve de conquérir l’espace.

Veut-il détruire l’Etat ? Jusque-là, il votait démocrate. Lui et ses collègues auraient été révoltés par les tentatives du président Biden de contrôler leurs affaires. Les bons sentiments, oui, les contraintes, non ? Drôle de libertaire, d’ailleurs. Ses fusées sont payées par la NASA.

On en veut à la civilisation ?

Elon Musk licencie les fonctionnaires américains, mais, en même temps, leur demande de lui passer commande. Comme en Ukraine : la bourse ou la vie ?

Donald Trump’s commerce secretary touted Elon Musk’s Starlink to federal officials in charge of a $42bn rural broadband programme, raising new questions about the billionaire White House adviser’s conflicts of interest. 

Howard Lutnick this month told civil servants to increase use of satellite connectivity — over fibre-optic cable — and singled out Musk’s provider, Starlink.

The conversation is the latest example of how Musk, who gave more than $250mn to Trump’s 2024 presidential campaign, could benefit from his influential role

Financial Times, 18 mars.

En France on parlerait de détournement de bien social. Dans les pays nordiques un élu doit démissionner lorsque l’on découvre qu’il a payé une sucette avec sa carte de crédit publique. Aux USA, on nage en pleine folie. Mais cela ne semble inquiéter personne. Décidément ils en sont restés au Far West ? Entre Poutine et eux, c’est la civilisation que l’on assassine ?

Trump contre la justice

Décidément, Trump n’en a pas fini avec la justice. Elle semble être la seule force capable de lui résister. Un exemple :

The court orders to restore probationary employees throughout 19 federal agencies are a significant legal setback to Elon Musk’s aggressive cost-cutting drive. https://www.ft.com/content/594a4cc3-e7bb-43a3-8430-7fd6b80cd0f6

Peut-on donner une interprétation anthropologique à cette résistance ?

Les pères fondateurs, en réaction avec ce qu’ils avaient connu en Europe, ont conçu leur Etat pour empêcher toute dictature. Trump chercherait-il à détruire leur oeuvre ?

Spéculation

Chute violente des valeurs technologiques à la bourse américaine. Un podcast du Financial Times, vendredi dernier (Trump dump).

Une fois de plus j’ai tort, me suis-je dit. Je condamne d’un trait de plume la spéculation américaine, sans analyser le phénomène, comme le fait le Financial Times. Ce que je retiens :

Confirmation de mon opinion : ce que la bourse attend, ce sont des contes, toujours plus de contes. Et même, surtout ? des contes à dormir debout. Elon Musk a été très bon à ce jeu, mais s’essouffle. Il n’est pas le seul. Plus intéressant : toute la « valeur » que doit créer le petit nombre d’entreprises qui a fait la croissance récente de la bourse est supposée se matérialiser après 2030. Or, on n’est plus très optimiste pour l’avenir.

Soudainement, les spéculateurs découvrent qu’ils ont gagné beaucoup en peu de temps, avec ces quelques entreprises. Ces signaux leur font penser qu’il serait bon de prendre leurs bénéfices.