Conservatoire

Il y a trente ans, le conservatoire de musique de Paris avait deux cents ans. (Emission de France culture.)

Le conservatoire est mon école favorite. Le modèle que devrait suivre toutes les écoles, si l’on veut bien me croire.

Pourquoi ? On y a de véritables maîtres : les virtuoses y enseignent. Et l’on reçoit une excellente formation générale.

Je pense que cela tient à ce que la musique classique nourrit mal son homme. Même le virtuose doit travailler dur, c’est un artisan, et le succès est précaire. Cela le rend humble. La condition nécessaire du génie ?

Surtout, le peu de gloire refroidit le candidat. La mauvaise monnaie ne chasse pas la bonne.

Musique

Les programmes de nuit de BBC3 m’ont fait découvrir une musique inconnue. Les oeuvres du répertoire se grossissent du féminisme, qui exhume des Louise Farrenc, Fanny Mendelssohn, Clara Schumann, Hildegarde de Bingen, des travaux peu joués jusque-là d’auteurs célèbres (Grieg, Sibelius…), de parents pauvres d’autres célébrités (CPE Bach), de beaucoup de monde éclipsé par les dites célébrités… Et je constate aussi que les Anglais semblent plus aimer le musicien français (Ravel, Debussy, Poulenc, etc.) que nous-mêmes.

Résultat ? Peut-être que les célébrités avaient effectivement plus de génie que les oubliés de l’histoire, mais il était dommage de se priver de la contribution de ceux-ci. Et, bien souvent, le génie est lassant. La modestie fait du bien.

En revanche, je continue à penser que la musique contemporaine est sinistre. Elle n’est pas « populaire ».

Oratorio

Un effet imprévu de ma découverte de la BBC est celle des oratorios.

Dans mon enfance, je refusais tout ce qui était lyrique dans la musique classique. En vieillissant, j’ai revu mon jugement. Quoi que je reste farouchement allergique au récitatif. (Je ne m’intéresse qu’à l’air, pas aux paroles.)

Quant à l’oratorio, je le dois à Through the night de BBC3. D’une certaine façon l’oratorio est « antichiant ». La morale proscrivait l’opéra, alors les compositeurs ont utilisé le cheval de Troie du chant religieux pour le faire entrer à l’église.

En fait ce n’est pas tant l’oratorio que j’apprécie que « l’aria », un « air ». Pas de coupure, il est d’un seul tenant, d’un seul souffle. Et, pour ceux qui nous restent, sublime ! Le rôle du récitatif, on ne peut pas l’éviter, était tenu par le sermon et autre rite religieux. Mais peut-être qu’il n’y a pas de véritable plaisir sans un peu de gène ?

Harmonie

Our findings suggest that if you use different instruments, you can unlock a whole new harmonic language that people intuitively appreciate, they don’t need to study it to appreciate it. A lot of experimental music in the last 100 years of Western classical music has been quite hard for listeners because it involves highly abstract structures that are hard to enjoy. In contrast, psychological findings like ours can help stimulate new music that listeners intuitively enjoy.

Article de l’Université de Cambridge

Curieux qu’on ne l’ait pas fait plus tôt. On s’est demandé ce que l’homme trouvait harmonieux. Curieusement, ce n’est pas ce que disaient nos théories, quelles remontent à Pythagore, ou qu’elles soient le fait des « musiciens » modernes.

Décidément, l’art ne fait pas bon ménage avec la raison ?

Chaîne musicale

Un temps j’ai écouté France Musique. Occasion d’une réflexion sur ce que cette chaîne entendait par « musique ».

Je pense que c’est devenu la radio des musiciens. Elle veut faire la promotion de la musique contemporaine. Une musique qui, si l’on m’en croit, n’a plus rien de révolutionnaire comme aux temps expérimentaux de Bartok et consorts, mais est simplement « chiante ».

BBC3 a été une découverte. Au fond on ne connaît à peu près exhaustivement que Beethoven, Mozart et peut-être Bach. Les autres, Mendelssohn ou Grieg, par exemple, sont réduits à des « tubes ». Et il y a une énorme quantité de compositeurs, de tous les temps et de partout en Europe, qui sont inconnus. Et qui ne le méritent pas. Géniale musique !

BBC 3

J’écoute Through the night, de BBC 3. 6h de musique classique, diffusée chaque nuit. Eclectique et intéressant. Curieusement, beaucoup de musique française et de compositeurs français que l’on n’entend pas en France. Mais aussi beaucoup de compositeurs inconnus, et estimables, venus de l’étranger. Et des découvertes surprenantes : Grieg n’aurait pas composé que Per Gynt !

France musique ne rend pas disponible « en réécoute » son programme de nuit, probablement de peur qu’il ne fasse de la concurrence à ses émissions. Cela me paraît un mauvais calcul.

Musique anglaise

Je me suis mis à écouter la musique de la BBC. Surtout le programme de nuit, le jour. C’est continu, avec des oeuvres complètes et peu de paroles.

L’esprit en est totalement différent de celui de France Musique. La musique n’y est pas compartimentée. Il y a beaucoup plus d’auteurs, et beaucoup plus d’oeuvres par auteur. En particulier, il n’y a pas de rupture entre « contemporain » et « classique ». Il y a évolution naturelle. Mais, il me semble, avec élimination de ce qui s’est révélé comme une expérimentation sans issue. Ou une confusion de l’art et du défi devant « épater le bourgeois ».

On y entend aussi des contemporains ignorés des stars telles que Bach, Mozart ou Beethoven. Et ils sont souvent charmants. Je comprends pourquoi les dites « stars » ont eu tant de mal à émerger. Nous aurions, peut-être, aujourd’hui encore, la même opinion sur elles que leurs contemporains.

Dans ce domaine, la sélection naturelle a été probablement opérée par des musiciens professionnels, non par le public. Qu’on joue toujours ces vaincus de l’histoire (sauf en France ?) laisse penser que le musicien fait acte de repentance. Il est puni par là où il a péché ? Son écosystème est menacé par une insuffisance de diversité ?

BBC 3

Comparaison de BBC 3 avec France Musique.

J’ai fini par m’éloigner de France Musique. Je m’y trouve agressé par la (une ?) « musique contemporaine ». Pour le reste, en dehors de quelques compositeurs baroques récemment exhumés, j’avais l’impression de tout savoir de ce qui avait été composé d’un peu fameux.

J’ai toujours tort.

La musique de BBC 3 est toute différente. Pour commencer, les producteurs parlent peu. Et les programmes de musique continue restent sur le site de la radio (au moins quelques semaines). Avec France Musique, on ne peut avoir accès qu’aux émissions – pipelettes. Surtout, la musique diffusée est beaucoup moins agressive que chez nous. Et elle est surtout beaucoup plus diverse : en dehors des compositrices redécouvertes pour cause de féminisme, que l’on a en commun avec les anglais, j’entends des compositeurs que je ne connaissais pas, dont beaucoup de Français, et des oeuvres nouvelles de compositeurs fameux.

De l’influence de la culture sur la musique ?

Au nom du peuple

La croisade de France Musique pour la musique contemporaine amène à se demander : qui est intéressé par la musique contemporaine, en dehors d’un petit groupe d’esthètes ? 

Et qui va, d’ailleurs, au spectacle, sinon ce petit groupe ? Mais alors pourquoi les opéras et autres sont-ils si lourdement subventionnés ? Pour que le peuple puisse avoir accès à la « culture ». La culture étant définie comme étant ce qu’apprécie ces esthètes. 

Seraient-ils parvenus à faire payer leurs loisirs par la nation ?

Un article sur les raisons de l’état regrettable de l’Education nationale débouchait sur le même type de raisonnement. 

Timeo danaos et dona ferentes, comme on disait jadis ?

Reynaldo Hahn

Reynaldo Hahn reviendrait-il à la mode ? Jusque-là je le connaissais comme ami de Proust. L’autre jour j’ai entendu quelques-unes de ses mélodies à la Tribune des critiques de disques (France Musique), et grande surprise : j’ai aimé. Avec les poèmes qui allaient avec (Victor Hugo et Verlaine). En fait, il en est de plus en plus question. 

Comment expliquer ce retour en grâce ? Serait-ce une forme de réaction à la musique abstraite et intellectualiste, contemporaine ? Comme pour le baroque, qui s’échappe de Bach et de Vivaldi et retrouve des compositeurs oubliés depuis des siècles, une tentative de renouveler la musique classique, en revenant à ses sources ?