Edgar Morin, le double

Vidéo d’Edgar Morin. A 102 ans, il est étonnant de jeunesse.

Son discours est le résumé des questions qu’il me pose. La première partie de la vidéo, c’est sa jeunesse de résistant. Elle est extraordinairement optimiste. Alors que l’on croyait le monde sous la botte nazie, l’histoire a basculé, du jour au lendemain. La seconde, c’est aujourd’hui : j’ai peur, parce que je ne comprends rien. Ne répétons-nous pas l’erreur des pacifistes d’avant guerre ?

A mon avis, les pacifistes d’avant guerre sont au pouvoir. Et ils répètent leur erreur, en ne croyant pas à l’espoir, en ne croyant pas en l’humanité, et à ce que cela exige de nous : prendre notre sort en main.

Triste Edgar

Edgar Morin gazouille :

Dans ses livres, il écrit qu’à la base du changement, il y a « l’eros ». Et s’il les relisait ?

Enseigner la complexité

A l’occasion de son centième anniversaire, j’entendais Edgar Morin regretter que ses idées n’aient pas influencé l’Education nationale. Puis, quelques temps après, le ministre de l’éducation annonçait qu’il constituait un Think Tank dans lequel se trouvait Edgar Morin. 

Si j’étais la mauvaise fée de l’histoire, je dirais qu’Edgar Morin n’a pas la fibre pédagogique. Mes amis, pourtant des intellos verts, s’étonnent que je parvienne à lire ses oeuvres. Effectivement, on s’y perd. Même ses synthèses sont des tissus de banalités et phénomènes savants pour conversations de salon, qui ne semblent mener nulle part. Ce qui manque, c’est une ligne directrice. 

En fait, je pense qu’elle y est : c’est ce qu’il nomme « l’éros ». Au départ de tout changement, il y a ce qu’Albert Hirschman appelle « a bias for hope ». Quelque-chose qui vous donne « envie d’y croire ». 

Ce qui compte, c’est le point de départ, donc. C’est découvrir que le monde est complexe. Ce que cela signifie. Et cela provoque une sorte d’émerveillement, mêlé de crainte. Ensuite, la théorie vient naturellement. 

L'émergence d'Edgar Morin

Edgar Morin a cent ans, disait la radio. Je l’entendais se plaindre que cela n’avait pas été suffisant pour nous faire comprendre son combat. 

C’est aussi ce que je pensais en écoutant un donneur de leçons nous expliquer que désormais tout le monde, même les hommes d’affaire, comprenait que les arbres ne pouvaient pas monter au ciel, notre modèle de croissance infini était évidemment condamné. 

C’est l’éternel argument de Malthus. Argument qui passe à côté d’un principe fondamental de la théorie de la complexité : l’émergence. La vie semble procéder en deux temps, d’abord une accumulation linéaire, puis une transformation, l’émergence d’une organisation de ce qui s’accumulait : d’abord des cellules, puis un être complexe, d’abord des briques, puis une maison. C’est ainsi que les précédents réchauffements climatiques ont produit des glaciations. C’est cela la complexité.

Mais tout le monde n’a pas aussi mal compris les idées d’Edgar Morin que notre donneur de leçons. Les hommes d’affaires, eux, ont un esprit naturellement systémique. Ils connaissent l’irrationalité humaine. Ils savent profiter des modes qui s’emparent de la société. « The trend is our friend » dit-on dans ces milieux. Bon anniversaire Edgar Morin ?

Le paradoxe d'Edgar Morin

Edgar Morin a écrit « La voie ». Comment changer le monde ? Livre pessimiste. Pessimisme confirmé par ses dernières interviews.

Curieusement, cela ne colle pas à ce qu’il disait, quelques décennies plus tôt, à l’émission A voix nue de France Culture. Il tirait cet enseignement, je crois, de son passé de résistant. J’en retiens que les erreurs, que condamne la société, ne sont rien par rapport à la capacité à la rédemption de l’homme.

Pourquoi avoir fait une voie « thanatos » et pas « eros » ? Alors, qu’il dit, justement, qu’à l’origine du changement, il y a éros ? Pourquoi ne pas avoir montré ce que l’humanité a de magnifique, et comment, si elle prend conscience de son pouvoir, rien ne pourra lui résister ?

Un Edgar Morin rayonnant : le levier du changement ?

Edgar Morin et le changement

L’autre jour Edgar Morin présentait son dernier livre à France Culture. Il parlait aussi de sa vision noire de la société, de « La voie« , le changement qu’il préconise, et du peu d’espoir qu’il a que ce changement se fasse.

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec lui. Je crois que les problèmes du monde ressemblent à ceux de l’entreprise. Quand on rencontre une entreprise qui va mal, on constate des dizaines de problèmes. De la gestion des ressources humaines au contrôle de gestion en passant par la vente, rien ne va. C’est désespérant. Edgar Morin fait ce genre de diagnostic pour le monde. Et c’est, aussi, déprimant.

Mais l’entreprise se transforme. Comment ? Ce qui est premier est ce qu’Edgar Morin appelle « l’éros ». Pour une raison difficile à comprendre, l’entreprise croit soudainement au changement. Elle démarre et, petit à petit, mais étonnamment vite, tout se met à marcher. En fait, il me semble que la phase de désordre qui précède le changement a été une phase de créativité inconsciente. Et l’inconscient, contrairement à la raison, est systémique. Ce que l’on appelle changement serait, donc, l’accouchement par la raison de l’inconscient.

La Voie d'Edgar Morin

Pour Edgar Morin, l’avenir de l’humanité est sombre, voire désespéré. Y aurait-il une « voie » à emprunter, pour la sauver ? Cette voie, nous dit la théorie de la complexité, doit conduire à une « métamorphose ».

Quand je parle d’Edgar Morin à mes amis, des intellectuels sensibles au développement durable, tous prennent une mine embarrassée. Ils ont essayé de lire ses livres, mais ont abandonné. Ce qui est surprenant. Car Edgar Morin écrit simplement. Seulement, il asphyxie le lecteur par une accumulation de faits. Ce qui produit l’abattement.

Pour ma part, je suis arrivé au bout du livre. Il recense les problèmes de l’humanité. Pour chacun, il rappelle, rapidement, tout ce qu’on sait sur le sujet. C’est du niveau de ce qu’on lit dans les journaux. Donc ni surprenant, ni original, ni compliqué. Parfois un peu de recul critique aurait été souhaitable, ai-je pensé. Mais l’accumulation suffoque. D’autant que la théorie de la complexité affirme que tout est lié à tout. Donc par quel bout prendre le problème ?

Pas de solution. Ou plutôt des solutions, partielles, exprimées d’une façon extrêmement directive, voire totalitaire, « il faut… ». Aucun gouvernement ne pourrait se permettre de les mettre en oeuvre sans déclencher une révolution ! Il conclut, en substance, que la situation est désespérée, mais que le désespoir produit des miracles.

Et si, pour lui, la voie était qu’il n’y avait pas de voie ?

(Ce qui est le message de l’existentialisme : c’est l’absurde qui produit la métamorphose.)

Edgar Morin : Enseigner à vivre

« L’école actuellement surtout pour l’adolescence n’apporte pas le viatique bien faisant pour l’aventure de la vie de chacun. Elle n’apporte pas les défenses pour affronter les incertitudes de l’existence, elle n’apporte pas les défenses contre les erreurs, l’illusion, l’aveuglement. Elle n’apporte pas (…) les moyens qui permettent de se connaitre et de comprendre autrui. Elle n’apporte pas la préoccupation, l’interrogation, la réflexion sur la bonne vie ou le bien vivre. Elle n’enseigne que très lacunairement à vivre, défaillante en cela à ce qui devrait être sa mission essentielle. »

Traité anti Education nationale ? Crise de civilisation. Il faut la régénérer. Pour cela il lui faut une « méthode pour conduire son esprit« . Car la façon de penser que l’on nous enseigne est nuisible.

Ce qui compte c’est désirer comprendre, et connaître. Vouloir comprendre, c’est refuser que l’autre soit incompréhensible (donc irrémédiablement différent), tout en sachant qu’une compréhension totale est impossible. Connaître, c’est prendre conscience des failles de notre mécanisme de connaissance, et les intégrer dans notre raisonnement. En particulier, la connaissance est multiple, anti spécialisation ; connaître, c’est relier le multiple.

Dans ce dispositif, le maître d’école devient « chef d’orchestre de l’organisation de la connaissance« . L’étudiant cherche de l’information, le maître l’encourage et l’aide à prendre conscience de la tâche à accomplir.

Condition nécessaire au succès : « l’éros » de l’un et de l’autre : une « passion créatrice« , qui est une « vocation« .

Cet enseignement doit, en particulier, fonder une « éthique du genre humain« . « La condition humaine (…) est à la fois individu-société-espèce« . Ce qui signifie contrôle mutuel de ces trois composants. Il doit aussi faire réfléchir à ce qu’est l’identité de la France, qu’Edgar Morin voit comme une « francisation« , l’adhésion à un projet commun fondé sur l’universalisme et la liberté.

Introduction à la pensée complexe d'Edgar Morin

Qu’est-ce que la théorie de la complexité ? Le désir de sortir notre pensée de « sa préhistoire« . Un appel « à la civilisation des idées« . Sur le modèle de Descartes, notre pensée est « simplifiante« . Ce qui produit un effet paradoxal, une « pathologie de la pensée« . Le progrès s’accompagne de l’accroissement de l’ignorance. La connaissance n’est pas faite pour être « réfléchie et discutée par les esprits humains« . Surtout, la logique de la pensée simplifiante est, justement, de combattre la complexité, qui est le propre de la vie !

Complexité ? C’est avant tout la contradiction. Par exemple, sans désordre, il n’y a pas d’ordre. Cela s’applique en premier à la science. « La vertu de la science qui l’empêche de sombrer dans le délire, c’est que sans arrêt des données nouvelles arrivent et l’amènent à modifier sa vision et ses idées. » Ce sont les contradictions qui font avancer la pensée. De même, un être vivant c’est « des constituants de faible fiabilité« , « régénérés en permanence« , l’opposé d’une machine. Quant à l’entreprise, elle a besoin « de liberté et de désordre« , pour assurer « adaptabilité et créativité« . La complexité, incompréhensible, non maîtrisable, non définissable, en elle-même est une condition nécessaire pour prospérer dans un environnement complexe. Autrement dit, à vouloir contrôler, comprendre, on tue !

Malheureusement, la science de la complexité s’arrête là. Certes « trois principes peuvent nous aider à penser la complexité » : « dialogisme« , la « régression organisationnelle« , et « le principe hologrammatique« . Elle parle aussi de « l’auto organisation« . C’est totalement incompréhensible par la « pensée simplifiante ». Mais que peut-on en faire ?  Pour Edgar Morin, on assiste à l’émergence d’un nouveau « paradigme« . C’est à la société de combiner ses forces pour le mettre au point.

Malheureusement, elle ne l’a pas fait. Nous vivons à une heure de « pensée simplifiante » triomphante. On croit même que l’ordinateur va mieux penser que l’homme. Ne serait-ce pas là la vraie cause du manque de durabilité de notre développement ? Folie passagère ?

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