Banalité du mal

Le psychiatre Daniel Zagury a vu pas mal de criminels. Son expérience confirme la théorie d’Hannah Arendt. Les grands criminels ne sont pas des êtres d’exception. C’est la « banalité du mal ».

Il y a tout de même des prédispositions : le vide de la pensée. Dans un article, D. Zagury dit : « les candidats à la barbarie semblent en effet se caractériser par l’absence d’empathie au-delà de leur cercle étroit, la volonté de pouvoir et le défaut d’une pensée vivante, irriguée d’affects et ouverte au jeu des instances internalisées. Ces dispositions sont relayées par toute une série de processus transformatifs encouragés par le contexte socio-historique. »

Pourquoi s’intéresse-t-on toujours aux « candidats à la barbarie », et jamais aux responsables du « contexte socio-historique » ?

Victime relative

Notre société tend à penser que la victime n’est pas innocente et que le coupable a des circonstances atténuantes. Les travaux sur les pervers narcissiques montrent que cela peut conduire à des drames. Car, dans ces cas, il faut extraire immédiatement la victime des griffes du pervers. Or, on le fait rarement.

La morale de cette histoire est que notre société est hypocrite. En effet, prenons le cas du terrorisme. Ces mêmes personnes qui trouvent des circonstances atténuantes aux coupables n’en trouvent plus aux terroristes, qui, pourtant, en auraient sûrement. Il est probable que cela s’explique par le fait qu’un raisonnement se fait à l’envers. On part de ce qui est dans son intérêt, et on cherche des arguments qui le justifient. Les beaux principes ne sont là que pour piéger ceux qui les croient (comme disent les hommes politiques) ?

Comment se passer de morale ?

Si la morale se prête à l’énantiodromie, si elle génère massivement la perversion, comment s’en passer ? 
Comme pour le code de la route. Personne ne pense qu’il est « bien » de rouler à droite. Mais on y roule, pour ne pas se faire tuer. La société a besoin de règles pour fonctionner. Ces règles sont « le bien commun » ou la « chose publique ». Leurs principes doivent correspondre à la culture de la société. C’est-à-dire ce qu’elle pense, implicitement, bien ou pas. Mais, surtout, ce qu’elle est capable de faire respecter, sans drame. 
(Ce qui diffère des opinions habituelles qui croient soit que le droit doit être « naturel », que nous sommes contraints par des lois de la nature, soit qu’il doit être « positif », c’est-à-dire totalement abstrait. Le bon droit pourrait être entre les deux.)

Le cannabis du Parti Socialiste

Samedi, j’entendais dire que Terra Nova « un think tank proche du Parti Socialiste » conseillait au gouvernement de légaliser le cannabis, ce qui rapporterait « 1,8md€ » à l’Etat chaque année. Argument imparable. Surtout venant de socialistes.

J’ai une hypothèse, mal pensante, concernant les raisons de ce genre de proposition. De même  que les libéraux veulent déréglementer les taxis parce qu’ils ne veulent pas voyager en transports « en commun », le « socialiste » veut fumer ses joints en toute impunité. Idiot ? 

L'enfer, technique de conduite du changement, et conséquences

Printemps des peuples ? Découvriraient-ils qu’on les a emmenés en bateau ? Et s’ils éjectaient les partis de gouvernement et toutes leurs politiques ? 
Résultat d’une technique de conduite du changement inventée par Platon. Platon estimait que seul le philosophe pouvait diriger la cité. Et, pour mener le peuple, il fallait lui raconter des fariboles. Platon est l’inventeur de l’enfer.
C’est bien cette technique qui pourrait être en train d’éclater à la face de notre gouvernement. On réalise soudain qu’il n’y a pas d’enfer ? Que l’enfer, c’est sa politique ?
Ce n’est pas fini. On en arrive au plus étrange. Les premiers films de Polanski ont pour héros un petit personnage qui lutte contre le mal. Il finit par perdre. Et il s’en trouve très bien. Eh bien, c’est comme cela que je vois nos gouvernements. Ils vivent dans un monde en blanc et noir. Si la colère gronde, s’ils prennent peur, ils vont croire que le mal a vaincu, qu’ils doivent s’allier avec lui. Sans compter, qu’au fond, ils ont beaucoup à y gagner dans une collaboration. 

Nous sommes quelques-uns à avoir couché avec l’Allemagne … et le souvenir nous en restera doux (Brasillach)

Ce n’est pas le peuple qui veut l’extrémisme, ce sont ses gouvernants qui le lui imposent !

(Polanski : Rosemary’s baby, Le bal des vampires, Répulsion.
Il existe une raison supplémentaire de la résistance de nos gouvernements à un changement qui ne serait pas la seule expression du « mal ». C’est que leur passif n’est pas totalement net. Un malencontreux génocide par ci, une réforme maladroite, qui a donné l’entreprise français au fonds de pension américain, par là… tout ceci est un peu embarrassant si cela venait à être découvert. Alors, plutôt que d’affronter cette désagréable réalité, on préfère croire à un peuple pourri par le vice.)

Vertu et parasitisme, pour faire un monde ?

Recension d’un livre de Philippa Foot, philosophe anglaise spécialiste d’éthique.

selon Philippa Foot la structure conceptuelle propre à l’évaluation des êtres vivants reste toujours la même. On dit en effet des racines d’un chêne qu’elles sont « bonnes » parce que ce sont des racines robustes et profondes dont le chêne a besoin, parce que c’est un arbre grand et lourd. De même on dit de la volonté d’un homme qui a tenu sa promesse, alors qu’il avait la possibilité de ne pas le faire sans aucun risque de sanctions, que c’est une volonté « bonne », parce que c’est de ce genre de volonté dont les hommes ont besoin pour pouvoir vivre ensemble une vie proprement humaine faite de confiance mutuelle (p. 99-100). Et si cette bonté est dite « naturelle » dans les deux cas, c’est qu’elle est naturelle, au sens d’intrinsèque ou de spécifique, à l’être vivant considéré, le chêne ou l’être humain, dont on a par conséquent à chaque fois besoin de connaître les caractéristiques principales.

(Vincent Boyer, « La grammaire du bien », La Vie des idées, 7 mai 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-grammaire-du-bien.html)

Je comprends que la raison est le propre de l’homme, et que, à partir du moment où il a décidé d’un projet de société, il doit faire ce qu’il faut pour le respecter, et le faire vivre. C’est la vertu. Ce qui me semble être une démonstration qu’il existe une morale et qu’elle est absolue pour une société donnée.

S’ensuit une discussion de deux exceptions. L’immoraliste, dirigé par son intérêt, et le méchant heureux, l’heureux gardien de camp de concentration, par exemple.

Pour ce dernier, je ne vois pas de contradiction. Il est vertueux eu égard au projet de société auquel il adhère. Ce qui n’a rien de nouveau. La plupart des peuples se sont appelés les « hommes » sous-entendant que les autres hommes n’en étaient pas, et donc que l’on pouvait en faire ce que l’on voulait. Les Indiens ont-ils une âme ? fut la controverse de Valladolid.

Quant au premier, il me semble que, dans un modèle de société donné, il y a deux types de personnes. Les vertueux, qui agissent pour le bien de la société, et les parasites qui ne voient que leur intérêt. Les deux sont à la fois utiles et dangereux :

  • Danger du vertueux : une société qui respecterait parfaitement ses rites serait incapable de s’adapter à ce qui lui est extérieur.
  • Mérite du parasite : il force la société à se défendre, à interroger ce qu’elle croit réellement, à dépoussiérer ses principes fondateurs. 

L'homme est-il bon par nature ?

L’homme est-il naturellement bon ? Est-il rendu bon par la société ? La science moderne s’attaque de nouveau à cette question. Etude du nourrisson. L’homme semble fait pour faire passer l’intérêt de son groupe avant le sien. Bref, il serait « bon » pour ceux de son équipe, et « mauvais » pour les autres.

Mais qui sont les autres ? Un ennemi est un ami vu de dos, aurait dit Gide. Je soupçonne que notre définition de l’autre varie au cours du temps. Ce n’est probablement pas qu’une question de « race », ou de quoi que ce soit de figé à la naissance. L’autre serait-il celui qui semble ne pas partager nos idées ?