Humaines bêtes

Certaines sociétés humaines disent que l’animal descend de l’homme. Cela semble évident lorsque l’on regarde cette vidéo :

L’homme a de curieuses idées. Il se croit, par exemple, un loup pour l’homme, alors que les loups sont fraternels. La caractéristique qui lui est propre serait-elle d’inventer des théories délirantes, et de les prendre pour la réalité ? Il a reçu le don de la raison ?

Politique : le facteur Anti chiant est-il déterminant ?

Nos penseurs se cassent la tête. Comment expliquer que tel ou tel leader « populiste » exerce une telle séduction sur l’électeur ?

Un facteur que ces gens ne semblent pas percevoir est à quel point tout ce qui nous dirige est « chiant ». Pépé la morale règne en maître sur le monde.

Dans ces conditions comment ne pas comprendre que l’on préfère avoir tort avec un « populiste » que raison avec un bonnet de nuit ?

Gabriel Matzneff

Gabriel Matzneff fait l’objet d’une plainte. Je me rappelle de lui, il y a déjà bien longtemps, chez Bernard Pivot. Il était considéré avec intérêt par la société la plus recommandable, à la surprise du bon peuple. Ce qu’il y a d’étrange, surtout, est que ce qu’on lui reproche est écrit dans ses livres.

D’ailleurs, je crois qu’il dit quelque part, en substance, que, pour un adolescent, il est le plus sûr initiateur à la sexualité qui soit. Meilleur, donc, qu’un partenaire du même âge. 
Pourquoi est-il poursuivi maintenant, et pas alors ? On parle aussi de « tourisme sexuel » ? Mais est-il le seul à s’y être livré, et même à avoir écrit sur le sujet, en particulier dans la classe morale ? Ceux qui ont vécu par les valeurs de 68 pourraient-ils en périr ?  

Tentation de Saint Antoine

Ce qui est surprenant dans l’iconographie religieuse est qu’elle illustre ce qu’elle est supposée condamner.

En particulier, la passion des martyrs est l’occasion pour le peintre de décrire avec complaisance la séduction du péché.

Ce qui signifie probablement l’inefficacité fondamentale de la morale et de la contrainte. Le changement durable n’est pas plus imposé par la force que par la manipulation ?

Les dangers du bien et du mal

Depuis toujours ou presque, j’entends : telle personne se comporte mal. C’est aussi vrai de nations : « les Américains sont… », « les Anglais sont… », et surtout, pour les étrangers, The Economist en particulier, « les Français sont des paresseux ».

J’en suis arrivé à penser que ce présupposé « bien / mal » était toxique. L’autre obéit à une logique, c’est tout. Il est cohérent avec lui-même. Et si l’on comprend cette logique, autrement dit si l’on se comporte avec lui comme il se comporte avec nous, par miracle les rapports avec lui se transforment. Soyez égoïste avec les égoïstes, par exemple. L’empathie, mal comprise, tue.

Pour être concret. Si vous pensez que telle personne se comporte mal, et si vous vous comportiez mal, comme lui ? J’ai rencontré la situation suivante : les dirigeants d’une entreprise encourageaient la concurrence de leurs employés ; ce qui est détestable. Seulement, ceux qui jouaient le jeu, y compris, et même surtout, en « arnaquant » (c’est le meilleur mot) les dirigeants, réussissaient très bien. M.Trump est un exemple du même type. Il paraît haïssable. Mais il adore les gens qui se comportent comme lui. Sa logique est celle du rapport de force, et du mauvais coup. Les milieux les plus louches, les mafieux par exemple, ont les codes d’honneur les plus strictes…

Macho de gauche

Harcèlement par un groupe de mâles dominants de la presse. Après DSK et Harvey Weinstein, une fois de plus, des piliers de la gauche morale sont accusés.

Etrangement, on ne parle pas de ce genre d’événement du côté de la droite macho. Comme pour l’Eglise : omerta bien organisée ? Ou est-ce que la culture de gauche attire naturellement le prédateur ?

(Ou aussi « moral licensing » : quand on fait le bien, on peut tout se permettre ?)

Faut-il se méfier de la morale ?

L’avant guerre fut une période morale, elle a débouché sur le nazisme. Nous avons vécu une autre période morale, on parle maintenant de « populisme ». Y aurait-il quelque chose qui ne va pas avec la morale ?

Avant guerre, il est possible que l’on ait eu très peur d’une nouvelle guerre. Alors on a voulu imposer des normes morales qui la rendraient impossible. Peut être en a-t-il été de même récemment : pour défendre leurs valeurs, certains ont voulu interdire celles des autres.

L’erreur de ce raisonnement, c’est l’absolu. En le condamnant sans jugement, on fait de l’autre un ennemi.

L'indigne Gérard Mourou

Je découvre, en même temps, qu’un français a obtenu le prix Nobel de physique et qu’il est coupable d’une vidéo dégradante pour la femme, qui aurait dû lui faire partager la guillotine d’Harvey Weinstein.

Je dois être moi aussi un bien mauvais esprit, car je ne vois rien de choquant à cette vidéo. Au mieux cela semble une blague de potache. Si l’on devait s’étonner de quelque-chose, c’est que la vidéo donne l’image d’un monde féminin. Or, peu de femmes se consacrent à la recherche. Mais, il se trouve, justement, qu’une femme partage son prix Nobel : une de ses étudiantes. Et ce à un moment où je lis un autre article qui se lamente du petit nombre de femmes Nobel… Gérard Mourou ne devrait-il pas, au contraire, recevoir le prix Nobel du féminisme ?

A moins que ce ne soit ceux qui le condamnent ? Car il est certain que leurs efforts et leurs talents d’inquisiteurs méritent plus de reconnaissance que cinquante ans passés à mettre au point des techniques qui ont des applications dans le traitement du cancer et la chirurgie de l’oeil.

Monde à l'envers

Il faut excuser la jeunesse, entend-on. Il faut excuser les erreurs de parcours… Certes.

Mais, du coup, cela a un curieux effet. Car cela conduit à mettre en accusation ceux qui se comportent correctement. Car ils sont des menaces. Avec le temps qu’ils ont passé à faire, et à réussir, leurs études, à travailler sans rien demander, à payer des impôts, à absorber les dysfonctionnements des services de l’Etat, leurs grèves, et les erreurs des hommes politiques qui les prennent de haut… ce sont d’affreux donneurs de leçons en puissance. Ce qui en fait des criminels. Etrange comme l’on est parvenu à museler la vertu (aurait-on dit au 18ème siècle).

Elégant sacrifice ?

« Aux vertus qu’on exige d’un domestique, votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ? » (Baumarchais, cité par JJ. Auffret.)

Pensée éternelle, probablement. Que les cabinets de conseil en stratégie feraient bien de méditer ?

Mais n’ont-ils pas trouvé une parade : « la destruction créatrice » ? Le maître détruit, pour provoquer la création, suscitée par l’instinct de survie de la société mise en danger par le comportement du maître. Le maître sacrifie son âme au salut de ses domestiques ?