Paresse et gourmandise

La paresse et la gourmandise auraient-elles du bon, malgré tout ?

Je me demande si la question se pose. Car dépend-elle de l’individu ?

Paresse et gourmandise ne sont-elles pas liées à des sociétés de l’incertain, où il faut profiter de l’instant ? Et n’ont-elles pas des vertus que la raison ne perçoit pas : par exemple, le plaisir partagé d’un bon repas crée des « copains » ?

Ne serait-ce pas la morale qui pousserait, par réaction, à un excès malsain, comme on l’a vu lors de la prohibition ?

Tentation moderne

Quelle est la tentation de notre époque ? me suis-je demandé, en écoutant Jankélévitch (un billet précédent).

Au début de ma carrière, je m’occupais d’algorithmes. Ce qui m’a frappé alors est que ceux qu’écrivaient mes collègues ne marchaient pas. Il fallait les reprendre, ce qui est devenu mon travail. Ils disaient « on n’avait pas le temps de faire autrement ». Mais, traiter correctement le problème n’avait rien de compliqué. Et, de toute manière, le temps que l’on pensait avoir gagné initialement, on l’avait perdu, au centuple, en corrections (qui ne corrigeaient rien) de « rapports d’incidents » expédiés par des clients hystériques.

Ce constat est revenu sans cesse dans ma vie. C’est d’ailleurs la raison qui m’a fait écrire mon premier livre. Toute notre société semble le résultat de choix bizarrement paresseux. Des choix idiots, alors que la conduite vertueuse n’aurait demandé quasiment aucun effort supplémentaire. Peut-être, simplement, un peu de volonté. Une volonté qui constate que notre première idée n’est pas satisfaisante, et qui nous demande d’en chercher une autre.

Aristote pensait que la vertu s’apprenait. Comment créer des conditions qui fassent que l’individu acquiert de la volonté ?

Le rire

Ce blog s’appelle « antichiant », parce que l’on vit à une époque où l’on se marre peu.

Bergson fait du rire un signal d’avertissement. Il prévient l’homme qu’il n’est plus humain. Qu’il est « mécanique ». Le rire rappelle, paradoxalement, à la raison.

Une société qui ne rit plus doit s’attendre au pire ? La dictature de tristes sires ?

Zizanie

On m’a dit, il y a déjà pas mal de temps, que les jeunes pensaient que les vieux étaient des dangers publics. Ils leur auraient laissé une terre invivable. Le jeune peut donc se laisser aller à sa totale inexpérience avec la meilleure des bonnes consciences !

Curieusement cette idée leur a été donnée par des vieux.

Nous avons vécu, et vivons encore, un temps où de beaux sentiments montent les enfants contre les parents, les femmes contre les hommes, les étrangers contre les nationaux… Décidément, l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Leçons du passé

Une des caractéristiques de notre temps aura été de vouloir réécrire l’histoire, en appliquant des normes morales modernes.

Il semble que l’humanité évolue comme grandit l’individu : elle ne fait qu’émerger d’une sorte de magma. Elle subit les événements. Bien sûr, avec le recul, tout paraît simple. Mais y a-t-il eu cercle avant que quelqu’un ait l’idée de le tracer ?

De même que les nobles étaient issus de brigands, il y a de bonnes chances que nos moralistes modernes doivent leur situation enviable aux vices de leurs ancêtres.

Accordons à ces derniers le droit à l’erreur ? Et aussi à nous-mêmes ? Au lieu de vouloir changer le passé, pourquoi ne pas apprendre de lui ?

Beauté du diable

Amazon is the latest Big Tech company to donate $1mn to Trump fund
Contribution to inauguration effort comes as founder Jeff Bezos and others attempt to build ties with the president-elect

Financial Times, 13 décembre

Comme les opinions changent, décidément. Trump a vaincu, ses critiques sont devenus inaudibles. On lit ailleurs :

TRUMP ON MELONI: FANTASTICA! “She’s fantastic. She’s a fantastic leader and person,” once-and-future U.S. President Donald Trump told a reporter asking if he had a message for Italian Prime Minister Giorgia Meloni (our No. 1 most-powerful person in the POLITICO 28 Class of 2025). Asked if he’d work with her, Trump shouted, “Yes!”

Politico.eu, 13 décembre

Mme Melloni, que l’on disait fasciste, soit le mal absolu, est désormais l’homme fort de l’Europe.

La « pensée 68 » défaite en rase campagne ? Curieusement, cela rappelle un thème de 68, que l’on trouve à répétition dans les films de Roman Polanski : le mal n’est pas ce que l’on nous en dit !

Bill Hwang

Scandale Archegos, aux USA. Une fois de plus c’est une histoire de produits dérivés et d’opacité. Plusieurs banques ont perdu leur chemise dans l’affaire.

D’après ce que je lis, celui qui avait créé Archegos, Bill Hwang, était un homme modeste et bien.

Curieusement, c’était aussi le cas de M.Bankman-Fried, qui avait eu l’idée d’un moyen de collecter beaucoup d’argent pour l’investir dans des affaires méritantes. Et ce afin de changer le monde. Il a aussi fait de gros dommages.

Tous les deux vont passer de longues années en prison.

Comme quoi, il n’y a pas que l’intention qui compte ?

Au delà du bien et du mal ?

Avec l’âge, je constate mes torts. Honteux et confus. Mais un peu tard, dirait le corbeau de La Fontaine.

L’un d’entre-eux est d’avoir souvent claqué des portes, pour avoir constaté des illégalités dans le comportement de mon entourage de l’époque. J’avais raison mais qu’est-ce que j’y ai gagné ?

Paradoxalement dans mes missions de conduite du changement, autrement dit lorsque je veux atteindre un objectif qui compte pour moi, j’adopte un point de vue totalement différent. Je pense qu’il faut faire avec les gens, que leur comportement s’explique par quelque logique que je finirai bien par comprendre un jour.Je suspends mon jugement. Et, effectivement, à la fin de la mission, je constate que j’ai eu raison.

Enseignement ? Ne nous arrêtons pas aux apparences ?

(Pour être honnête, j’ai rencontré quelques personnes, rares, qui n’ont « pas de logique » : elles ont un comportement qui correspond à ce que Gregory Bateson a jugé être la cause de la schizophrénie : elles disent une chose et en font une autre, et rien ne peut les remettre d’aplomb.)

Fluctuante immigration (suite)

Depuis quelque temps, on entend que le gouvernement allemand ferme ses frontières à l’immigration. Et c’est un gouvernement de gauche.

Quel chemin parcouru ! Il n’est pas loin le temps où le gouvernement, de droite, de Mme Merkel encourageait l’immigré à venir chez lui !

Et tout cela venant d’un pays qui est, du fait de ses atavismes culturels, un extraordinaire donneur de leçons.

« Il faut bien que je les suive, je suis leur chef » ? La morale ne pèse pas lourd face aux contingences de l’existence ? Et ce parce que le moraliste n’a aucune expérience de la réalité, et donc aucun pouvoir sur elle, sinon son ramage ?