Empire du mal

L’Amérique a été bâtie sur le principe que la nature de l’homme est le mal.

  • Ses pères fondateurs avaient lu l’histoire dont ils avaient tiré cette conclusion (fréquente dans le monde anglo-saxon). Du coup, ils ont construit un système de contre-pouvoirs qui cherche à équilibrer le mal par le mal. En fait, ils étaient surtout inquiets du comportement des masses, qu’il fallait contenir. « Il était  généralement reconnu que le peuple était souverain, mais il était aussi plus ou moins concédé qu’il ne devenait pas gouverner. »
  • Complétant ce dispositif, ils comptaient sur l’effet apaisant d’une classe moyenne nombreuse (une idée d’Aristote), et sur un partage d’intérêts collectifs : nationalisme et colonialisme (expansion internationale).
  • Dans cette pensée se trouve aussi « l’idée radicale des sophistes, que les désirs naturels de puissance et d’enrichissement sont derrière toutes les actions sociales ». Bref, que derrière le bien se trouve le mal. Et c’est pour cela que la liberté d’exercer une forme de mal est vue par beaucoup d’Américains comme un droit :

Ce que St Augustin avait perçu comme un esclavage, voire une punition divine, l’asservissement sans fin de l’homme aux désirs de la chair, l’économiste néolibéral, le politicien néoconservateur et la plupart des habitants du Kansas, le prennent pour une liberté première.

(Hypothèse qui se retrouve dans les théories scientifiques dominantes) le gène égoïste (…) le darwinisme social (…) le choix rationnel, des théories des économistes.

Voilà ce que dit Marshall Sahlins dans le livre cité par un billet précédentCompléments :

  • C’est une théorie que développe aussi Michael Moore (Bowling for Columbine). L’Américain aurait naturellement peur de son prochain, ce qui expliquerait sa tendance à le massacrer.

Taxi driver

Le massacre de Tucson me rappelle Taxi driver. J’ai enquêté. Ce film est basé sur des faits réels. Il aurait aussi servi de modèle à un attentat contre Ronald Reagan.
Dans tous les cas, le coupable est un solitaire qui n’arrive pas à trouver sa place dans la société. Sans pour autant être sans moyens.
Cela disculperait Sarah Palin et la crise. Mais pas la société américaine. Il semble qu’il y soit naturel, quand on s’y trouve mal, de faire une grande hécatombe, à l’arme à feu, d’écoliers ou de politiciens.
Michael Moore avait-il vu juste, dans Bowling for Columbine ? La culture américaine serait une culture de la peur, qui verrait la violence armée comme rédemptrice ?
Le rapport entre le nombre de morts par arme à feu, et pour 100.000 habitants, aux USA et au Japon  (plus de 120), me fait me demander s’il ne faut pas ajouter à tout cela une faiblesse de lien social qui favorise la mal adaptation

USA mal partis ?

En regardant ce qui se passe aux USA (billets précédents), j’en reviens à une de mes vieilles théories :
  • Lors de la dernière crise américaine, dans les années 80, Michel Crozier (Le mal américain) avait estimé qu’il s’agissait d’une crise culturelle, et que, pour la corriger, l’Amérique devait revoir ses valeurs.
  • J’ai l’impression que Ronald Reagan a pris le contrepied de ce point de vue, en affirmant à l’Américain qu’il n’avait pas à évoluer. Sa solution, si j’en crois Michael Moore, était la finance. Or, il semblerait bien que celle-ci ait été une fausse-amie et que l’Amérique ait vécu successivement deux bulles spéculatives.
Dans ces conditions, le changement resterait à faire. Mais ce que veulent le Tea party et l’Amérique d’en bas, si je les comprends bien, c’est un nouveau tour de passe-passe…
Compléments :

Capitalism : a love story

Film de Michael Moore.
Trouvant Michael Moore fort dogmatique, je n’avais pas vu son film à sa sortie. Mais on m’a dit qu’il semblait avoir lu ce blog. J’ai donc enquêté.
Michael Moore a du talent. Pas de temps morts. Et en plus il fait beaucoup avec peu (notamment lui en personnage principal).
Les similitudes entre le film et ce blog sont frappantes, je l’avoue. Riches qui s’enrichissent de plus en plus et pauvres qui stagnent (le % le plus riche est plus riche que les 95% les plus pauvres, combinés !). Hold up sur le gouvernement américain par Wall Street, commençant avec Donald Regan, le ministre des finances de Ronald Reagan, qui apparaît ici comme un marionnettiste.  Vices usuels du système américain, où la soif de l’argent dissout toute conscience : juge en cheville avec une prison privée, qui y expédie des gamins coupables de peccadilles (sur les images du centre, on ne voit que des Blancs très BCBG : aux USA l’amour du lucre est plus fort que le racisme ?), mais aussi grandes entreprises qui assurent leurs employés pour empocher une prime lorsqu’ils meurent.
On y déclare que le capitalisme est plus important que la démocratie ; qu’il n’y a rien de mal à ce que GM licencie tous ses employés, si cela peut augmenter ses revenus… Citigroup expédie une lettre à ses clients en leur annonçant l’avènement du règne des plus riches ; une seule menace : la démocratie, moyen pour le peuple de demander une répartition des richesses qui l’avantage un peu plus. Et les forces du marché broient jusqu’aux pilotes d’avions, dont certains gagnent 20.000$ par an, et d’autres vivent de tickets d’alimentation !
Mais voit-on ici le spectacle du capitalisme, ou celui du vol du rêve américain par une élite ? Comme le dit Michael Moore, les riches se sont enrichis non en vendant aux pauvres ce que ceux-ci avaient envie d’acheter, mais en les détroussant. D’ailleurs ces riches ne sont pas des entrepreneurs, mais des diplômés. Ce dont il nous parle, c’est d’un Etat bureaucratique, pris en otage par des oligarques, qui ont créé une classe héréditaire.
D’ailleurs, je me demande s’il n’y a pas un parallèle à faire avec notre cas. Comme le dit, encore, Michael Moore, ce qui fait tolérer d’énormes inégalités aux Américains, c’est l’espoir de pouvoir s’enrichir. Or, c’est cet espoir qui a disparu. L’Américain, comme le Français, ne demande-t-il pas que l’on remette en fonctionnement son ascenseur social ? 

J’irai dormir à Hollywood

La sorte de fraicheur gentille du Huron Antoine de Maximy révèle un peu de la nature des personnes qu’il rencontre.

Son échantillon est-il significatif d’un segment de population américaine ?

On y voit beaucoup de méfiance (fondée ?) envers les autres. Michael Moore (Bowling for Columbine) aurait-il raison d’expliquer la tendance américaine à utiliser les armes à feu hors de propos par le fait que l’Américain est craintif ?

On y voit surtout beaucoup de gens dans une situation précaire. Contraste avec l’immense richesse de George Clooney, dont Antoine de Maximy traverse la propriété.

Bizarrement, dans ce pays il semblerait que l’on soit bien moins à l’abri d’une malchance qu’à portée de la fortune. Ceux qui sont en difficulté n’ont rien de marginaux inadaptables. C’est plutôt des américains moyens. Très dignes. Ils savent que leur situation est sans issue, mais ils ont décidé de ne pas flancher. Ils se veulent forts dans leur tête. Des gens respectables. « Decent people » diraient les Anglais.