Flop et MOOCs

MOOCs ? On n’en parle plus. Les rêves ont été défaits par la réalité.

Encore une mode qui a fait long feu. Marketing adroit, puis prospectivistes qui se nourrissent de nouveauté, puis, personne ne veut être en retard, moutons de Panurge, en particulier écoles d’élite. C’est à celui qui s’affirme le plus bruyamment le champion de la nouveauté. Est-ce comme cela que ça se passe ?

Combien cela coûte-t-il aux start up nations crédules ?

Puissante Asie, faible Occident ?

L’Asie, en tant que Région, a acquis une réelle compétence industrielle. Chaque pays y joue un rôle. La Chine, en particulier, possède un puissant tissu économique, avec une riche sous-traitance. Par ailleurs, elle a été gagnée par la mode des aéroports. Ou, plus exactement, des villes construites autour d’un aéroport. Ces aéroports ont immédiatement la taille d’Heathrow… M.Netanyahou va-t-il être réélu ? Pas totalement sûr. Curieuse personnalité : « ni ses alliés, ni ses ennemis ne croient tout à fait ce qu’il dit ». Mais « nous avons besoin d’un premier ministre qui soit un salaud » pense un conducteur de taxi. Marine Le Pen devient une rock star. Raison de son succès ? « « Quand ils se battent contre le FN » dit Mme Le Pen, avec jubilation, « nous nous battons pour les Français ». » En Russie le KGB et les Tchétchènes, les hommes de main de M.Poutine, s’affrontent. En Europe, il y a deux poids deux mesures. Pour la France, d’une part, et pour les petits pays, de l’autre. En Angleterre, la main d’œuvre est extraordinairement pauvre (et peu productive) : « des 15 membres initiaux de l’UE, seulement la Grèce et le Portugal ont des coûts horaires plus faibles (que l’Angleterre) ». Cela semble en partie dû à l’immigration : « un demi million d’immigrants de plus qu’en 2010 sont employés en Angleterre, ce qui représente à peu près un tiers de la croissance de l’emploi du pays ». Le président égyptien se bat contre les Islamistes et semble vouloir, et avoir le talent pour, s’impliquer dans les affaires africaines. Dans certaines villes américaines, le rôle de la police est de rançonner la population (noire ?) pour combler les trous budgétaires. Dans 30 ans, plus d’un quart de la population des USA sera hispanique. The Economist se réjouit de cet afflux de sang neuf. Cependant, il semble que la transition n’aille pas de soi. Ils sont considérés comme « non blancs » (du coup, les « blancs » seront bientôt en minorité) ; non seulement l’ascenseur social ne semble pas marcher, mais ce serait le contraire qui se passerait : il y a un risque de « sous-classe hispanique » ; et il y a un risque « d’affrontement avec les blancs âgés », car, demain les vieux seront blancs, mais pas les jeunes…
L’esclavage se porte toujours bien. Particulièrement en Inde. Les « supply chains » lui seraient favorables.
MOOCS. On leur trouve d’utiles usages, en appui des cours traditionnels, et aux mêmes prix qu’eux. Notamment pour aider les élèves en difficulté. Mais aussi, c’était prévisible, pour la formation continue, et, à distance. The Economist ne croit pas aux montres d’Apple. D’une manière générale, à moins d’une « killer app », ce type de gadget portable ne devrait avoir un intérêt que pour les entreprises. En revanche, les troubles internationaux poussent les nations à s’armer. C’est bon pour l’industrie de la défense. La carte de visite n’a pas été disruptée par Internet. Pour contrer les menaces de Google, les assureurs vont nous équiper, nous et nos maisons, de capteurs. Et nous surveiller de près. « Les assureurs sont occupés à se transformer en entreprises technologiques. »
La politique monétariste de la BCE fait s’envoler la bourse et s’effondrer l’euro. Les Américains commencent à souffrir. Les inégalités de salaire viendraient du nombre et de la taille grandissants des entreprises. 

Après la tempête libérale, un monde exsangue ?

Révolution dans l’enseignement supérieur. Les MOOCs vont transformer l’enseignement supérieur. Pas vraiment parce que ça marche, car ce n’est pas au point (« il faut que la pédagogie des MOOCs s’améliore très vite »), mais parce que l’éducation supérieure est en faillite. Raison ? Inflation monstre de ses coûts, notamment salariaux. Et aussi parce qu’on lui en demande de plus en plus. Notamment une formation continue de la population. Les MOOCs devraient surtout bouleverser les universités les moins prestigieuses. Les autres devraient conserver un enseignement traditionnel. Le Brésil, en exemple ? L’enseignement public, gratuit, y est aux mains des riches. Une énorme entreprise privée s’est emparée de la formation supérieure des moins favorisés. D’où nécessité de réduire les coûts par reengineering de l’éducation.
Dossier spécial Pologne. La Pologne comme modèle ? Très rapide développement, elle n’a pas subi la crise de 2007. Pour une fois la subvention de l’UE (plus de 200md€ !) semble avoir été bien utilisée. Mais, à quel prix ce succès ? La Pologne est en voie de désertification. Les jeunes la fuient. Le taux de natalité y est extraordinairement faible (1,3). L’économie repose sur la sous-traitance (donc de bas salaires ?) et ne semble pas avoir trouvé de moteur propre. Etrangement, l’Espagne ressemble à la Pologne. Son économie redécollerait. Mais le pays paraît exsangue, sans beaucoup de garde fous contre une violente rechute. En France, M.Valls porte le boulet Hollande. La marque de fabrique de M.Renzi : on ne comprend pas ce qu’il fait, mais on a envie d’y croire. Le mouvement comme stratégie ? The Economist, pense, finalement, que M.Juncker est un bon bougre et qu’il faut lui laisser une chance. Aux USA, l’infrastructure de transport est en ruine. Elle n’a quasiment pas évolué depuis les années 60. 50% des ponts doivent être remplacés. Boeing propose des avions à ailes pliables, de façon à ce qu’ils entrent sans dommages dans des aéroports d’un autre temps. « La plupart des systèmes de contrôle aérien sont moins sophistiqués que la technologie d’un smartphone. » Il va falloir augmenter les impôts…  En Iraq, les alliances changent. Les intérêts du moment font que les USA, l’Iran et M.Assad font un bout de chemin commun. Face à eux, Al Qaïda rassemble les perdants et les pauvres. Et ils sont nombreux dans la région.
Alstom serait l’avenir de GE. GE se transforme. Ses activités financières occupaient une part très importante de ses affaires. La crise de 2007 a montré que c’était dangereux. Sans compter que Jack Welsh semble avoir fait du ENRON pour gonfler le prix de l’action. GE redevient donc industriel, international, innovant. Et semble décidé à être un des grands du logiciel. Les pays du golf tentent un hold up sur le transport aéronautique. Cas particulier du Qatar : sa stratégie est d’entrer en minoritaire dans des compagnies et de les aider à se transformer.
« Les marchés financiers ressemblent de manière inquiétante à ceux de 2007 ».
Après le gaz de schiste, voici le schiste bitumineux. Les réserves sont colossales. De nouvelles techniques permettraient d’éviter les risques écologiques qui jusque-là avaient empêché son exploitation.
Bis repetita ? Richard Nixon aurait dû son élection au rejet par l’Amérique d’en bas d’une Amérique de gosses de riches manifestant pour les droits civiques. Sa tactique fut de parler à l’instinct, pas à la raison. 

MOOCs et importance du lien social dans l'enseignement

Un économiste s’intéresse aux conséquences des MOOCs :
  • Caractéristiques : lourd investissement de réalisation, des coûts quasi nuls d’utilisation. C’est un modèle presque inverse de l’Université, qui est soumise à des contraintes physiques et dont le « coût marginal » est très élevé.
  • La bataille devrait se faire sur la qualité. Comme pour les livres (les éditeurs devraient-ils se lancer dans les MOOCs ?), quelques cours devraient s’accaparer tout le marché. Faisant ainsi des stars d’une poignée de professeurs.
  • Les universités américaines se divisent en deux. Le bas de gamme qui devrait plus ou moins servir de support aux MOOCs ou périr. Le haut de gamme qui, lui, devrait impérativement ne pas collaborer avec les MOOCs. En effet son modèle est, en quelque-sorte, la « fidélisation » d’une élite étudiante qui, une fois fortune faite, en reverse une partie à son établissement d’origine. Pour cela il faut des liens humains exclusifs et forts.
Mes remarques :
  • Comme pour toute innovation, ses conséquences sont difficiles à évaluer, et laissées de côté. Quid des enseignants actuels, qui pourraient se trouver au chômage ? Et du modèle à adopter pour former les prochaines générations de professeurs, sachant que seulement quelques stars doivent survivre ? Quel rôle joue le lien social dans ce que l’on apprend à l’université, dans la capacité de l’élève à absorber efficacement beaucoup de connaissances… ? La force de Cambridge, par exemple, c’est que chaque élève est suivi par un superviseur, qui travaille avec lui en face à face. En outre, la vie sociale de l’étudiant et sa capacité à s’y faire remarquer, et à y jouer un rôle de leader (équipes sportives, clubs politiques, journaux universitaires, compagnies théâtrales…) sont vus comme des tests de ses qualités et sont décisifs pour sa future carrière. 
  • Internet a un effet très particulier. Son marché est souvent marginal (cf. les ventes de livres en ligne). Mais il conduit à un effondrement de ce qu’il attaque, qui était optimisé pour servir au meilleur prix son marché existant. Du coup, l’effet d’Internet peut être la disparition de services importants pour une grande partie de la population. Les MOOCs pourraient-ils avoir cet effet dévastateur ? D’un côté des formations extrêmement chères, du type de celle de Cambridge, désormais réservées à une élite de possédants ? De l’autre des cours d’accès facile et peu coûteux dont ne pourraient se tirer que quelques autistes ayant des talents et une volonté exceptionnels ? Ce qui ne leur ouvrirait, pour autant, pas de carrières magnifiques, celles-ci étant réservées à ceux qui ont des liens avec le meilleur monde, et qui savent s’y bien comporter ?

Peut-être serait-il bien de faire un minimum d’expérimentation avant de les laisser dans la nature ? En fait, ce qui ne va pas dans cette affaire, c’est le modèle du marché. Tout se passe comme si nous assistions impuissants à un combat que nous ne pouvons pas influencer, mais qui va déterminer notre sort. Or, si les MOOCs ont des vertus, elles ne peuvent pas remplacer celles de l’enseignement traditionnel. La question qui se pose est donc : comment maîtriser le « marché », afin d’avoir le meilleur de l’innovation et de la tradition, sans que l’un ne tue l’autre ?

Méfiance et écosystèmes

Les tendances du moment. Ce qui caractérise les marques, c’est la méfiance qu’elles inspirent au marché. Les entreprises se demandent comment le manipuler pour qu’il les aiment de nouveau. Il faut prendre le peuple par les émotions. En effet, la société américaine est lasse des donneurs de leçon et de leurs grands principes (les droits de tels ou tels…). L’argent étranger fuit les pays émergents. Il revient aux USA, depuis qu’ils ralentissent leur politique d’innovation monétaire. Hier, on les appelait les BRICS, aujourd’hui, ils sont « fragiles ». Mode des écosystèmes. Le paresseux à trois doigts est un champion de l’économie d’énergie. Sa recette ? Il entretient sur son pelage une algue, des champignons et une mite. Tout cela fournit une partie de sa diète. L’ordinateur va-t-il remplacer l’enseignant ?Il pourrait aider à corriger les faiblesses de l’enseignement traditionnel (qui est chiant, tue toute créativité et dégoûte de ce qu’il enseigne), sans renoncer à ses vertus, dont les bénéfices sont indirects, et qui sont fondamentales pour construire l’esprit humain.
Les bêtes noires de The Economist. Russie. M.Poutine a utilisé l’argent du pétrole pour maintenir la Russie d’hier. Mais cela ne marche plus. Les élites russes pourraient le lâcher. Vers une dislocation du pays ? Idem pour le Vénézuela et l’Argentine (soja plutôt que pétrole, pour cette dernière). Ces pays sont en proie à l’inflation et ne peuvent plus payer leurs importations. Angleterre. L’Ecosse va-t-elle faire sécession ? Probablement non, mais The Economist craint une perfidie de dernière minute des indépendantistes. M.Miliband, finalement. Son discours vise « les 40% de l’électorat qui partagent l’expérience d’un salaire faible et de prix en hausse. » (Quant à la France, n’inspire-t-elle plus que de la pitié ?)
Business as usual. USA. Discours sur l’Etat de l’Union. M.Obama, président impuissant, n’a rien à dire. En Ukraine et en Thaïlande, les guerres civiles locales ont connu une accalmie. En Turquie, le pouvoir de M.Erdogan semble s’éroder. Mairie de Paris. Match Hidalgo / NKM. Problème d’image : ombre de M.Delanoë contre morgue aristocratique. L’une veut diluer la composition sociologique de la population en subventionnant le logement social, l’autre joue la classe moyenne, de plus en plus écrasée entre « le riche et le pauvre subventionné ». Toutes deux veulent sortir Paris de sa léthargie. M.Karzai veut régler ses comptes avec les USA, ce qui pourrait laisser l’Afghanistan aux mains des Talibans. Attendons son départ. Développement durable. La qualité de l’eau et de l’air se dégrade, mais la Chine a fait des pas de géant en termes de réduction d’émission de CO2.
Pourquoi l’Angleterre embauche mais ne croît pas ? Pourquoi est-ce l’inverse aux USA ? Parce qu’en Angleterre, l’inflation attaque les salaires et rend la machine plus chère que l’homme. C’est l’inverse aux USA. On ne sait toujours pas quoi penser du Bitcoin. Outil de blanchiment pour truand ou innovation financière ? La tentative de réforme du système bancaire européen pourrait forcer la BNP et d’autres à des restructurations douloureuses. Walmart cherche à se réinventer. « Ecosystème » (c’est à la mode) de magasins de proximité et de vente en ligne. Les conglomérats familiaux turcs ont pris le meilleur de tous les mondes : paternalisme rassurant ; diversification internationale, qui les protège de leur crise locale ; refus d’engagement politique, qui leur évite les mauvais coups. La Chimie européenne (même allemande) va mal. Concurrence des Chinois « appuyés par l’Etat », et des Américains, portés par le gaz de schiste. Espoir ? Que le marché européen de l’automobile relève la tête. La nouvelle mode Internet : la santé en ligne. Suivi automatisé, permanent, de notre santé. C’est supposé faire faire des économies à la sécurité sociale, bien que rien n’ait pu être démontré. Pas grave. Il y a les hypocondriaques. « (Les entreprises du secteur) peuvent compter sur l’armée des technophiles qui poussent leurs médecins à incorporer les nouveautés dans leur traitement. » (Vraie cible des fonds d’investissement : remboursement par la sécurité sociale ?) Par ailleurs, pour améliorer les soins, on multiplie les indicateurs. Rien ne disparaît, tout se transforme ? On reconstitue l’ADN de l’homme de Neandertal à partir de ce que ses croisements avec notre espèce nous ont laissé. 

MOOCs : une idée à mettre au point ?

Par hasard, j’ai lancé un débat sur les MOOCs dans plusieurs groupes linkedin. Voici ce que j’en tire. Vrac.
  • Comme je le soupçonnais, on est beaucoup plus intelligent à plusieurs que seul. En particulier, ces discussions me font découvrir deux intéressantes applications. L’une à Centrale, en anglais, apparemment très professionnelle, et sur un sujet technique de pointe. L’autre à l’EM Lyon, en français, portant sur l’entrepreneuriat, apparemment un peu bricolée, mais qui semble avoir été une réussite (plus de deux mille personnes sont allées au bout du cours, avec succès).
  • Il est surprenant de voir des étrangers, parlant anglais avec des accents non anglo-saxons, représenter une école d’ingénieurs française. Et la façon dont le cours est abordé donne un coup de vieux à ceux que j’ai eus. A l’époque ils étaient donnés par d’anciens élèves qui s’écoutaient parler. On disait qu’ils étaient là pour avoir raté leur carrière. Apparemment, ce temps est révolu. Cela devrait donc transformer de manière radicale la façon dont on enseigne en France. Mais, comme je le disais il y a peu, cela fait aussi courir le risque de l’élimination du vrai pédagogue : celui qui pose des questions qu’il faut plus d’une vie pour résoudre.
  • C’est d’ailleurs une magnifique plate-forme de promotion pour le (jeune) professeur ambitieux, qui veut se faire connaître. En conséquence, n’y a-t-il pas un risque que nos grandes écoles connaissent le syndrome Insead : vouloir recruter des gens de formation anglo-saxonne, et ne récupérer que ceux dont ne veulent pas les Anglo-saxons ?
  • Ce qui me frappe surtout c’est à quel point je sais peu de choses. Fini le temps où l’on arrêtait son apprentissage à 20 ans ! Voici un moyen de découvrir que le savoir bouge vite. Et d’être mis au courant quasi instantanément de ce qui se fait de nouveau. (Il faut cependant le temps d’un minimum de travail de reformulation.)
  • C’est aussi un moyen formidable, pour une école cette fois, de mettre en scène ses avantages compétitifs (par exemple les mathématiques appliquées, dans le cas de la vidéo de Centrale).
  • En revanche, en termes d’accélération d’apprentissage, cet outil a probablement des limites. N’est-ce pas le cas pour des disciplines qui demandent beaucoup d’expérimentation et de consultation de références écrites (qui demeurent très efficaces) ? Par exemple, sciences expérimentales, mais aussi mathématiques qui s’apprennent par l’équation ou encore sciences du management : en MBA, par exemple, la partie théorique du cours est faite sur support papier. Le reste du temps, dont les séances avec l’enseignant, sont des exercices.

En conclusion (très provisoire).

  • Il me semble que les MOOCs sont un outil fantastique de formation permanente.Ils nous font réaliser que notre savoir s’encrasse vite, il faut le remettre à jour sans cesse. Leur démarche pédagogique non conventionnelle peut aussi permettre à des gens qui décrochentdu système scolaire classique de reprendre confiance en eux, et peut-être de doubler certains bons élèves qui sont surtout devenus maîtres dans la manipulation des ficelles du système scolaire. Finalement, je crois que ce peut être un moyen extraordinaire de diffusion de « bonnes pratiques ». C’est l’expérimentation de l’EM Lyon qui m’amène ici. Un exemple. Les patrons de PME sont submergés de travail. Ils ne peuvent se consacrer qu’au strict nécessaire. Si bien qu’ils ignorent des points de droit, des « sciences du management », des techniques de levée de fonds sans dilution, etc. qui pourraient transformer leur vie. Et ce presque sans effort. Que font les Chambres de commerce ?
  • Les MOOCs me font aussi penser à ce que j’ai vu pendant la bulle Internet. Ce n’est pas au point, ça se cherche. Impossible, aussi, d’apercevoir un modèle économique rentable. Cela ressemble à une sorte de service public. Un peu comme Wikipedia. (C’est d’ailleurs aussi l’impression que je retire de l’article, bancal, que consacre Wikipedia aux MOOCs.)
Courage, encore vingt ans de travail et ce sera au point ? 

Les MOOCs vont-ils renouveler le corps enseignant ?

Je participe à un débat concernant les MOOCs, dans un groupe linkedin. Un participant soulève une question fondamentale :

cela va favoriser les meilleurs profs en exposant leurs cours au plus grand nombre. Imaginons que je veuille devenir compétent sur la théorie des jeux. C’est un sujet touffu, et si je veux le maîtriser il me faut le meilleur enseignant possible qui me rendra accessibles les concepts les plus importants et les implications pratique de cette théorie. Pourquoi devrais-je me satisfaire d’un professeur dans la moyenne alors que quelque part je peux profiter d’un cours au top qui me captivera et me fera progresser plus vite ?

Cela m’a plongé dans de profondes réflexions. Voici ce que je lui ai répondu :

Les MOOCs vont-ils faire émerger les meilleurs professeurs ? La question est intrigante. Ce que j’ai lu semble dire que ce qui émerge ce sont des « stars ». Mais les stars sont-elles de bons professeurs ? Si je considère ma propre expérience, je n’en suis pas convaincu. Voici quelques éléments sur lesquels je me base.
Il y a une vingtaine d’années j’ai eu à animer un module de dernière année de grande école de commerce. Deux jours à plein temps, juste avant le dernier stage, et en concurrence avec un marteau piqueur. (J’en suis sorti aphone !) Avant de démarrer, on m’a prévenu que les élèves allaient disparaître au fur et à mesure du cours. Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Pourquoi ? Parce que j’ai fait un show. Mon objectif premier était de conserver les élèves, et j’ai réussi.
Plus récemment, j’ai eu à examiner l’université d’entreprise d’une grande société. Elle commandait des cours de gestion à HEC, ESSEC et autres, mais n’en était pas contente. En revanche elle était enchantée des cours de l’INSEAD. Or, si les participants en sortaient heureux, manifestement ils n’avaient rien appris. La force de l’INSEAD est de faire un show.
Finalement, il y a quelques temps je me suis souvenu d’un différend avec un professeur de troisième, que, par ailleurs, je ne pouvais pas souffrir. Je dois avouer que c’est lui qui avait raison. Il m’a fallu presque une existence pour comprendre son point de vue !
En multipliant les exemples, j’en arrive toujours à la même idée : le bon enseignement se mesure à très long terme, souvent, initialement, il est vu comme désagréable. Peut-être même qu’il doit frapper pour lancer une réflexion qui durera une vie. (Un problème plus qu’une solution ?) Le risque des MOOCs est d’installer une sélection naturelle qui fera émerger quelques amuseurs publics.
Conclusion ? Ce qui précède ne veut pas dire qu’il ne faille pas de MOOCs, bien sûr.
Mais il serait bien de se demander ce que l’on attend de l’enseignement. Qu’est ce qu’un enseignement efficace ? Et d’expérimenter les MOOCs, pour en tirer ce qu’ils ont de bon, sans s’y jeter à corps perdu.

Réputation américaine, production d’énergie européenne et attaque des Moocs

Le blocage du gouvernement américain n’aurait pas de conséquences. Danger principal ? Ne pas être capable de payer les intérêts de la dette. Or, les obligations du gouvernement américain sont devenues une monnaie d’échange. Mais, même là, rien de grave ne peut arriver à l’Amérique à court terme. A long terme, sa réputation sera peut-être ternie.
La banque centrale américaine a un président d’un nouveau genre. Contrairement à ses prédécesseurs l’inflation n’est pas son obsession, mais le chômage. Elle va imprimer de la monnaie. 
L’Amérique travaille à un projet de libre échange avec l’Asie. Curieusement, c’est moins la Chine qui gêne que le protectionnisme américain, seul sujet qui fasse l’unanimité aux USA.
En Europe, le mécanisme de stabilité se met en place. Il peut aider les Etats, en leur prêtant et en achetant leurs obligations, mais pas les banques. L’Europe est ennuyée que l’on meure sur ses côtes. Mais n’a pas envie de faciliter l’immigration. « Si les pays comme l’Italie refusent d’accepter plus de tomates d’Afrique, elles sont condamnées à accepter plus de gens. »
En Espagne, « Les usines de production automobile ronronnent, elles prennent du travail aux usines européennes moins compétitives. » Les exportations se portent bien. Mais le gouvernement aura-t-il le courage de s’en prendre au salaire minimum ? En Allemagne Mme Merkel pourrait s’allier aux Verts, « qui ont très envie du pouvoir ». En Angleterre, les politiciens s’en prennent à leur jadis toute puissante presse. Pour la bonne raison qu’elle ne l’est plus. En Syrie, les excès des jihadistes pourraient susciter une réaction de la population. Le pouvoir tunisien n’a pas fait cette erreur. 
Le marché de l’énergie européen est dans un fichu état. Conséquences imprévues en pagaille. Gaz de schiste américain qui fait chuter le prix du charbon, surinvestissements, déréglementation, subvention à l’énergie renouvelable. Non seulement les conséquences environnementales ont été négatives (paradoxalement, c’est le charbon qui gagne). Mais tout cela mettrait en quasi faillite les producteurs d’énergie qui n’auraient plus les moyens d’investir dans une « smart grid » nécessaire à la circulation de l’énergie.
La globalisation a survécu. The Economist n’en revient pas. Pourquoi ?  Le monde a retenu la leçon des années 30. Il n’y a pas d’idéologie de remplacement. Et « La capacité de la technologie à effacer les distances est trop puissante et les bénéfices économiques du commerce international et de l’investissement étranger sont trop largement admis. »

Qu’est-ce qui fait l’éducation efficace ? L’éducateur, impact colossal, et le secondaire. Les meilleurs enseignants doivent aller avec les élèves qui ont des difficultés. Les MOOCs effraient les professeurs. En particulier, tous n’auraient pas les (nouveaux) dons que réclame la formation en ligne. Elle s’en prend aussi aux MBA. Paradoxalement, le MBA MOOC est plus cher qu’une formation traditionnelle. Mais il permet à l’élève de ne pas quitter son emploi. On espère combiner la pub télé avec de la pub sur application mobile. Douteux. Moins de start up aux USA. Donc moins de création d’emploi. Pourquoi ? Elles n’arrivent pas à recruter. Les universités ne produisent pas ce qu’il leur faut. Et l’immigration est bloquée. Sans compter que les lois américaines sont effroyablement compliquées. (Mais si les start up ont besoin de Martiens, sont-elles aussi bonnes qu’on le dit pour l’emploi ?)
La bicyclette publique gagne le monde. Cela réduit les embouteillages, et c’est bon pour la santé. 

La révolution MOOCs

MOOCs : l’université sans professeurs. Toutes les grandes écoles et universités s’y mettent, histoire de ne pas se laisser déborder. Cela peut-il marcher ?

J’ai travaillé sur une sujet proche, il y a une douzaine d’années : comment réduire les coûts d’appropriation d’un progiciel de gestion (ERP, CRM…) par une organisation (ce qui s’appelle « conduite du changement »). Réponse subtile :

  • La formation en ligne seule est un flop quasi absolu.
  • Il faut un mélange homme / machine / processus de formation / « parcours pédagogique » (la formation est orientée « expérience marquante » plutôt qu’apprentissage des fonctionnalités type Education nationale, inefficace). On pouvait alors réduire le coût de l’apprentissage par deux, peut-être plus.
  • Un des gros postes de réduction de coût est de remplacer des consultants, inexpérimentés mais très coûteux, par des formateurs, expérimentés mais bon marché. Autrement dit un des grands bénéfices de ce type de formation est d’acquérir une partie de la « rente » des consultants (« rente » = exploitation abusive d’un monopole).
  • La mise au point du dispositif demandait un gros savoir-faire, mais donnait des résultats infiniment meilleurs que ceux d’une formation classique, parce qu’il permettait une sorte de formation individualisée. En effet, l’apprentissage humain procède en quelque sorte par « blocages ». Chaque blocage étant propre à un individu. Un processus mixte (autoformation / formateur) permet de concentrer l’énergie du formateur sur le juste nécessaire : la dissolution du blocage.
  • Car le plus gros mérite de l’approche était qu’elle fonctionnait… Les méthodes classiques donnent un très mauvais niveau de maîtrise des nouveaux processus de travail. Une raison en est qu’il y a une sorte d’incommunicabilité entre consultant surdiplômé et théorique et opérationnel baignant dans la réalité de son métier. Pour contourner cette difficulté, on procède par « utilisateurs clés ». On demande à des employés modèles de former leurs collègues. Mais 1) ceux-ci rencontrent la même difficulté que l’utilisateur normal : ils ne comprennent pas le consultant ; 2) ce sont des personnels indispensables, très difficiles à immobiliser pour un projet qui peut leur demander une présence à quasi plein temps.

Je me demande s’il n’en serait pas de même pour l’éducation. Les MOOCs peuvent permettre de liquider les rentes de situation des enseignants, et de remplacer la formation en troupeau par une formation individualisée. La mise au point risque d’être longue.

(Une représentation graphique du phénomène MOOCs. Comme pour toute formation à distance, le taux de réussite semble extrêmement faible.)

Les MOOCs au secours de l'éducation supérieure ?

Le coût de l’éducation supérieure a explosé aux USA (x4 depuis 1980 – une sorte de record toutes catégories). Et voilà qu’arrivent les MOOCs, la promesse d’une révolution par la formation à distance, et d’une réduction du prix de l’enseignement supérieur. (Une révolution qui pourrait toucher la France, qui me semble menacée, elle aussi, par la contamination du modèle américain.)

Je tendais jusque-là à me méfier des MOOCs (Massive Open Online Courses). N’était-ce pas une mode inventée par des commerciaux irresponsables, qui menaçait de torpiller la vraie éducation ? Maintenant, je la vois comme une illustration de la destruction créatrice de Schumpeter. La société est sujette à un phénomène d’innovation spontanée qui empêche les monopoles de tirer exagérément parti de leur position.