Délégués au Redressement productif

Le gouvernement nomme des Délégués au Redressement productif, dont le rôle va être de mobiliser les ressources locales de l’Etat afin d’aider les entreprises vacillantes à construire, et à financer, un plan industriel. 

J’approuve. C’est ce que disait un de mes précédents billets : l’Etat n’ayant plus d’argent, il doit trouver d’autres moyens d’aider l’entreprise. Pourquoi ne pas mettre à leur disposition ses énormes ressources humaines, ses réseaux internationaux ? En outre, je pense qu’à force d’expérimenter, ces délégués peuvent apprendre beaucoup sur notre tissu économique, et les moyens de le revivifier.

Bien entendu, j’entends aussi les consultants qui m’environnent me parler de leurs tentatives de contact avec les services de l’Etat, et de la frustration, voire de l’exaspération qu’ils en retirent. Ils me disent que ces services ne connaissent rien à l’entreprise, et que, pire, ils sont un frein à l’aide qui pourrait lui être apportée, puisqu’ils sont supposés la fournir et qu’ils écartent tout ce qui pourrait les concurrencer !

Ma propre expérience n’est pas totalement en accord avec la leur. L’Etat est composé de beaucoup de gens modestes, dévoués, efficaces (et généralement mal payés). Surtout, c’est en tentant qu’on réussit. Et il suffirait qu’un seul délégué réussisse pour que tous les autres le suivent… (Et je suis las des pisse-vinaigres, soyons optimistes pour changer !)

Don Montebourg contre les licenciements ?

J’entendais la radio dire que M.Montebourg volait au secours des entreprises en difficulté. J’entendais aussi des syndicats protester de ce qu’ils n’avaient pas été consultés. Tout ceci m’a plongé dans un abîme de perplexité.

Car tout ce monde a presque moins de culture de l’entreprise que le gouvernement précédent. C’est dramatique ?


Prenons le cas du syndicat. Il a la conviction intime que le patron est un exploiteur. Il faut donc lui extirper le maximum par la force. Tactique ? Être le plus nuisible possible. Malheureusement, quand un patron boit la tasse, ce comportement syndical lui enfonce la tête sous l’eau.

Quant à M.Montebourg, il semble croire que l’entreprise en difficulté a besoin de trouver des financements. Ce à quoi The Economist répondrait certainement qu’elle les aurait trouvés si elle n’avait pas été nase. Lui donner de l’argent en prive l’économie ! Voila pourquoi la France des trente glorieuses a fini par capoter : en protégeant nos canards boiteux, nos hauts fonctionnaires ont asséché le reste de l’économie. D’où chômage de masse. Bis repetita

En fait, ils ont tous raison, mais dans le mauvais ordre. Ce qui fait qu’ils ont tous tort. Car, ce qui plombe une entreprise est un cercle vicieux. Le redresser ne coûte rien, sinon un coup de génie. Une fois qu’on a trouvé ce qui cloche, il est simple d’intéresser l’investisseur, puisque l’on peut expliquer qu’il est en face d’une aubaine. Abstrait ? Quelques exemples qui me viennent en tête :
  • Succession dans une PME. Le fondateur, commercial dans l’âme, est remplacé par son fils, un manager, il « casse les prix » de peur de perdre ses clients. (Un classique !)
  • Fusion de plusieurs unités. Les employés se replient sur eux, et ne font plus les « travaux d’intérêts généraux », autrement dit, ils laissent leurs collègues – et l’entreprise – s’enfoncer.
  • Pour augmenter la rentabilité d’une société, avant une vente, son équipe dirigeante supprime son centre de recherche. Or, il fait le succès et les marges – énormes – de l’entreprise.
Tout ceci peut paraître évident. En fait, il ne l’est pas du tout. Entre la cause et les conséquences il s’est passé des années : on a oublié à quoi l’entreprise ressemblait jadis. D’ailleurs, on se trompait sur ce qui la faisait marcher. Et, surtout, bien souvent celui qui décide maintenant vient d’arriver et n’a pas de contact avec ceux qui connaissent les réalités de l’entreprise, ses employés.

Alors quid de M.Montebourg ? Qui ne tente rien n’a rien. S’il est intelligent, il finira par apprendre de ses erreurs. Ce qui compte est de se jeter à l’eau, avec la volonté de gagner le 100m. Intelligent ? C’est être in quiet.
Compléments :
  • Pour essayer de faire passer les idées de ce billet, j’ai réalisé une série d’émissions pour décideursTV…
  • Globalement toute notre économie est victime d’un cercle vicieux : elle doit apprendre à innover avec les moyens dont elle dispose, pour pouvoir se différencier, augmenter ses marges…
  • Je pense que nommer un « propriétaire » du redressement de l’économie nationale est une excellente initiative. Cela ressortit à un conseil que je donne depuis toujours, ou presque : quand vous pensez que votre organisation doit acquérir une compétence, il faut nommer un responsable de la dite compétence. En multipliant les expériences (initialement désastreuses !) il finira par apprendre ce qu’il faut savoir sur la question.