Arnaud Montebourg vend l'Insead

A peine sorti de l’Insead, où il a étudié 4 semaines, Arnaud Montebourg cumule les emplois. Dans le dernier, il doit multiplier par 10 le chiffre d’affaires de la SSII d’un ministre tunisien.
Son objectif est d’aider à multiplier les ventes par dix en sept ans
Créée en 2002, Talan a connu un développement canon. Aujourd’hui, la société emploie 1000 consultants pour un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros. Surtout, elle vise un chiffre d’affaires à 1 milliards d’euros en 2022. (Huffington Post)
 Et ce en étant présent à quelques réunions chaque année.
Avant, j’ai été ministre du redressement productif pendant plusieurs années, sans résultat, après quatre semaines à l’Insead, je décuple le chiffre d’affaires d’une entreprise. Quelle publicité pour l’Insead. J’ai entendu dire que l’Insead lui avait offert une bourse d’études. C’était de l’argent bien placé.

(PS. La SSII a aussi recruté Michel Combes, le PDG d’Alcatel qui a récemment vendu son entreprise à Nokia.)

Hollande pris entre Montebourg et Merkel ?

Mutinerie au gouvernement ? MM. Montebourg et Hamon ne veulent plus de rigueur. Le gouvernement démissionne. Qui a raison ? Mon point de vue actuel sur la question : 
Comme le dit Paul Krugman, la rigueur produit un cercle vicieux. L’économie se contracte, ce qui ne fait qu’augmenter le poids relatif de nos dettes. Et l’Europe étant dans le même mouvement, sa croissance ne peut pas tirer nos exportations. Nous sommes plongés dans une spirale déflationniste. Scénario Allemagne d’avant guerre. M.Montebourg me semble donc avoir raison. 
Mais, pour autant, j’ai le sentiment que Keynes n’attaque pas l’origine du mal. J’ai fini par penser que celui-ci vient de la propension de nos gouvernants à dépenser sans compter. C’est aussi vieux que Louis XIV. Il ruinait la France par un politique irresponsable, et demandait à Colbert de lui trouver les fonds nécessaires. Le pays était rançonné. M.Hollande ne fait pas différemment aujourd’hui. (Cf. l’exemple de l’armée.)

Le contrôle de gestion, cet inconnu
Or, il y a une parade. Le contrôle de gestion. Terme que personne ne comprend. La mission du contrôle de gestion est de garantir que l’on a les moyens de sa politique. Surtout, que l’on saura la mener à bien. Cela n’empêche nullement l’ambition, au contraire. Mais cela permet de s’assurer, lorsque l’on décide d’une nouvelle politique, que l’on a optimisé l’usage de ses ressources, minimisé ses risques, et maximisé ses chances de réussite. Cela force à un travail de préparation qui est en opposition radicale avec la culture française. 

Louis XIV of France.jpg

Le modèle dont nous devons sortir ?
« Louis XIV of France » by Hyacinthe Rigaudwartburg.edu.. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.

Les champions nationaux vont-ils nous ruiner ?

M.Montebourg voudrait créer des champions nationaux, si j’en crois ce que l’on me dit. Je crains le pire. Voilà ce que voit un haut fonctionnaire. Il gère des participations de l’Etat. Lorsque l’Etat a mis de l’argent dans une entreprise, il n’a plus aucun pouvoir. Le dirigeant n’en fait qu’à sa tête. Et ce qu’il fait est affligeant. Il crée un petit espace dans lequel il peut jouer les tyranneaux. Voilà toute son ambition. Et quand cela prend l’eau. Il supplie l’Etat de l’aider. 
Les Chinois et les Américains paraissent plus intelligents que nous. Lorsqu’ils repèrent un nouveau marché, ils lui réservent un espace protégé. Et ils attendent qu’un champion, de chez eux, se manifeste. Une fois qu’il a une taille critique, il peut partir à la conquête du monde. 

Patriotisme économique : le retour de Maginot ?

« (Ces) mesures de protection des intérêts stratégiques de la France sont une reconquête de notre puissance« . M.Montebourg fait adopter un décret qui, si je comprends bien, éviterait à Alstom et à la nation un dépeçage honteux de leurs actifs économiques. (Article du Monde.)

The Economist se demande si ce genre de mesures ne coûte pas cher au pays. Puisqu’il fait fuir l’investissement étranger, qui se sent mal aimé. Mais sont-ce des mesures à objectif économique ? Et s’il ne s’agissait que de démagogie ?

Sur le plan politique, ce décret, à dix jours du scrutin européen, vise également à « donner un signal politique », indique un proche de M. Montebourg. Et, alors que la supposée impuissance de l’exécutif en matière économique et sociale lui coûte cher dans l’opinion, à prendre le contrepied de Lionel Jospin, qui, en 2000, expliquait que « l’Etat ne peut pas tout ».

Alors, nouvelle ligne Maginot ? On fait de nos entreprises des assistées ? Et si c’était cela qui finissait par les plomber ? (Voir : Le marché et la ligne Maginot, et le billet précédent.)

Le business n'aime pas la France

M.Hollande veut séduire les grandes entreprises étrangères. J’entendais la radio dire, lundi matin, que ce qui ne leur plaisait pas chez nous, c’était la complexité administrative et le coût du travail. Curieux. Car il n’y a rien de neuf ici.

Et si la véritable raison de leur malaise à notre endroit était, tout simplement, la rhétorique socialiste ? La peur du rouge ? Les rodomontades de M.Montebourg, en particulier ? Les étrangers que je rencontre n’ont que son nom à la bouche. Ce qui est d’ailleurs curieux, car y a-t-il  meilleur ami de l’entrerpreneur que M.Montebourg et le pouvoir socialiste ? N’est-il pas certain que si vous leur promettez des emplois, ils vous donneront l’argent du contribuable ? Malheureusement pour eux, ils pensent qu’ils se doivent de gesticuler pour faire de gauche, donc peuple, et cela se voit de l’extérieur ?

(Et si les fausses raisons étaient un vrai moyen de faire accepter à la France de renoncer à quelques-un de ses acquis sociaux ?)

Goodyear, Titan et l’image de la France

J’ai entendu cette semaine que le dirigeant de la société Titan, un fabricant de pneus de tracteurs estimait, en substance, que la main d’œuvre française est paresseuse.
Ce qui m’a frappé était  ses arguments. Il a repris une idée qui a trois quarts de siècle, au moins. C’est la dictature du prolétariat, à l’envers : c’est le riche qui crée la richesse, le pauvre est un parasite. S’il y a grève générale des riches, les pauvres crèvent. Il en fait même une application relativement détaillée : 1) le dirigeant a le savoir-faire de fabrication de pneus, les employés sont totalement dépendants de lui ; 2) les ouvriers (français) travaillent trois heures par jour.
Autrement dit, il y a de grandes chances qu’il n’ait pas eu besoin d’une longue observation scientifique pour en arriver à formuler son opinion sur nous.
Il faut avouer que nous faisons de notre mieux pour renforcer les idées reçues qui nous concernent. Et, avec une remarquable économie de moyens. Un Arnaud Montebourg et une poignée de syndicalistes, obligeamment relayés par nos partenaires économiques, et votre réputation internationale est faite. 

La perfide Albion se tire dans les pieds ?

L’Angleterre va-t-elle quitter l’Europe ? The Economist pense qu’elle n’y a pas intérêt. Curieusement, l’article montre que l’Angleterre a déjà obtenu un grand nombre des dérogations qu’elle a demandées. Notamment elle n’est pas liée par les limites d’heures concernant le travail (« les employés peuvent choisir de ne pas appliquer la semaine de 48h »). Et si ses agriculteurs, libérés de Bruxelles, se retournaient contre leur gouvernement ? Et si l’Angleterre avait pigeonné le reste de l’Europe ? Et si elle avait poussé trop loin une stratégie qui lui a si bien réussi ? me suis-je demandé. J’apprends aussi qu’elle est la taupe de pays qui veulent rester aux limites de l’UE (Norvège, Suisse). Si elle la quitte devront-ils y entrer ?

La situation britannique n’est pas brillante, par ailleurs. La stabilité du chômage masque la transformation de la nature de l’emploi créé « plus de gens travaillent moins d’heures ». Le gouvernement a tapé sur les riches et les pauvres et protégé les moyens. Comme ailleurs, la société se divise en deux : les « gagnants » qui bloquent le changement, et les perdants qui le sont de plus en plus. Seul espoir : le reste du monde va bien finir par repartir !
Plusieurs scandales ont précipité des journalistes au cachot. La presse anglaise va être réformée. Il s’agirait, si je comprends bien, de donner aux pauvres les droits qu’ont les riches de saisir les tribunaux.

La stratégie de Mme Merkel ? Rouler dans le brouillard. C’est-à-dire aller si lentement que l’on est capable de s’arrêter dès qu’un obstacle apparaît. Par ailleurs, les europhiles commenceraient à avoir ses faveurs. M.Monti a redressé les affaires de l’Etat italien. On découvre maintenant que le problème de l’Italie n’est pas là. « Ses plus grosses défaillances sont un faible taux d’emploi, une productivité en baisse et un manque de compétitivité par rapport à l’Allemagne. » M.Montebourg permettrait à M.Hollande de donner le change à son aile gauche.

Croissance brésilienne faiblarde. The Economist en veut à la présidente du pays, amie de l’Etat, et non du marché. Quant au Mexique, on y assassine les maires.
En Egypte, M.Morsi va installer une dictature islamique, avec l’assentiment populaire, qui veut le calme.
Quelques journaux semblent être parvenus à maîtriser Internet. Ils ont rendu payant leur contenu. En revanche, ils ont perdu beaucoup de revenus publicitaires. Internet aurait-il augmenté le prix de l’information ?Partout dans le monde, on essaierait de développer l’enseignement professionnel, dont la faiblesse expliquerait le déséquilibre entre offre et demande d’emplois.

Le réchauffement climatique serait favorable au nord… Conséquences des pressions migratoires qui pourraient en résulter ? Jamais simple à prévoir lorsqu’on laisse faire le changement. En tout cas, un tel réchauffement, au 13ème siècle, aurait fait pousser l’herbe sous les pieds des chevaux de Gengis Kahn. D’où ses conquêtes.
Après des années de libéralisme où il fallait travailler frénétiquement, la méditation a de plus en plus le vent en poupe. Elle générerait des émotions positives qui agiraient sur le nerf vagal, qui lui-même produirait des effets corrélés à une bonne santé. Mais tout le monde ne serait pas configuré de la même façon. 

Ilva, plus grande aciérie d'Europe et métaphore du capitalisme

On s’inquiète pour une aciérie italienne. Elle a été fermée, parce que ses fumées causent le cancer. Mais elle pourrait rouvrir, parce qu’il n’y a pas de travail dans les environs.

Métaphore du capitalisme de ces dernières décennies ? C’est le non respect des droits de l’homme qui fait la compétitivité des entreprises ? Mais elles sont intouchables parce qu’elles ont pris le travailleur en otage ? Plus le capitalisme détruit d’emplois, moins il est attaquable ?
Vive Arnaud Montebourg et ses nationalisations ? Mais l’Etat en a-t-il les moyens ? N’a-t-il pas, lui aussi, était pris dans le tourbillon général ?

Gauche décomplexée ?

Une technique de communication bien connue consiste à lancer des idées pour voir si l’opinion leur est favorable. L’annonce de la nationalisation de l’usine d’ArcelorMittal en est-elle une illustration ? Arnaud Montebourg se demande-t-il si le libéralisme n’a pas du plomb dans l’aile ? Si l’opinion mondiale ne serait pas prête pour autre chose ? Si les fameuses forces du marché, si terrifiantes, existent vraiment ? (Pour le reste, l’affaire pourrait être foireuse.)

Toujours est-il que la droite semble lui donner raison. MM.Guaino, Borloo et Breton, au moins, si j’en crois France Culture. Ce qui est curieux en ce qui concerne les deux derniers, qui me semblent devoir leur fortune au mouvement libéral passé. (Il faut aussi leur ajouter M.Bayrou.)

Quant au maire de Londres, il utilise peut-être le même procédé. Il nous crache à la figure notre passé de sans-culottes. Ce qui est toujours du meilleur effet dans la haute société anglaise. Là aussi la cohérence est faible. Car ça fait belle lurette que l’Angleterre a nationalisé des banques (quant à Obama il a nationalisé GM). D’ailleurs, elle a étêté son souverain bien avant nous.
Mais l’Angleterre n’a jamais cessé d’être perfide. La nouveauté est peut-être que la France tente de donner de la voix. 

La France et le haut de gamme

Apparemment nos gouvernants pensentque le problème de la France est un manque de haut de gamme.
La vie est-elle aussi simple que cela ? PSA et Renault ne sont jamais parvenus à pénétrer le haut de gamme automobile. C’est un métier. Mais ils ont aussi connu des années de prospérité sans cela. Car le milieu de gamme n’a pas que des inconvénients. Il a aussi un très large marché.
Et voilà qu’une étude de l’Insead analyse le cas Michelin. Ça ne va pas très bien. Problème ? Trop haut de gamme. Ses innovations n’intéresseraient pas le marché asiatique. Or, corrélativement, ses coûts sont élevés : beaucoup d’usines en pays « high cost ». Ses concurrents asiatiques ont, eux, un petit nombre de grosses usines, « low cost », qui produisent de l’ordinaire. Et ils comptent équiper les futurs constructeurs asiatiques, qui pourraient inonder le marché mondial. Michelin est-il condamné ? Mais sommes-nous dans une logique de rationalité économique ou de guerre ?
Et si nos entreprises avaient besoin d’un traitement au cas par cas ? Et si Arnaud Montebourg, qui n’a que ça à faire, se demandait ce que cela signifie, et comment utiliser les très dispendieux services de l’Etat pour fournir l’appui nécessaire à ce travail ?