La fabrique de l’Amérique

Les USA sont une curieuse nation.

Comme toutes les démocraties modernes, ils semblent penser que la liberté de l’individu est le bien absolu, mais que l’homme est porté naturellement à faire le mal.

Pour cette raison, ils ont créé une structure faite pour contenir ce mal. Une structure basée sur les travaux de Montesquieu qui cherchent à ce que la force s’oppose à la force. En particulier, le président des USA a relativement peu de pouvoir, et ne peut faire un coup d’état. Plus curieusement, ils auraient utilisé une technique qui nie l’individualisme : le chauvinisme. Et ils se seraient gardé du suffrage universel.

Tout cela paraît peu rationnel. Et pourtant cela marche. Les USA donnent un spectacle ridicule, bien plus ridicule que celui de la France de la troisième république. Collectivement, ils ne tiennent jamais parole. Et pourtant, personne n’oserait les critiquer : ils sont trop puissants pour cela. Plus curieux, leur puissance ne semble reposer que sur un formidable mécanisme de création monétaire, mais il leur permet de disposer de l’armement le plus sophistiqué, et d’avoir les moyens d’acheter toutes les entreprises étrangères.

Comme souvent dans l’évolution, une nouvelle avancée survient lorsqu’un principe toxique est libéré, et maîtrisé ?

https://antichiant.home.blog/2011/09/13/empire-du-mal/

The Western illusion of human nature, Marshall Sahlins

Inflation et innovation

Depuis une bonne décennie, je suis bombardé des mails d’un activiste qui prédit la fin du monde. Son raisonnement serait approuvé par tout économiste sérieux : les banques centrales n’ont pas arrêté d’imprimer des billets ; fatalement, cela doit conduire à l’inflation : il y a beaucoup plus d’argent pour le même nombre de choses à acheter.

Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ? La réponse, selon moi, est la start-up. Jadis, il fallait être un capitaliste pour monter une entreprise, ou vivre d’amour et d’eau fraiche. Aujourd’hui, plus ou moins facilement, on peut trouver de l’argent pour cela, et même parfois beaucoup. Cet argent est massivement privé : les banques centrales ont enrichi toute une population de « privilégiés », qui réinvestit ses gains.

A mon avis, le rendement de l’affaire est faible. Peu d’entreprises sont durables. La plupart passent d’investisseur en investisseur, avant de disparaître, corps et biens, dans les profondeurs d’une multinationale. Mais, cela fait vivre du monde. Et c’est en cherchant que l’on trouve. Au fond, on a fait entrer dans le marché un nouveau bien : l’idée.

Combattre l’inflation

Combattre l’inflation, c’est simple : augmentez les taux d’intérêt. Cela arrête l’économie, met en faillite des entreprises, et beaucoup de monde au chômage. Mais c’est le prix à payer. Voilà ce que dit le monétarisme, pensée officielle.

Et si l’inflation était due à autre chose ? Par exemple à des facteurs structurels, comme le Brexit en Angleterre ? Ou à quelques profiteurs ? (Que penser d’Orange et Microsoft augmentant leurs tarifs de 10% ?) etc.

Que faire ? « Quoi qu’il en coûte » ? Affirmer sa volonté d’éliminer l’inflation et chercher, sans a priori, ses causes, et les éliminer une à une ?

(Remarque, l’INSEE note que les taux de marge des entreprises, en moyenne, n’ont pas été affectés par l’inflation. Ce qui pose la question de ce qu’elles font de leur marge. Si elles l’utilisent dans des investissements peu touchés par l’inflation, celle-ci est une chance pour elles. En outre ce n’est qu’une moyenne : certaines ont perdu, d’autres gagné ?)

L'ère de l'argent facile

Dès qu’il y a une crise, les banques centrales impriment de l’argent. Qu’est-ce que cela signifie ?

On peut vivre d’emprunts. Vous empruntez pour faire marcher vos affaires, et quand vous devez rembourser, vous empruntez de nouveau. Sachant qu’il y aura toujours plus d’argent, on vous prêtera. C’est ainsi que l’on devient milliardaire.

Toujours plus d’argent pour le même volume de biens, cela veut dire inflation. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Par ce que les biens de consommation courante sont encadrés. L’inflation ne touche que les biens de luxe, en particulier l’immobilier.

Il est donc possible que l’on s’achemine vers une humanité à deux étages. D’un côté les oligarques qui contrôlent les ressorts de l’économie, et qui vivent dans une société à part, où la pomme (cultivée comme au Moyen-âge) vaut dix euros, et les enfants sont élevés par des précepteurs. De l’autre, le reste de la société, encadré par un Etat providence, dispose de services plus ou moins réduits, calculés pour éviter son mécontentement.

Juste ?

Economie platonicienne

La monnaie n’a pas de valeur. Les économistes, en particulier les monétaristes, mais aussi Keynes, ont vu que la monnaie était un système d’alimentation, physiologique, de l’économie, susceptible à des maladies. Du coup, ils ont abordé la question de manière de plus en plus empirique, en s’éloignant de plus en plus de l’intuition commune.

Il y a quelque chose de Platon dans cette histoire. Nos impressions ne sont que confusion. Pour arriver à agir juste, il faut parvenir à s’en dégager.

La crise expliquée

Une crise se préparerait. Mercredi matin, France Culture l’expliquait ainsi :

  1. Endettement chinois, la croissance chinoise n’était pas saine, elle est portée par la dette, ce n’est pas durable ;
  2. Baisse du prix du pétrole (corrélative au point 2), qui ruine certains pays ;
  3. L’économie américaine ralentit, du fait de son industrie, et des difficultés de ses producteurs de gaz de schiste (point 3) ;
  4. Les banques centrales ont procédé à une « expansion monétaire sans précédent », qui a provoqué un effet pervers : une bulle spéculative. C’est elle qui éclate. 

Nous passons de bulle spéculative en bulle spéculative ? L’économie est désamorcée ?

Banque centrale : pyromane ?

Si la guerre des monnaies est menée à coup de taux négatifs, le danger pour l’économie mondiale sera considérable. On entrera alors en territoire inconnu et le secteur financier sera sous une forte pression. Il n’est pas alors exclu que les banques augmentent le taux des crédits qu’elles accordent, ou durcissent à nouveau leurs conditions de prêts pour compenser les pertes réalisées sur les marchés de taux, ou sur les dépôts régis par des rémunérations négatives. On aura alors atteint l’effet inverse de ce que les banques centrales souhaitent : une compression du crédit qui est naturellement déflationniste et qui, partant, encouragera encore à aller plus loin dans le taux négatif. La spirale déflationniste sera alors proche, sans vrai moyen de la contrer. (La Tribune.)
Les politiques des banques centrales ont l’effet inverse de ce qui est désiré. Au lieu de relancer l’économie en favorisant son financement, elles provoquent une contraction des crédits. Faillite du monétarisme, qui régit le monde ? Nouvel exemple d’énantiodromie ? Pas amusant. 
(Monétarisme : laisser-faire, rendu possible par une saine gestion de la monnaie par les banques centrales. Hypothèses qui sous-tendent ce modèle.)

FNUMPS victimes du marché ?

Si je résume deux billets précédents, nos politiques nous donnent deux choix :
  • UMPS : le problème du pays est la flexibilité de l’emploi. L’emploi ne peut pas s’adapter à la demande du marché. D’où chômage. 
  • FN : sortons de l’euro, dévaluons et cela rendra notre économie compétitive. 
Ces deux choix viennent de la même idée :

  • Le marché est créateur de valeur. Il est parfait, ou quasiment. Laisser-faire. 
  • L’homme est un coût. Pour que le marché fonctionne correctement, il faut que l’homme ait le bon prix. C’est la question de la compétitivité. 

Cela produit un cercle vicieux : « Etre plus compétitif » se fait au détriment des autres. Cela les force à s’ajuster. Puis nous à réagir… Spirale déflationniste. Il y a une autre façon de voir les choses :

  • Le marché est une place d’échange. Or on n’échange que ce qui est différent. 
  • L’homme est le créateur de valeur, et pas le marché. En effet, l’homme transforme l’expérience en connaissances. 
Conséquences :

  • Interprétation de la crise. On a tué le créateur. Du coup, le marché n’a plus rien à se mettre sous la dent. Notre société s’auto-détruit. 
  • Changement à mener pour redresser la situation : action pour l’innovation. S’intéresser à ce que l’homme a envie de faire, et l’encourager à créer, et le « mettre en valeur », en utilisant le marché pour cela. Action. 

Banque centrale suisse : l'hirondelle qui fait le printemps ?

La banque centrale suisse lâche son franc : cataclysme. A la fois pour l’économie du pays et pour l’euro. 
Cela pose la question de l’indépendance des banques centrales, dit Paul Krugman
Si elles perdent cette indépendance, c’est la fin du monétarisme, une variante du laisser-faire du libéralisme première manière (ou néolibéralisme)… Après le monétarisme ?

Analyse systémique de la crise

Cette crise est un cas d’école de systémique ! La politiques des banques centrales a l’effet opposé de celui qui était prévu. 
Pourtant tout part d’un principe en béton. Une quasi tautologie. Il ne s’agit même pas d’économie, mais de bon sens. Les banques centrales créent de la monnaie pour pousser l’inflation. Effet évident : si vous avez une masse monétaire de x et des prix p, avec 2x les prix sont 2p. (Puisqu’il y a toujours les mêmes choses à acheter avec deux fois plus d’argent.)
Or cela accélère la déflation ! Pourquoi ? Parce que les banques centrales achètent des emprunts d’Etat, ce qui fait baisser le rendement de ceux-ci. L’argent va donc se placer ailleurs, notamment dans les actions. En quittant le pays, il fait baisser le taux de change. Avantage concurrentiel pour les entreprises locales. Mais le supplément de rentabilité obtenu n’est pas réinvesti. Et les pays étrangers, confrontés à cette concurrence, doivent baisser leurs coûts salariaux. Déflation. Et demande d’aide à leur banque centrale… 
Où est le bug ? C’est que la société ne crée plus, elle détruit, elle brûle son patrimoine. Irresponsabilité comme principe de vie. Les banques centrales, en prétendant résoudre seules les problèmes du monde, ne font qu’encourager cette irresponsabilité. La crise n’a pas une cause économique, mais humaine
(C’est ce que dit Mme Merkel. Malheureusement, son pays a réagi à ses propres problèmes par des mesures déflationnistes : il est devenu compétitif par réduction de salaires, délocalisation, et diminution de ses investissements productifs. Aujourd’hui nous n’avons que des exemples de ce qu’il ne faut pas faire. Y compris, d’ailleurs, chez des économistes hétérodoxes comme Paul Krugman.)