Optimisme

Dans un précédent billet j’observais que Dominique Moïsi avait une vision apocalyptique de la situation du monde, et surtout de celle de l’Occident, mais qu’il était optimiste.

Pourquoi ? Curieusement, pour des raisons indirectes. Notre société a connu de grands progrès. Et cela lui permet de faire le mal, mais aussi le bien.

Il ne reste plus qu’à passer à l’action ?

(Il notait l’allongement de la durée de vie. Serait-ce aux vieux de jouer les héros ?)

Emotion scientifique

Dans un précédent billet, je parlais des émotions de Dominique Moïsi. On lui a reproché un concept qui n’était pas scientifique.

Je ne suis pas d’accord. Il y eut un temps où je faisais des études de marché. Une partie de ce travail consistait en des sondages. L’analyse de données conduisait à des « typologies ». Les résultats se groupaient selon des axes. Et, en regardant comment s’assemblaient les déclarations de nos interviewés, on voyait apparaître des comportements bien particuliers.

Par exemple, dans les années 90, j’ai fait une étude pour France Télécom concernant les PME. Parmi les segments identifiés, il y avait, par exemple, un petit groupe d’inquiets, ses membres percevaient l’émergence des nouvelles technologies de l’époque (Internet et la téléphonie mobile) comme une menace, et voulaient s’y adapter. En termes marketing, ils étaient les « leaders d’adoption ». Seulement, contrairement à ce que disent les livres de cours, ils étaient mus par la peur. Toutes nos études donnaient ce type de résultats. Résultats qui étaient une sorte de « soleil d’Austerlitz » pour nos clients. Soudainement, ils comprenaient ce qu’ils devaient faire.

(A noter que le « petit groupe » « pesait » un tiers du chiffre d’affaires que France Télécom réalisait avec les PME. Ce qui est aussi un résultat général : les « leaders du changement » ont généralement une importance, globale, démesurée.)

De l’utilité des idées de Dominique Moïsi !

Dominique Moïsi

Génial Dominique Moïsi ? Il a inventé la « géopolitique des émotions ». Selon lui, le comportement des peuples, comme celui des individus, s’explique par des émotions, une, en particulier, dominante.

Il arrive ainsi après Huntington qui parle, comme Braudel, de « civilisations », mais qui, contrairement à ce dernier, s’intéresse à leurs affrontements, et après Fukuyama, qui, comme les Américains de son temps, estime que sa civilisation a triomphé une fois pour toutes.

Si j’interprète correctement la vision des choses de Dominique Moïsi, l’Occident focalise toutes les attentions. D’un côté, il y a ce que je nomme les « mines patibulaires », Chine, Russie, Iran, Corée du nord, l’Occident les terrifie. Les dirigeants de ces nations ont une peur bleue de la liberté. Il y a aussi le « sud global ». Il veut sa revanche sur l’Occident colonial. Il est emmené par l’Inde. Et l’Occident qui, depuis des décennies, hurle son auto détestation et donne au monde les battons pour se faire battre, et auquel Trump, véhicule de la colère de Dieu contre son peuple ? porte le coup de grâce.

Sombre ? Au fond, Fukuyama avait raison : l’Occident a redéfini les règles du jeu mondiales. Il est critiqué de toutes parts, y compris de la sienne, mais personne n’est capable de présenter quoi que ce soit qui puisse le remplacer. « L’esprit 68 » a gagné le monde. On le conteste, mais, au fond, on rêve de prendre la place de papa. Qu’il trouve des solutions à sa crise d’adolescence et, à nouveau, l’Occident fera la pluie et le beau temps ? Et ce d’autant qu’il y a, parmi ses valeurs, ce qui ne se trouve pas ailleurs : les droits de l’homme et la concorde finale de l’humanité, la fin de l’histoire.

(Venu de A voix nue.)

La Libye et la France

Ce que la crise libyenne révèle de nous, selon Domique Moïsi :
  • N.Sarkozy se voudrait l’homme qui décide quand tout le monde est perdu. Un instinct dangereusement peu démocratique ?
  • Le Français serait heureux, de refaire surface aux yeux du monde, de porter l’étendard d’une cause juste. Effet Rantanplan ? Dernières lueurs des complexes de supériorité qui ont causé la perte de la nation ? Associé à l’Angleterre, tenu à bouts de bras par l’apprenti marionnettiste américain, ultime illusion d’une puissance coloniale guerrière, la revanche de Suez ?
Compléments :

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l’équivalent du statu quo.
C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)
Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.
L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.
Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?
Compléments :

Football et France

Dominique Moïsi parle de la dépression française et de la faillite de son équipe de football. Elle le fait penser aux raisons de la défaite française d’avant guerre.
Drôle de pays. Depuis plusieurs décennies, réforme après réforme, il ne semble capable que de s’enfoncer. Plus d’idéaux, plus personne d’admirable, surtout pas les hommes politiques, encore moins les sportifs. Nous traversons une époque de doute. 

Obama cache la forêt ?

Article de Dominique Moïsi, professeur à Harvard, dans le Financial Times :

Il fait un inattendu parallèle entre la situation actuelle des USA et celle de la France de 1789. Des banquiers en nobles hyper privilégiés, un roi populaire mais des ministres discrédités, parce qu’ils sont des purs produits de l’ancien régime, des fauteurs de crise, de grands amis des financiers, aveugles aux souffrances du peuple…

Et c’est peut-être le plus surprenant pour un Français. L’énorme popularité d’Obama, soigneusement entretenue mais malsaine (« le président des USA simplement parle trop »), cacherait la dangereuse inefficacité d’une administration à laquelle son mépris pour le sort de la population pourrait jouer de mauvais tours (« la combinaison actuelle de peur et d’humiliation et d’un sens profond d’injustice produit une colère qui est potentiellement irrépressible »).

Compléments :