Génial Dominique Moïsi ? Il a inventé la « géopolitique des émotions ». Selon lui, le comportement des peuples, comme celui des individus, s’explique par des émotions, une, en particulier, dominante.
Il arrive ainsi après Huntington qui parle, comme Braudel, de « civilisations », mais qui, contrairement à ce dernier, s’intéresse à leurs affrontements, et après Fukuyama, qui, comme les Américains de son temps, estime que sa civilisation a triomphé une fois pour toutes.
Si j’interprète correctement la vision des choses de Dominique Moïsi, l’Occident focalise toutes les attentions. D’un côté, il y a ce que je nomme les « mines patibulaires », Chine, Russie, Iran, Corée du nord, l’Occident les terrifie. Les dirigeants de ces nations ont une peur bleue de la liberté. Il y a aussi le « sud global ». Il veut sa revanche sur l’Occident colonial. Il est emmené par l’Inde. Et l’Occident qui, depuis des décennies, hurle son auto détestation et donne au monde les battons pour se faire battre, et auquel Trump, véhicule de la colère de Dieu contre son peuple ? porte le coup de grâce.
Sombre ? Au fond, Fukuyama avait raison : l’Occident a redéfini les règles du jeu mondiales. Il est critiqué de toutes parts, y compris de la sienne, mais personne n’est capable de présenter quoi que ce soit qui puisse le remplacer. « L’esprit 68 » a gagné le monde. On le conteste, mais, au fond, on rêve de prendre la place de papa. Qu’il trouve des solutions à sa crise d’adolescence et, à nouveau, l’Occident fera la pluie et le beau temps ? Et ce d’autant qu’il y a, parmi ses valeurs, ce qui ne se trouve pas ailleurs : les droits de l’homme et la concorde finale de l’humanité, la fin de l’histoire.
(Venu de A voix nue.)