Dîner avec le diable

Je lisais quelque-part que MM.Macron et Modi étaient inséparables.

Pourtant, on dit beaucoup de mal de M.Modi.

Comment interpréter l’attitude de M.Macron ? Real Politik ? Ou faut-il y voir un changement de principes de notre pensée collective ?

Jusque-là il n’y en avait que pour l’absolu. Il y avait le bien et le mal. Et pas question de transiger avec lui. A tel point que le « mal » étant partout, on ne pouvait rien faire, à moins d’utiliser des masses d’hypocrisie.

Et s’il fallait aller au delà du bien et du mal ? Et si M.Modi, M.Erdogan et leurs semblables représentaient quelque-chose qui nous échappe ? Sans aller jusqu’à approuver l’invasion de l’Ukraine par la Russie ou celle de Taiwan par la Chine, n’est-ce pas une question à se poser ?

Inde

Lorsque Narendra Modi est parvenu au pouvoir, la presse que je lisais le considérait comme une créature maléfique. Et pourtant, il est toujours au pouvoir. Et il est courtisé par l’Occident.

L’Inde ressemble beaucoup à la Turquie. D’un côté c’est un irritant pour l’Occident, elle ne lui obéit pas au doigt et à l’oeil, et continue à commercer avec son vieil allié russe, de l’autre, c’est un pays extrêmement fragile. Il est en guerre avec la Chine. Sa population s’appauvrit d’année en année. Il y a étonnamment peu d’emplois pour un peuple qui croit à grande vitesse. Il n’a pas les moyens de s’industrialiser, comme la Chine, donc de la remplacer…

Peut-être y a-t-il quelque-chose à corriger dans la pensée occidentale ? Arrêtons de demander aux autres de nous aimer, et de croire à nos valeurs, et prenons-les tels qu’ils sont ?

(Réflexions suscitées par Affaires étrangères, de France Culture.)

Nous sommes tous Marine ?

Le monde après Charlie. Il est inquiétant. La menace ne vient pas de l’Islam, mais d’une crise de société, aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient, et du manque de sens de notre vie. L’Islam en fournit un aux djihadistes. Et, encore plus, aux mouvements populistes européens, dans lesquels The Economist voit un danger bien plus grand que celui de l’attentat. Quant aux services de renseignement, ils se heurtent à un os : les entreprises qui véhiculent les données sont maintenant privées. Il devient difficile d’espionner les communications. Mais il est facile de voler en toute impunité. Notamment grâce au Bitcoin et aux logiciels qui permettent d’agir sur le web en anonyme. Dernière innovation : un logiciel qui s’empare de vos données et ne vous les rend que contre rançon. Les autoroutes de l’information génèrent leurs « voleurs de grands chemins ».
L’économie russen’est pas efficace. Elle vit du copinage, et des revenus de ses matières premières. Ils lui ont permis d’éviter toute réforme douloureuse. La baisse du prix du pétrole combinée aux sanctions européennes va faire passer un bien mauvais moment au pays, en particulier à son système bancaire, qui risque de boire la tasse. Cette baisse des prix, par ailleurs, pourrait permettre à beaucoup de pays de supprimer des subventions, massives, à l’énergie. Elles ont des effets redoutablement vicieux. Le monde de l’énergie se transforme. En bien. Il  y a de plus en plus de sources d’énergie. La crise de l’approvisionnement s’éloigne. L’énergie va devenir propre. Et on la consomme de manière de plus en plus efficace et astucieuse. On se dirige vers une sorte d’écosystème où l’intelligence sera dans le réseau, et nous serons tous producteurs et consommateurs. Ce qui promet un changement douloureux aux fournisseurs d’énergie nationaux, européens en particulier. (L’article ne dit pas qui va gérer le dit réseau, mais que la situation ressemble à celle d’Internet…)
L’Europe devrait éviter une crise grecque. Chaque camp est prêt à transiger. A moins d’un « accident ». Ne serait-ce que parce que le prochain gouvernement grec sera constitué d’une « joyeuse bande de néophytes ».
On disait que la Chine, grâce à sa puissance économique, allait dominer l’Afrique et l’Amérique latine. Son influence connaîtrait un reflux. Ce serait une question de valeurs. Au fond elles comptent plus que l’argent. Or les cultures de ces continents sont proches de celles de l’Occident. Les USA sont à la manœuvre. En Inde, M.Modi demeure un farouche nationaliste hindou. (Faut-il avoir peur qu’un super Le Pen soit à la tête de ce qui sera demain le pays le plus peuplé au monde ?)
BP pourrait être acheté par Exxon. La société est affaiblie par la baisse des prix du pétrole et, surtout, par une stratégie hasardeuse qui a eu des conséquences désastreuses. (Comme quoi, il en faut bien peu pour plomber un pan entier de l’économie.) IBM traverse aussi des moments difficiles. Son modèle économique est secoué par celui du partage. La société devrait s’organiser pour suivre un marché « à deux vitesses » : avec d’un côté les services à grosse valeur ajoutée et de l’autre le traitement d’informations banal. Quant aux fabricants de voitures américains, les beaux jours sont finis. Le marché est saturé, ils sont surcapacitaires et face à une concurrence montante sur le haut de gamme. Une guerre des prix suicidaire s’annonce.
La tradition coréenne voulait que les habitants du pays financent l’expansion internationale des champions nationaux. Le citoyen est devenu consommateur et refuse désormais cette pratique.
Economie mondiale : rien ne va plus. Signaux favorables et défavorables. La baisse du prix de l’énergie, c’est bon pour la consommation, mais mauvais pour les producteurs américains. Et puis, que vont faire les banques centrales ? Des bêtises comme la banque suisse ?… L’investisseur est inquiet. Idem en Chine : impossible de savoir si un dirigeant ne va pas faire l’objet d’une purge. 

Déflation et politique du pire

Risque de politique du pire. Cela pourrait être le message de la semaine. L’Allemagne est bloquée, bloque l’Europe et le monde. Mme Merkel en est en grande partie responsable. Elle a développé une technique redoutable pour conserver indéfiniment le pouvoir. Elle dit aux Allemands ce qu’ils ont envie d’entendre. En leur faisant croire que cela vient d’elle. Or, les Allemands ne veulent pas bouger. C’est pour cela qu’ils désirent imposer des réformes au reste de l’Europe. Idem aux USA. Les Républicains vont prendre le pouvoir aux prochaines élections et réduire M.Obama à l’impuissance. Il y aurait de quoi s’entendre, mais ce n’est pas dans l’intérêt des extrémistes de chaque bord. D’autant qu’il est possible de réutiliser les techniques mises au point par le subtil B.Obama pour démolir ce qu’il a construit. Idem en Angleterre. Il serait simple de satisfaire les aspirations, modestes, de la population. Elles n’ont rien à voir avec les thèses de Ukip. Partout en Europe, c’est la même chose. « Les populistes ne vont pas prendre le pouvoir (…) Cela laisse le gouvernement entre les mains des partis traditionnels (…) Puisque la zone euro poursuit une intégration de plus en plus étroite pour survivre, cela signifie demander aux électeurs de faire confiance à des institutions qu’ils en sont venus à mépriser. »
La déflation saisit le monde. « La crainte des investisseurs semble être que le monde développé glisse dans la spirale de la déflation (…) La récente faiblesse de l’euro et du yen pourrait être un signe que ces régions exportent la déflation au reste du monde, leurs exportateurs baissant leurs prix pour prendre des parts de marché ». Parmi les conséquences : prix du pétrole en baisse accélérée. Economie mondiale faible donc demande faible et offre en hausse, de tous côtés. Au Japon, les réformes économiques dont on attendait tant de bien plongeraient le pays dans la récession.
Ailleurs, autres crises ordinaires. Les Serbes basculent dans l’autoritarisme. Mais ils organisent des défilés d’homosexuels pour donner le change à l’UE. Renversement d’alliances en Turquie. Le gouvernement lâcherait les Kurdes, devenus alliés des USA, et se rabibocherait avec les généraux, et jouerait les comparses de l’Etat Islamique. Ce dernier réinvente l’esclavage. Le pouvoir syrien est faible. Mais il ne veut pas abandonner, même pour une solution qui lui sauverait la face. Résultat : chaos probable.
L’Irlande élimine une mesure qui permettait aux entreprises (étrangères) de ne pas payer d’impôts. Mais la compense par une contre-mesure. En Inde, M.Modi voudrait rendre fiable son administration avant, éventuellement ?, de libéraliser son économie. (Ce qui me semble sage.)
Ebola. Croissance exponentielle du nombre de victimes. Il devrait atteindre 10.000 par semaine. Compliqué et coûteux (une capacité de traitement de 100.000 lits coûterait de 1 à 2md$ par mois) d’enrayer l’épidémie. D’autant qu’elle attaque en premier les systèmes immunitaires sociaux, c’est-à-dire les personnels médicaux. Il faut des centres de traitement, changer les comportements  des populations et que les vaccins dont on dispose se révèlent efficaces. Puis relever les pays touchés des dévastations subies.
L’électronique européenne relèverait (modestement) la tête « grâce à sa force dans des technologies qui conviennent bien au nouveau monde des objets interconnectés et de consommation ultra basse puissance ». Apple offre un nouveau système de paiement sans contact. Les bénéfices n’en sont pas évidents pour le marché occidental. Mais les normes pourraient être utiles aux pays en développement, où la téléphonie mobile se substitue déjà aux réseaux financiers.
Toutes les prévisions faites au sujet d’Internet étaient fausses. L’univers d’hier n’a rien de différent de celui d’aujourd’hui. « Il y a un monde entre « disruption » et destruction ». Les économistes se sont trompés. Baisser les taux d’intérêt ne stimule pas l’économie ! Ce qui le fait, c’est la perception que les choses vont bien…

Blues chinois

Que veut la Chine ? Apparemment retrouver son rayonnement d’antan. Or, elle ne parvient guère mieux qu’à occuper un rang honorable dans l’ordre anonyme du monde occidental. Et ce au prix de tensions internes et externes qui ne semblent pouvoir se résoudre que par le renoncement définitif au rêve Chinois. Pour le moment elle soumet les entreprises étrangères à des humiliations. A moins qu’il ne s’agisse d’une imitation maladroite de l’exemple américain.
La Russie semble dans une situation identique. Pas de stratégie, notamment en Ukraine. Que la volonté de compter aux yeux du monde. Désir ruineux. Car, elle ne se fait pas tant des alliés qu’elle les achète. (CF. son union eurasienne.) La Serbie essaie de jouer sur deux tableaux : Russie et UE. Le Kosovo semble déterminant dans sa politique.
Mystérieuse Afrique. Croissance démographique explosive. Comment cela va-t-il se terminer ? En tout cas, pour faire des affaires sur le continent, il faut partir du Nigeria. Rien n’y fonctionne, mais on y achète. Pour y pénétrer, il faut adapter l’offre à ce que le pays peut acheter, et construire un système de distribution sur la confiance, quasiment homme à homme.
Inde et Modi. Le début de mandature de M.Modi le montre plus nationaliste que prosélyte éclairé des vertus du marché. Et l’Inde, nouveau riche, humilie l’Angleterre, nouveau pauvre.
USA. Evénements de Ferguson. Ville qui est passée de blanc à noir, sans que ses institutions s’adaptent. Surtout, dans un pays où tout le monde est armé, la police est nerveuse. La bavure est un fait social. Autres usages locaux : on élit les juges. Les avocats paient leur campagne. Et les juges ont de la sympathie pour les intérêts de ceux qui les ont élus. Amende de 17md$ pour Bank of America. Coup de pub plutôt que réalité. Etat Islamique. Si on le leur demande gentiment, les USA vont bombarder les bases de l’Etat Islamique, qui sont sur le territoire syrien. En Libye, on ne sait plus d’où viennent les bombardements.
Au Canada, on transporte de plus en plus de pétrole par train. La sécurité est à la traîne. 47 personnes ont été incinérées dans un accident. Les banques polonaises se portent bien. Elles doivent en partie leur succès à des innovations qui tiennent à ce qu’elles se sont construites de zéro, sur un marché vierge.
Les USA ont été les pionniers de la massification de l’enseignement. Le système universitaire étant en faillite, on redécouvre l’utilité de la formation professionnelle. Il s’agit d’acquérir des compétences, tout au long de sa vie, par un enseignement modulaire, fondé sur la pratique. Internet pourrait être utile. Mais pas décisif.
La globalisation pourrait accroître les inégalités des pays émergents parce qu’elle romprait la relation employés qualifiés / peu qualifiés. Elle emploierait les premiers et laisserait pour compte les seconds.
On a retrouvé le réchauffement climatique manquant. La chaleur serait piégée entre 300 et 1500m dans l’Atlantique. Conséquences ? Le monde se reboise un peu. Ce serait plus un effet de la réglementation que du marché. Les phoques pourraient avoir transmis la tuberculose aux premières populations américaines. 

L'Europe veut des hommes d'action ?

The Economist fait un bilan des résultats des européennes. Ce qui me frappe n’est pas tant la victoire des extrémismes que la défaite des partis d’opposition (Espagne, France, Angleterre, Danemark, Italie…). En particulier ceux qui, comme Cameron, ont pris ces élections au sérieux, et se sont battus, ont obtenu un meilleur score que prévu. Renzi est l’exemple type. L’électeur semble avoir condamné la « politique normale », au sens de Hollande. Celle dans laquelle l’opposition attend que la majorité soit éjectée par l’opinion pour prendre sa place. L’électeur veut des gens qui agissent ? Ras le bol des penseurs ? Et l’UE ? The Economist lui prédit une pagaille belge. Une sorte d’inimitié consensuelle paralysante. Les perdants du scrutin ? Le fédéralisme, le libre échangisme, et les USA.
Le problème est le même partout ? Le penseur Obama définit sa doctrine de politique étrangère. Non intervention militaire dans les affaires du monde. En particulier, que les troupes américaines se dégagent d’Afghanistan avant la fin de son mandat prime toute autre considération. Cependant, il forme des rebelles syriens. Il demeure pragmatique. En Inde, le féodalisme du parti du congrès laisse la place à M.Modi l’homme d’action. Manager, qui prend les problèmes à bras le corps.
Thaïlande. L’armée prend le pouvoir pour remettre politique et économie en ordre. Malheureusement, elle est incapable de diriger un pays moderne… Philippines. Le compétent Aquino, transition entre un gouvernement de familles et une démocratie normale ? Mali. La France semble aux prises avec un gouvernement de fantoches, qui justifie sa présence en torpillant le processus de stabilisation du pays. Ce qui lui a explosé à la figure. (Qu’allions nous faire dans cette galère ?)
Economie asiatique : changement vital ? Elle est portée par des conglomérats monstrueux. Ils sont possédés par l’Etat ou par des familles. Ils ont eu la vie belle jusque-là. C’est fini. Tensions diplomatiques : la Chine fait peur à ses voisins ; les salaires croissent ; la population vieillit ; les taux d’intérêt vont augmenter ; les banques chinoises et indiennes accumulent des prêts douteux ; ces conglomérats sont peu innovants, en partie du fait de la culture hiérarchique de l’Asie, peu présents dans la nouvelle économie ; et ils vont devoir affronter la multinationale occidentale… Que faire ? Ne plus se limiter aux marchés asiatiques, s’ouvrir au capital privé, adopter la structure de la multinationale occidentale, leur dit The Economist. (Maintenant que vous avez mis le doigt dans l’engrenage du marché, vous devez adopter notre culture ?)
Le Club Med et les vacances tout compris sont à nouveau en vogue. Tendance mondiale et développement du marché asiatique. C’est aussi le cas du gaz liquéfié. Le monde se couvre de terminaux et de pipes. Il remplace des énergies plus polluantes.
Le monde vieillit. Les gouvernements veulent relancer la natalité. Pourtant, il suffirait d’améliorer l’éducation pour que le problème disparaisse. Cependant le pouvoir est dans le nombre. Au Japon, la question est critique. 43m en 2110 ? On en vient à des mesures désespérées : on envisage l’immigration… Le salaire minimum revient en force. Il s’agit d’éviter que le peuple ne se révolte contre le spectacle de l’enrichissement d’une minorité.
Sciences. L’évolution a renforcé le cerveau de l’homme au détriment de ses muscles.