Noir et créole

On parlait de la compagne de Man Ray comme d’une « noire ». Or, c’était une Gouadeloupéenne. 

Dans ma jeunesse, les Gouadeloupéens n’étaient pas des « noirs », mais des créoles. (Pour mon dictionnaire, vieux ?, le créole était un Français qui vivait aux Antilles.) Henri Salvador, par exemple, n’était pas « noir », il n’était d’ailleurs rien du tout, sinon un chanteur qui avait un gros succès.

Les noirs étaient africains. Ceux que l’on appelait « noirs » en Amérique étaient au mieux marrons. Je ne me souviens pas avoir entendu Joséphine Baker, par exemple, être qualifiée de « noire ». (Mes souvenirs flous en font une sorte de « people » qui avait eu une vie extraordinaire, et qui avait adopté un grand nombre d’enfants. Ce qui dominait la mythologie familiale, c’était l’ascenseur social…)

J’ai aussi été très surpris que l’on traite les Indiens (d’Inde) de « noirs ». 

A quel moment notre définition de « noir » a-t-elle changé ? Je soupçonne que l’on a adopté les usages américains. C’est probablement le fait des nouvelles générations. D’une certaine façon, il y a assez peu de transmissions entre générations. Les jeunes prennent ce qui est dans l’air, d’où qu’il vienne ?

Gide expliqué ?

En relisant Gide, récemment, je me suis demandé pourquoi il avait joui, en son temps, d’une telle autorité. Ses romans n’ont que la peau sur les os. 

François Mauriac a peut-être trouvé une solution à ce problème. Dans ses Mémoires intérieurs, il écrit que « l’immoralisme » de Gide a été une révélation pour la société de son époque, y compris pour lui. 

Gide répondait, peut-être, à une aspiration inconsciente de la haute bourgeoisie. Elle était dans une situation paradoxale : elle vivait dans le carcan de règles morales désagréables, ridicules, tout en ayant les moyens d’une existence oisive et dissipée. Pourquoi ne pas profiter de sa situation sans mauvaise conscience ?  

D’aucuns diraient que la règle était la condition de la richesse, héritée. 

Mais, peut-être aussi, l’enseignement de cette affaire est que l’art est un phénomène de société. 

Incohérences gouvernementales

Je lis qu’au sommet de l’Europe, on s’écharpe. On n’a pas de vaccins, qui est le coupable ? On aimerait que ce soit les laboratoires. (Voir ici.)

On envisage sérieusement d’accélérer l’approbation de tout ce qui ressemble à un vaccin. Tous ces tests d’innocuité quelle perte de temps !

Or, si l’on relit ce qu’on disait il y a quelques mois, on nous expliquait qu’il n’y aurait pas de vaccin avant le milieu de 2021. Il n’y avait que cet imbécile de D.Trump pour prétendre qu’il puisse arriver fin 2020 ! Quant aux laboratoires, leur histoire ressemble à celle de la ruée vers l’or ! Ils ont mis les bouchées doubles, en utilisant des techniques révolutionnaires, qui nous transforment en cobayes, et en lançant en avance de phase la fabrication de leurs vaccins. 

C’est étonnant à quel point nos gouvernants sont sensibles aux courants d’air !

Crise favorable au luxe ?

Pour se sortir d’une crise, il faut être créatif. Or, le propre de l’industrie du luxe, c’est, justement, la créativité ! Voici ce que dit une émission de France Culture.

les designers (…) revendiquent une liberté très forte, mais ils ne sont jamais aussi bons que sous la contrainte ! Et donc leur donner ce nouveau cadre, cela les a challengés dans leur créativité et dans les formats qu’ils ont pu adopter. Donc, effectivement, c’est une vraie capacité aussi des maisons à faire, chacune avec leur singularité, des propositions assez novatrices.

Le retour du Vinyle

Section musique de la FNAC. Je suis accueilli par un immense rayon disques (vinyles). Le graphique ci-dessous confirme cette tendance. Surtout, il semble signifier que le numérique a été plus destructeur que créateur…

Le retour du « vinyle » serait-il l’annonciateur du changement ? Un retour vers une économie un peu plus traditionnelle ? Un peu moins : c’est gratuit, et demain ce sera rentable ? Qui vend des biens et des services que le consommateur a envie d’acheter tout de suite ?

Changement de changement ?

Le glyphosate est-ce dangereux ou non ? On n’en sait rien, concluait La méthode scientifique de France Culture.

Comme d’habitude, il faut attendre qu’il y ait des morts pour que l’on ait quelques certitudes ? (Une autre émission parlait des « radium girls », qui peignaient des cadrans phosphorescents avec un composé de radium, et s’empoisonnaient en humectant leurs pinceaux avec leurs lèvres.)

Dans ma jeunesse, on était persuadé que la science démêlerait le vrai du faux. Le changement, le progrès, avait pour moteur la raison et la science. Ce n’est pas ce qui est arrivé. Aujourd’hui, les changements sociaux ressemblent à la mode. Ils résultent d’un affrontement entre idéologies, employant tous les moyens possibles pour manipuler l’opinion.

Entre la science qui fait la loi et les luttes idéologiques, n’y aurait-il pas une troisième voie ?

Tatouage cancérigène ?

Tatouage dangereux ? L’UE s’inquiète. Apparemment le danger ne viendrait pas de l’effet qu’a le tatouage sur le Yakuza, mais de ce que l’on ne sait pas ce que l’on injecte sous la peau. Les tatoueur utiliserait des encres qui n’étaient pas destinées à cet usage. La seule chose qui serait sûre est que 60% de ces produits seraient identifiés comme cancérigènes. (Article.)

Des conséquences imprévues du changement ?

Asterix

J’ai arrêté de lire Asterix à la mort de Goscinny. Mais je trouvais déjà depuis quelques temps que la veine était épuisée. En regardant wikipedia, j’ai découvert que jamais Asterix ne s’était aussi bien vendu qu’après la mort de Gosciny. Je ne suis pas de mon temps.

Je me demande si les modes ne fonctionnent pas en mettant en branle des phénomènes plus ou moins mécaniques. D’abord, il y a quelques personnes qui trouvent par hasard la bande dessinée et qui l’aiment. Ils font assez de bruit pour que des gens comme mon père décident de l’acheter à leur fils. Et puis, progressivement, elle occupe une « fonction sociale ». Peut-être celle de cadeau. Le tirage est garanti énorme. Cela a dû fonctionner de la même façon avec le prix Goncourt, dans les années 50. On l’achetait probablement pour l’offrir, ou pour le montrer, pas pour le lire.

Slurp

Slurp, une mode qui gagne ? Slurp, c’est l’orateur dont les propos sont entrecoupés de ré ingurgitation de salive. J’ai repéré ce phénomène chez les critiques de cinéma, il y a déjà longtemps. Il semble gagner de plus en plus de terrain. La raison est peut-être la même partout. La critique de cinéma est une transe. Le critique étale sa science. Il va jusqu’au bout de son souffle. Et doit le reprendre en parlant.

La pratique antérieure paraissait celle d’une connaissance maîtrisée. La parole était un cours, ou peut-être était-elle prudente, pas une création, ou une improvisation ? Slurp, le bruit de l’auto satisfaction ?

La barbe

La mode de la barbe dure. J’ai été surpris de voir à quelle vitesse elle s’emparait de mes étudiants, il y a quelques années. Une année imberbe, l’année suivante barbue.

La mode aurait été lancée en Australie, il y a une décennie. Curieusement cela aurait été lié à un mouvement d’information sur le cancer de la prostate ! D’ailleurs, lors d’une mission à l’OCDE, fin 2013, on m’y avait parlé de quelque-chose de similaire : les jeunes employés s’y laissaient pousser la moustache, je crois, pour je ne sais plus qu’elle bonne cause.

Peut-être que tout mouvement grégaire commence par la volonté d’appartenir à une communauté d’élus ? L’aspiration étant commune nous finissons tous par faire la même chose ?