Ere de la mode

Drôle de temps. Les experts cyber, IA, de coaching (dernièrement « coaching en IA »)… courent les rues, et nous submergent, sur les réseaux sociaux, de billets à leur gloire. Pourquoi ne comprennent-ils pas que l’offre excède massivement la demande ? Qu’ils sont d’autant plus ridicules que leur savoir-faire est né de la dernière pluie alors que d’autres travaillent le sujet depuis des décennies ?

Question de gloriole ? Le sujet est à la mode, donc j’en suis un expert ?

(Dans ces conditions, l’art de la start-up devient celui de la mode, une fois qu’elle a trouvé une idée qui enflamme les esprits, la terre se couvre spontanément de prosélytes du sujet ?)

Prénom

Popularité des prénoms. Les prénoms subissent des effets de mode. En 1900, quasiment un garçon sur 4 était baptisé Jean, depuis il y a toujours des prénoms favoris, mais ils ont de moins en moins de porteurs.

Il serait intéressant de savoir à quoi cela est dû. J’ai cru entendre dire que, jadis, le prénom de l’enfant était celui du parrain. Ensuite, on a désiré un « beau » prénom. L’originalité semble aussi entrer en compte.

C’est peut-être la question de l’originalité qui est la plus curieuse. Car beaucoup de gens semblent penser la même chose en même temps. Je soupçonne que ce n’est pas une question d’influence directe, mais plutôt de conditions similaires. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

A noter qu’il y a aussi des « pics isolés », dit l’étude citée plus haut. Des personnalités frappent les esprits. Le dernier en date, au moment de l’enquête, était « Elon »…

Allergie

Je n’aime pas les réseaux sociaux. Et pas plus les nouvelles de l’université de Cambridge et beaucoup d’émissions de radio. Pourquoi donc ?

Parce que tout ce monde prétend « être dans le coup », de la dernière mode, prédire l’avenir, et nous donner des leçons.

Cela me semble insupportablement idiot : ces gens ne font que répéter ce qu’ils ont entendu, sans aucun esprit critique. Etrangement, ils se gonflent, à éclater, de leur originalité alors qu’ils sont des perroquets.

Harold

J’ai découvert que le titre « Harold en Italie » vient de « Childe Harold » de Byron.

Je me suis toujours demandé ce que voulait dire ce « childe ». Eh bien c’était le titre que portait le jeune noble avant d’être fait chevalier. Et cela se prononce « child ». Je n’ai pas trouvé d’équivalent français.

Childe Harold est donc un roman d’apprentissage. Et il a eu un tel succès que « Harold » est quasiment devenu un nom commun, comme frigo. Tout romantique digne de ce nom se pensait Harold. Berlioz en particulier.

L’individu est bien peu de choses ?

Hype

Le mot « hype » est entré, depuis quelques décennies, dans notre vocabulaire. Du moins dans celui d’un petit groupe de gens qui s’occupent de finance et de start-up. Je ne m’étais pas demandé d’où il venait. Eh bien ce serait de « hyperbole ».

Une émission de la BBC (Peak Hype, 2019) faisait remonter le phénomène à la guerre de 14 et à un neveu américain de Freud. Celui-ci avait été employé par le président Wilson pour convaincre les Américains qu’ils devaient entrer en guerre. Puis, après guerre, il prit conscience qu’il pourrait utiliser cette technique à des fins en quelque-sorte pacifiques. Un de ses premiers exploits aurait été d’amener les femmes à fumer. C’était un acte de libération.

Wikipedia dit : « Hype (derived from hyperbole) is promotion, especially promotion consisting of exaggerated claims. » Serait-ce ce qu’un temps on a appelé « propagande » ? Mais, du moins dans l’acception moderne, la technique consiste surtout à créer une « mode ». C’est l’usage de la communication pour créer chez l’homme un phénomène collectif d’enthousiasme irrationnel. Une technique de manipulation des esprits.

Si l’on en parle autant cela tient probablement à ce que c’est un art américain et que la culture américaine est actuellement dominante.

New space

J’ai toujours une guerre de retard. J’ai découvert le « new space », il y a un ou deux ans, alors qu’il aurait été inventé par M.Bush, en 2004, et stimulé par M.Obama.

Son principe est qu’il y a des affaires à faire sur la Lune, en particulier, et que c’est à l’initiative privée de l’exploiter. Ce qui demande que le droit de propriété s’applique à la Lune. Ce qui va à l’encontre des traités qui la régissent. Mais ce n’est pas un traité international qui peut arrêter les USA. En fait, surtout, il faudra fort longtemps pour pouvoir y gagner de l’argent. Alors, la NASA finance et financera encore pendant des décennies « l’initiative » privée des milliardaires américains.

(On va s’installer sur la Lune, La science CQFD, France culture.)

C’est étonnant à quel point nous, Européens, sommes innocents. Soudainement nous croyons qu’une vague d’innovations crée un nouveau Far West de l’entreprenariat, alors qu’il y a derrière cette mode, totalement artificielle, les manoeuvres d’un Etat (et que la technique en matière spatiale a énormément régressé). Et nous sommes persuadés que seul le marché libre peut créer l’innovation, alors que tous les autres peuples font assaut de protectionnisme ! A qui profite le crime ? se demanderaient les zélateurs de la théorie du complot.

Lunettes décoratives

A un moment, il est devenu à la mode de mettre ses lunettes sur son crâne. Les femmes trouvent que cela fait chic, et les hommes pensent que cela cache leur calvitie.

L’autre jour, j’ai identifié une innovation : sur le sommet d’une tête, des lunettes qui visiblement n’étaient pas faites pour la vue, mais qui étaient assorties à une robe.

Voilà qui semble être le type de changement qu’a adopté la nature depuis la nuit des temps : elle semble sans arrêt trouver de nouveaux usages à ses « fonctions », si bien que, bien vite, la fonction initiale est oubliée.

Le sort des lunettes ?

L’élite en col roulé

Par Studio Harcourt — RMN, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=76812068

L’autre jour j’écoutais deux très jeunes hommes parler de leur rôle important dans leur multinationale. Avec mon mauvais esprit habituel, je pensais que l’on en était revenu à l’ancien régime. Ce n’est pas la compétence qui compte, mais la naissance.

Alors, j’ai remarqué qu’ils portaient tous les deux des cols roulés ! Voilà, à mon avis, un fait statistiquement représentatif.

Notre gouvernement aurait-il lancé la mode du col roulé ? Le col roulé, « acte militant » ? Défi aux puissances des ténèbres ? Marque de reconnaissance du progressiste ?

5G pour les nuls

La technologie n’est plus que du marketing, du vent. Le pur et innocent ingénieur que j’étais a été vacciné à cette vérité dès sa plus tendre enfance. Alors, dès qu’il entend, big data, objets connectés, intelligence artificielle, 5G… il pense « manipulation ». Passez votre chemin, il n’y a rien à voir.

J’entends d’ici Edgar Morin parler de « pensée simplifiante ». Il a raison : un esprit humain ne devrait jamais s’arrêter à des considérations aussi simplistes. 

Que penser de la 5G, alors ? On m’a obligeamment envoyé l’intéressant article suivant : https://www.boutique-box-internet.fr/actualites/5g-francais-particuliers-entreprises/

J’en retiens que ma « pensée simplifiante » avait vu juste : la 5G est un flop, faute d’applications. En outre, ses promesses de haut débit ne sont pas tenues. Peut-être provisoirement. 

Plus intéressant, et ça je ne le savais pas (méfiez-vous de votre pensée simplifiante !), il y a 5G et 5G. La vraie 5G est dans une certaine bande passante. Or, l’offre de beaucoup d’opérateurs est ailleurs ! Marketing à la puissance deux ! Le pire n’est jamais certain.

Du coup, j’ai lu le rapport remis au gouvernement par la mission 5G industrielle. Effectivement, il confirme que la 5G est une solution à la recherche d’un problème. (Implicitement, cela signifie que le gouvernement est sensible à la propagande.) Mais il dit, surtout, que la France s’est mise dans une situation tellement dysfonctionnelle que, même si le problème existe, elle n’a aucune chance de le trouver ! Elle indique 7 blocages à faire sauter. 

Voilà un travail remarquable ! (Accès aux conclusions, et au rapport complet.)