Communautarisme

La gauche a constitué un bloc solide à l’intérieur mais qui peut être répulsif pour l’extérieur – et cet extérieur est déterminant dans un second tour –, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès.

Le Monde du 27 juin

A regarder les titres du Monde, je vois que Serge Klarsfeld préfère le FN à la gauche et qu’il en est de même pour beaucoup de dirigeants d’entreprise (qui représentent, tout de même, plusieurs millions de votants).

Si l’on en croit ce qu’on lit depuis 40 ans, c’est à une manoeuvre de gauche à laquelle le FN doit le début de ses succès. Puis, elle l’a « diabolisé ». Maintenant, elle se prépare à être le rempart des forces du bien contre l’axe du mal ? Le jour de gloire est arrivé ?

Voilà ce que Paul Watzlawick aurait appelé un « jeu sans fin » ?

Affaiblir ses adversaires pour se renforcer. Trouver un moyen de les diviser. En fin stratège, François Mitterrand a eu recours à cette tactique en 1985, alors que sa cote de popularité était au plus bas. Pour disperser les forces de la droite, pourquoi ne pas favoriser l’essor du Front national ? A l’époque, le mouvement d’extrême droite fondé par Jean-Marie Le Pen ne pèse quasiment rien. Mais il apparaît comme un moyen efficace de tourmenter la droite…

Le Parisien, 2015

Erik Orsenna

Erik Orsenna était l’invité d’une émission de France Culture (A voix nue). Enregistrement ancien.

Difficile de juger un homme, me suis-je dit.

J’ai appris que c’était un économiste. Et qu’il pensait que raconter des histoires servait mieux l’économie que l’équation. En quoi je l’approuve.

Il fut de l’équipe des jeunes économistes de gauche qui ont préparé l’avénement de François Mitterrand. Il s’est fait de puissants amis. Comme quoi, le militantisme, au bon moment, peut être un bon calcul.

Puis il a été la plume de François Mitterrand. Emploi de sans-grade, apparemment. Mais qui lui a valu un poste au conseil d’Etat. Népotisme ?

Fut-il ingrat ? Il a publié un livre sur cette expérience, qui n’a pas plu au président Mitterrand. Il aurait été d’autant plus irrité que, lui qui s’était toujours piqué de littérature, était critiqué par un prix Goncourt.

Quant aux idées d’Erik Orsenna, elles semblent avoir évolué, à l’envers de celles de Platon, et comme souvent, des hauteurs éthérées de l’abstraction, au bon sens de la réalité.

Mitterrand et de Gaulle

En lisant la rubrique nécrologique de Wikipedia, j’ai appris la disparition de l’amiral de Gaulle et de Frédéric Mitterrand. Wikipedia m’a aussi appris que l’amiral avait été un aviateur et que Frédéric Mitterrand avait commencé dans le ciné club.

Ils m’ont laissé peu de souvenirs. Sinon, qu’à une époque, je croisais souvent Frédéric Mitterrand, et que j’ai rencontré le plus jeune fils de l’amiral, qui m’avait frappé par sa petite taille.

A un moment, de mauvaises langues, sans doute, disaient que Philippe de Gaulle était promu à chaque fois que l’on voulait honorer son père. En tous cas, je me suis demandé si ce n’est pas leur nom qui a fait leur carrière, à défaut de leur bonheur.

Jacques Delors

Je me souviens d’une habitante du seizième qui se lamentait de l’élection de François Mitterrand et de sa bande d’incultes, même pas polytechniciens. Parmi lesquels Messieurs Delors et Beregovoy.

Qui était Jacques Delors ? Surprise : un Gaulliste ! Il était passé au PS mais, apparemment, sans changer d’opinion. C’était surtout un syndicaliste chrétien. Et il a nationalisé. Mais il a été l’homme de l’Europe. Il n’était pas le candidat de Mitterrand, mais le seul acceptable par le reste de l’Europe. Et, avant de prendre son poste, il a eu l’idée de faire un bilan de la situation. Il a découvert que l’Union européenne menaçait de ne pas se relever des coups que lui avait portés Mme Thatcher. Qu’elle avait besoin d’un projet.

Pourquoi n’est-il pas ensuite devenu président de la France, alors qu’il était favori ? Parce qu’il a eu peur du PS, qui avait amorcé le virage qui en a probablement fait ce qu’il est peut-être aujourd’hui. (Plus rien ?)

(il avait la) crainte de se retrouver prisonnier d’un Parti socialiste français qui, après les années Mitterrand, basculait à gauche (Henri Emmanuelli était devenu premier secrétaire en 1994) et dans lequel le catholique progressiste et pragmatique qu’il n’avait jamais cessé d’être ne se reconnaissait pas. Ce n’est pas un hasard s’il a été sensible au concept allemand d’« économie sociale de marché ».

Article de Telos.

Panne d'idées

Jacques Attali : pourquoi la gauche est-elle en piteux état ? C’était, à peu près, la question posée ce matin par France Culture. (Emission.)

Réponse : panne d’idées. On les a toutes épuisées en 81. 

Ces idées, si j’ai bien compris, sont de l’ordre des « droits ». Il propose, après le droit de la femme, celui de l’enfant. 

Il y a des attentats, des gilets jaunes, des guerres dans tous les sens, des populations qui crèvent de faim, la Chine veut envahir Taiwan, le monde est ravagé par des épidémies, dues à l’hybris humain… et la gauche ne voit pas où trouver des idées ? 

Hier, on disait à M.Mitterrand qu’il n’avait pas le « monopole du coeur ». N’est-ce pas là le drame de la gauche ? Elle n’a plus de coeur. Elle n’est plus qu’une tête (et pas bien brillante ?). 

(Au passage : J.Attali explique pourquoi la gauche historique n’aimait pas le passé de F.Mitterrand. Terrible réquisitoire !)

Génocide au Rwanda

Le gouvernement français serait-il responsable d’un génocide au Rwanda ? On l’entend dire. Un rapport a été produit sur le sujet. Question mystérieuse pour bien des citoyens, dont je suis, qui ne savaient pas que la France s’était mêlée des affaires de ce pays. Et même qu’il existait. 

Rafaëlle Maison étudie ce rapport pour La vie des idées. Si je comprends bien, cette histoire ressemble beaucoup à ce que Hannah Arendt a nommé « banalité du mal ». Le gouvernement de l’époque semble avoir cru que soutenir un gouvernement génocidaire était un moindre mal. Peut-être, plus grave, il aurait été convaincu que l’ethnie en cours d’élimination avait des raisons de l’être. Pour agir, il a utilisé des circuits parallèles, au sein même de l’appareil d’Etat français, pourtant remarquablement dénué d’esprit critique. Si l’on applique la jurisprudence internationale, il paraît clairement qu’il serait jugé coupable. 

nous avons depuis quelques années une jurisprudence sur la complicité de génocide, qui émane des deux Tribunaux pénaux internationaux créés par l’ONU en 1993 (ex-Yougoslavie) puis 1994 (Rwanda – TPIR), jugeant des individus, ainsi que de la Cour internationale de justice, jugeant des États. Sans entrer dans le détail, on peut certainement affirmer que tant les individus que les États peuvent être, en droit international, complices de génocide. La complicité n’exige pas que soit présente l’intention propre aux auteurs du génocide de détruire le groupe ciblé. Il suffit d’établir que le complice a apporté une aide directe et substantielle aux auteurs de crimes en ayant conscience de leur intention de détruire ce groupe. Il n’est donc pas nécessaire de trouver l’expression d’une « volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire » pour établir la complicité.

Ce qui est en cause, dans cette affaire, ce n’est pas « la France », mais les usages de ceux qui nous gouvernent. 

Hier, le Rwanda, et demain ? Savoir qu’ils ne sont pas au dessus des lois est probablement le meilleur moyen de leur éviter de persévérer. Dans ce cas, la justice devrait être l’outil du changement. Un changement qui serait certainement bien plus dans l’intérêt de la France que dans celui du Rwanda. 

La Grande Arche : une comédie européenne ?

Surprenante histoire de la Grande Arche (un reportage de France Culture)…

  • On veut achever la Défense, par un bâtiment qui transforme ce qui ressemble à une rue en cul de sac. 
  • MM. Pompidou et Giscard d’Estaing sont peu ambitieux. Mais, dans la tradition monarchique française, F.Mitterrand veut laisser son nom, par une politique de grands travaux. L’Arche en fera partie. 
  • On décide de faire un « centre consacré à la communication » (on ne sait pas de quoi il s’agit précisément, mais, apparemment, ce type de projet était à la mode chez les socialistes en ces temps). 
  • Appel d’offres à des architectes. Un architecte danois dessine un cube. Il n’a fait que 4 églises dans sa carrière (des cubes). Le président Mitterrand choisit ce projet, crayonné, de préférence à ceux de multinationales. 
  • Le Danois arrive, comme tout Européen du Nord, plein de préjugés contre les races latines, auxquelles on ne peut pas faire confiance. Mais il est séduit par le prince. Puisqu’il a son oreille, il a tous les pouvoirs, pense-t-il. 
  • Il faut construire le cube, et les idées du Danois ne sont pas celles des ingénieurs. (En particulier, il veut des parois de verre d’un seul tenant…) Il les insulte. On essaie de l’aider en constituant autour de lui une équipe technique qui adapte son projet à la réalité (sans le vexer ?). Mais le président Mitterrand intervient sans cesse. Par exemple pour faire revêtir le bâtiment d’un marbre, que les ingénieurs estiment poreux. Risible, dit le prince, les bâtiments grecs sont en marbre et ils ont tenu des millénaires. Le marbre était effectivement poreux, il a été remplacé par du granit. A grands frais. 
  • J.Chirac est élu. Il s’attache à nuire à F.Mitterrand, en s’en prenant à ce qui compte le plus pour lui : ses grands travaux. Et en procédant à la française : par coups bas. D’où de multiples péripéties. Mais il y a des gens déterminés derrière le projet. Et ils parviennent à leurs fins. 
  • Quant au bâtiment, on ne lui a toujours pas trouvé d’emploi. 

Métaphore de l’Europe ? Une Europe du Nord pharisienne, mais pas aussi compétente qu’elle le croit ? Une France d’Ancien régime ? Dirigée par une caste de florentins ridicules qui la ruinent pour assurer leur gloire, et régler leurs comptes, elle est maintenue à flots par un peuple de sans grades, gueulards mais dévoués, et finalement efficaces ?

Justice et changement

Edgar Morin a une idée de la justice qui n’est pas celle qui fait la loi, actuellement. C’est une question de changement.

Exemple. François Mitterrand. Edgar Morin étant juif et résistant, on pourrait s’attendre à ce qu’il reproche à François Mitterrand son passé vichyste. Non. Edgar a connu François à cette époque et l’a trouvé admirable. Quant à Vichy, il y a prescription. Les gens peuvent changer. Aucun crime n’est imprescriptible. En revanche, Edgar n’a pas voté pour François en 81. Pourquoi ? Parce qu’il lui reprochait, justement, ce qu’il était devenu et les coups tordus qu’il avait faits, récemment.

Le prince des artistes

M.Mitterrand était « le prince des artistes ». C’est ce que quelqu’un disait dans une émission que France Culture consacrait aux célébrations de la Révolution, en 1989.

Ce qui m’a frappé dans cette émission, c’était ce qu’elle signifiait du Parti Socialiste. Effectivement, M.Mitterrand se comportait comme un monarque, entouré de l’obséquiosité des courtisans. Mais, surtout, il s’adresse, pour organiser son défilé, à un publicitaire. C’est à dire à l’épitomé du capitalisme ! Et cela produit, si j’entends bien le reportage, une mascarade, un pied de nez à ce qui compte pour beaucoup de gens, en particulier les joueurs de musique traditionnelle que l’on fait défiler.

« L’univers est né d’un éclat de rire de l’infini » disait Proudhon. La gauche socialiste (ou démocrate) serait-elle à l’image de Dieu ?

Années Mitterrand

Le livre précédent, François Mitterrand, permet de découvrir nos hommes politiques, sous un angle inattendu. Ils sont tous porteurs d’une idée fixe, et ils utilisent les courants qui remuent la société pour la faire triompher. Du coup, on s’y trompe. On les confond avec ces courants. Peut-être même avec le premier qui les a amenés à notre connaissance. 
Pour Mitterrand, c’est l’homme qui voulait être roi. Ou faire selon son bon plaisir. Ensuite, la fin justifiait les moyens. Paris vaut bien une messe, ou une conversion au Marxisme. Pour Rocard, c’est « l’auto gestion ». Le progrès comme bien commun de la société. C’est la sociale démocratie. Il est constamment perdant. Paradoxalement il s’illustrera en 68, contrairement au reste de la gauche. Lui, semble y avoir vu un propulseur à ses combats. Quant à Jean-Pierre Chevènement, qui paraît aujourd’hui un farouche nationaliste, c’était l’aile gauche du PS, le Marxiste très pur et très très dur, l’intermédiaire avec le PC. Comment interpréter ses revirements ? Peut-être M.Chevènement est-il le défenseur du petit peuple ? Dans le combat qu’il mène, les extrêmes se rejoignent. Et il y a aussi Pierre Mauroy. Je l’aurais pris pour un militant venu du peuple, façon sans culotte. Eh bien non, c’était un modéré, à la droite du PS. Il était du côté Rocard. Mais il avait le sens du devoir. Alors il a appliqué une politique qu’il n’approuvait pas.
Mais l’homme n’est pas qu’un surfeur d’idées. Il est aussi parfois piégé. En particulier par l’argent. M.Mitterrand le savait bien, qui ne voulait jamais y toucher, et, dit M.Winock, faisait payer aux autres ses repas (et l’entretien de sa famille illégitime). M.Fillon a retenu la leçon. L’argent aurait fait des ravages dans les rangs socialistes. M.Béregovoy en aurait été la triste victime.