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Laboratoire d’idées
Le plateau de Saclay, plus fort que MIT
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| Saclay’s town hall |
Centrale Paris et MIT
William Aulet présente ainsi le MIT : s’il était un pays, il serait au 11ème rang mondial en termes de PIB. Voici maintenant le titre de gloire de l’école Centrale de Paris, tel qu’il ressort d’un mail :
En 12 ans l’École Centrale Paris a contribué à la création de :
50 entreprises innovantes
400 emplois
127 millions d’euros de chiffre d’affaires
L’école Centrale ne forme plus des Eiffel, mais des Tourre ?
Apprendre l'entrepreneuriat au MIT
MIT est une formidable usine de création d’entreprises. Le « mile carré » (2,5km2) du campus produit un PIB qui le place au 11èmerang mondial. Les étudiants de Bill Aulet sont presque exclusivement des immigrés. Les WASP sont quasiment inexistants. Faudrait-il avoir « le ventre vide » pour lancer une entreprise ? Qu’est-ce qui motive l’entrepreneur, d’ailleurs ? « Hack the system », être plus fort que la société, ses lois et ses conventions. C’est un « pirate » (« It’s more fun to be a pirate, than to join the navy » : « creative irreverence »). Ce qui, lorsque l’on y réfléchit bien, est extraordinairement inquiétant. Et un peu contradictoire, comme on va le voir maintenant. En tout cas, cette observation est critique pour comprendre comment on peut enseigner l’entrepreneuriat. On sélectionne un état d’esprit. Ensuite on lui apporte les compétences dont il a besoin. Et ce en situation réelle. « L’enseignement est contextuel. » Ce qui fait qu’il est extrêmement difficile de faire croître l’offre de formation avec la demande.
La machine crée le chômage
Depuis quelques temps, d’éminents universitaires anglo-saxons estiment que la technologie va mettre l’homme au chômage. Un gourou du MIT parle. Deux choses me frappent dans ce discours :
- Internet a créé énormément de « valeur », puisque nous lui consacrons un temps énorme. Nous avons « voté avec notre temps ».
- Il y a décrochage entre croissance et emploi, depuis 15 ans. Ce qui prouve qu’un nouveau type de progrès est en marche.
- Un demi-siècle de transformation sociale m’a montré ma famille étendue se transformer d’un groupe soudé et joyeux en étrangers isolés, égoïstes et méchants. Et si le « progrès » avait « créé de la valeur » en détruisant du bonheur ? Le plus amusant dans cette affaire est que la ferme d’un de mes arrières grands parents, qui vivait dans une « abjecte pauvreté » selon l’expression favorite de The Economist, a été achetée par un Anglais. Il gère de là, au milieu des champs et de l’air pur, ses affaires.
- Quant au décrochage, il me semble avoir une autre explication possible. L’obsession de l’entreprise est de réduire ses coûts de personnel. Dans ces conditions, il n’est pas totalement surprenant qu’elle ait investi dans des technologies qui liquident l’homme.
La Grande école est-elle intelligente ?
Apparemment les Anglo-saxons découvrent que ce qu’ils croyaient une élite intellectuelle est en fait stupide. En est-il de même de la nôtre ? Voici un texte issu de Centrale Paris :
Depuis quelques années, l’Ecole s’est engagée dans un processus de transformation majeur, afin de figurer, à l’avenir, parmi les établissements au monde les plus reconnus pour la formation de dirigeants de culture scientifique, et la recherche en sciences de l’ingénieur.
Notre Ecole a ouvert des projets stratégiques de toute première importance ; en effet, dans un contexte de globalisation, nous devons assurer la visibilité de l’Ecole au niveau international, afin de garantir sur la durée la valeur du diplôme de nos élèves. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’alliance avec Supélec, qui, dans le respect de l’identité de nos deux écoles, vise à constituer le premier pôle de formation d’ingénieurs en France par la notoriété et la taille. Le renforcement de notre alliance avec Supélec sera l’une de nos priorités en 2013, et devrait franchir plusieurs étapes décisives.
C’est aussi pour assurer la visibilité internationale de l’Ecole que nous avons pris la décision de construire, sur le plateau de Saclay, un nouveau campus. Celui-ci sera très moderne, et adapté aux modes et technologies d’enseignement de demain. Il nous rapprochera de nos allié Supélec, et se situera au cœur de la future Université de Paris Saclay, appelée à devenir le premier pôle scientifique de France.
- Et si le campus gigantesque appartenait au passé ? Nous semblons copier l’Amérique. Or, aux USA, le système éducatif supérieur traverse une mauvaise passe, et se remet en cause. De nouveaux modes d’enseignement sont essayés. Et, justement, ils sont « à la carte » (voir fin de ce billet.)
- Mais où est la vision stratégique ? Quand une entreprise n’a pas d’autre vision que de devenir grosse, c’est la recette du désastre. Je le dis à tous mes clients, et jusque-là, j’ai toujours eu raison. Une entreprise doit être construite sur un projet, à elle. Ne devrait-il pas en être de même pour une université ?
- Réfléchir au projet de l’entreprise demande de se pencher sur ce que l’universitaire du management appelle une « mission ». Quelle est la mission des grandes écoles ? Leur rôle était de produire des cadres. Ces cadres étaient, en France, des managers pluridisciplinaires (ou polytechniciens). Veut-on maintenant des spécialistes ? Veut-on que nos grandes écoles forment des chercheurs ? Est-ce à un directeur d’école de prendre ce type de décision ou doit-elle faire l’objet d’un débat démocratique. Syndrome Sciences po ?
- Et la mise en œuvre du changement ? Si Centrale veut devenir MIT, il lui faudra d’énormes moyens financiers. MIT a une dotation de dix milliards de dollars ! La France peut-elle les générer ? Ce qui est presque plus une question culturelle que financière.
Printemps érable et frais d'université
Le Printemps Érable parle du Québec et des mouvements étudiants récents. J’y ai vu, peut-être à tort, un parallèle fort avec le printemps arabe : des deux côtés un mouvement spontané de mécontentement qui profite à des partis, indépendantistes ou islamistes, qui ont quelque chose de fondamentaliste. Ce qui donne un assemblage un peu fragile, car la raison sociale de ces partis ne les prédispose pas à répondre aux problèmes qui sont à l’origine des mouvements.
Le billet pose aussi la question du coût des études supérieures. La montée des prix n’est-elle pas inéluctable ? Il y a effectivement ici un effet curieux que j’ai observé à l’université.
L’université française avait la particularité d’avoir des coûts faibles. Ses titulaires de chaire étaient extrêmement mal payés, et elle s’appuyait sur des quasi bénévoles venus de l’entreprise et tout un sous prolétariat d’assistants. Elle adopte maintenant les pratiques et salaires anglo-saxons. Est-ce un gain ? Je n’en suis pas sûr.
Or, la conséquence de la montée des coûts ne peut qu’aller de pair avec celui des études. Aura-t-on demain des licences à 200.000$? Seuls les riches auront le droit d’être éduqués ?
D’ailleurs, l’explosion du prix de la formation universitaire est-il logique ? Pourquoi l’université ne fait-elle pas comme l’entreprise, c’est-à-dire ne baisse-t-elle pas ses coûts par gain de productivité ? Il n’y a pas besoin d’être un génie pour donner un cours de licence. D’autant que l’élève est supposé avoir une autonomie grandissante, et qu’il bénéficie de l’aide de plus en plus efficace de la technologie
Limites à la croissance : le rapport du Club de Rome
Limits to Growth (MEADOWS, Donella, RANDERS, Jorgen, MEADOWS, Dennis, Chelsea Green, 2004) est une mise à jour, 30 ans après, de l’étude, commandée par le Club de Rome au MIT, qui a affirmé que l’humanité allait rapidement à sa perte, si elle continuait sur la même pente.
Comme dans le modèle de Maslow, l’humanité doit passer de la croissance au développement, c’est-à-dire à l’épanouissement, à « l’autoréalisation ».
Reengineering : qu’est-ce ?
J’ai commenté un billetde Dominique Delmas en disant qu’il avait fait un reengineering. Où ai-je pêché ce barbarisme ? Voici un extrait d’un de mes livres :
Frederick Taylor (1856-1915) semble avoir été la première personne à porter le nom de « consultant en management ». Son travail sur le « management scientifique » a marqué de manière indélébile l’organisation des entreprises occidentales et le conseil en management moderne.
(…) Son apport fondamental a été la notion de « processus », c’est-à-dire la suite de « mouvements élémentaires » qui permet d’obtenir un résultat donné à partir de ressources elles aussi données. Parler de mouvement élémentaire pour une machine est correct, mais qu’en est-il pour l’homme ? Pourtant, Taylor n’a jamais douté qu’il existait. La base de son édifice est ainsi que l’homme peut-être programmé.
L’obsession de Taylor était d’appliquer la science à l’optimisation de ce processus (c’est-à-dire de pousser au maximum la production), ce que l’on appellerait maintenant un « reengineering ». Sa technique consistait soit en une expérimentation systématique, soit en l’observation des « meilleurs » ouvriers (c’est-à-dire les plus rapides), afin d’en déduire les « meilleures pratiques » (les suites de mouvements les plus rapides), chaque mouvement étant chronométré indépendamment. Voici les origines du « benchmarking ».
Une fois l’optimum découvert, il le consignait dans des procédures que devaient appliquer les ouvriers. On reconnaît le « knowledge management » du consultant (car, pour lui, connaissance égale procédure).
- Mon livre est : Conduite et mise en œuvre du changement : l’effet de levier, Maxima 2003 et 2007. Mes sources concernant Taylor : KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.


