Malheureux ingénieur

Témoignage d’un diplômé cinquantenaire du MIT. Transmis par Hervé Kabla. Tous les diplômés de son âge sont exceptionnellement prospères, sauf les ingénieurs ! La star du Lisp (langage d’intelligence artificielle des années 80) est payée comme un trentenaire, et tous sont dans des conditions peu glorieuses, et encore moins assurés de leur avenir. Et, il parle d’une séance de retape du MIT. Les chômeurs se sont abstenus.
Voilà qui en dit long sur notre société. Ce sont les professeurs et les juristes qui se sont enrichis. Ils ont des jobs assurés et la retraite à portée de main. La technocratie ! Les productifs, les ingénieurs en particulier, ont subi les foudres du marché. Ce qui a permis de « créer de la valeur » par réduction salariale. C’est comme cela que la technocratie voit les choses. 
Mais aussi, avez-vous entendu tout ce ramdam sur l’excellence ? Saclay, où sont regroupées toutes nos grandes écoles d’ingénieurs, va rivaliser avec Stanford et MIT, nous dit-on. Mais qu’est-ce que cela signifie rivaliser avec un MIT qui produit du chômeur ?  Ingénieur de grande école : élite de la nation, ou mouton bon à tondre ?

Laboratoire d’idées

Comment juger une nouvelle idée (par exemple une nouvelle loi) ? Difficile d’en prévoir les conséquences. Je me demande s’il ne faut pas en revenir à Aristote. Pour Aristote, la constitution d’une société est ce qui lui permet d’être stable. Par conséquent, à moins de désirer changer de constitution, toute nouvelle idée doit être constitutionnelle.
Et il est possible qu’il y ait un moyen simple pour juger de cette constitutionnalité. Trouver « l’idéologie », qui est derrière l’idée. Par exemple, j’en suis venu à penser que la très bizarre concentration des grandes écoles sur les hauts de hurlevent de Saclay n’était pas une punition (comme je l’ai cru). Mais un moyen de séparer les méritants (grandes écoles) des autres (universités). Et d’affecter les maigres ressources de l’Etat français à ces seuls méritants. Autrement dit faire un seul MIT avec toutes nos grandes écoles. C’est une idéologie qui est aussi ancienne que l’Angleterre.
Bien entendu, il n’y a rien de mal à installer en France le modèle anglais du 18ème siècle, mais autant le faire en connaissance de cause. En effet, comme le remarquait Aristote, une constitution ne peut pas être imposée, elle doit résonner avec ce qu’une population a de plus profond. 

Le plateau de Saclay, plus fort que MIT

Saclay’s town hall
Je découvre tardivement le grand projet du précédent gouvernement. Il s’agit apparemment de rassembler les universités et les grandes écoles sur le plateau de Saclay. Cela me frappe comme paradoxal. J’ai toujours associé les campus anglo-saxons à une forme de bonheur de vivre. Par contraste, le plateau de Saclay est un des endroits les plus inhospitaliers que je connaisse.
Pourquoi ce projet ? Pas clair. Apparemment pour faire comme les Américains, ou plus exactement comme les Chinois, qui font comme les Américains. Pense-t-on qu’il suffise de mettre des gens ensemble pour que cela produise un miracle ? Sans rien faire de plus ? Et en quoi les pays à grosses universités sont-ils plus performants ou plus heureux… que les autres ? Leurs grosses universités font peut-être des choses que l’on ne trouve pas ailleurs, mais pour le reste ? (Et si c’était au détriment du reste, justement ? Club med pour privilégiés, comme Oxbridge et Ivy league ?…)
En tout cas, voici qui est bien français : le prince crée un champion national, par décret. Un prince qui se voulait ultralibéral et qui n’était pas à une contradiction près. Exemple de rigueur intellectuelle pour la future élite de l’Essone Institute of Technology ?

Centrale Paris et MIT

William Aulet présente ainsi le MIT : s’il était un pays, il serait au 11ème rang mondial en termes de PIB. Voici maintenant le titre de gloire de l’école Centrale de Paris, tel qu’il ressort d’un mail :

En 12 ans l’École Centrale Paris a contribué à la création de : 

50 entreprises innovantes

400 emplois

127 millions d’euros de chiffre d’affaires

 L’école Centrale ne forme plus des Eiffel, mais des Tourre ?

Apprendre l'entrepreneuriat au MIT

Rencontre de William Aulet, directeur du Martin Trust entrepreneurship Center du Massachussetts Institute of Technology  (MIT). Homme très simple et franchement sympathique, et entrepreneur à succès. Il ne connaît rien de la France, mais est surpris que personne dans l’auditoire n’ait entendu parler de Jeremy Lin. Pour lui le monde est un village américain.
Il vient de publier un livre, « Disciplined Entrepreneurship », qui me semble très bien. (Parce qu’il l’a conçu comme les miens ?) Il est parti de son expérience, qu’il a formalisée à la lumière de la science. Il utilise les travaux académiques, les sciences humaines en particulier, comme « outils », et non comme méthodologies fermées à suivre aveuglément. Surtout, dit-il, il ne faut jamais oublier qu’entreprendre est extrêmement difficile. Ce n’est pas une partie de plaisir.

MIT est une formidable usine de création d’entreprises. Le « mile carré » (2,5km2) du campus produit un PIB qui le place au 11èmerang mondial. Les étudiants de Bill Aulet sont presque exclusivement des immigrés. Les WASP sont quasiment inexistants. Faudrait-il avoir « le ventre vide » pour lancer une entreprise ? Qu’est-ce qui motive l’entrepreneur, d’ailleurs ? « Hack the system », être plus fort que la société, ses lois et ses conventions. C’est un « pirate » (« It’s more fun to be a pirate, than to join the navy » : « creative irreverence »). Ce qui, lorsque l’on y réfléchit bien, est extraordinairement inquiétant. Et un peu contradictoire, comme on va le voir maintenant. En tout cas, cette observation est critique pour comprendre comment on peut enseigner l’entrepreneuriat. On sélectionne un état d’esprit. Ensuite on lui apporte les compétences dont il a besoin. Et ce en situation réelle. « L’enseignement est contextuel. » Ce qui fait qu’il est extrêmement difficile de faire croître l’offre de formation avec la demande.

Qu’est-ce qui fait qu’un pays produit des entrepreneurs, lui demande-t-on ? D’abord la culture. Certaines cultures ne s’y prêtent pas du tout (comme celle de l’Arabie Saoudite). Ensuite, la formation. Quoi que. L’entrepreneur est avant tout un rebelle. Le meilleur élève de la classe, lui, n’a rien de ce qu’il faut pour cela. Son art est de faire plaisir. Les réseaux d’entraide jouent aussi un rôle extraordinairement important. D’abord, comme soutien émotionnel. Ensuite parce que la concurrence nuit à l’entrepreneur. Toutes les idées lui sont utiles. Les frontières sont ses ennemies. Au fond, il n’a pas de patrie.  En troisième lieu, l’Etat. (Surprise de l’auditoire, fait de surdiplômés, employés par des multinationales.) L’Etat fournit le cadre, juridique notamment, sans lequel l’entreprise ne peut pas exister. Tout le reste est secondaire. Y compris le marché, ou le financement, que l’on trouve toujours lorsque l’on est bon. (Mais le financement initial est important.) Et y compris l’innovation. Seule une minorité de projets issus du MIT partent d’une innovation technologique.
Parmi les ennemis de l’entrepreneuriat ? Les incubateurs. Ils maintiennent en vie des projets sans avenir. Il faut des accélérateurs : avec eux, ça explose, ou ça casse. Extrêmement vite. Ce qui permet, dans le second cas, de repartir sur une meilleure idée. Mais il y a pire. Goldman Sachs, qui détourne le talent de missions utiles pour la société. (Bizarre, je trouvais que Goldman Sachs partageait l’esprit pirate du MIT – et qu’il avait formidablement manipulé le système par ses innovations !)

Le site, épatant, du livre de Bill Aulet : http://disciplinedentrepreneurship.com/

La machine crée le chômage

Depuis quelques temps, d’éminents universitaires anglo-saxons estiment que la technologie va mettre l’homme au chômage. Un gourou du MIT parle. Deux choses me frappent dans ce discours :

  • Internet a créé énormément de « valeur », puisque nous lui consacrons un temps énorme. Nous avons « voté avec notre temps ».
  • Il y a décrochage entre croissance et emploi, depuis 15 ans. Ce qui prouve qu’un nouveau type de progrès est en marche.
Je ne suis pas diplômé du MIT. C’est peut-être pourquoi il me semble qu’il y a quelque chose d’idiot ici.
  • Un demi-siècle de transformation sociale m’a montré ma famille étendue se transformer d’un groupe soudé et joyeux en étrangers isolés, égoïstes et méchants. Et si le « progrès » avait « créé de la valeur » en détruisant du bonheur ? Le plus amusant dans cette affaire est que la ferme d’un de mes arrières grands parents, qui vivait dans une « abjecte pauvreté » selon l’expression favorite de The Economist, a été achetée par un Anglais. Il gère de là, au milieu des champs et de l’air pur, ses affaires.
  • Quant au décrochage, il me semble avoir une autre explication possible. L’obsession de l’entreprise est de réduire ses coûts de personnel. Dans ces conditions, il n’est pas totalement surprenant qu’elle ait investi dans des technologies qui liquident l’homme. 

La Grande école est-elle intelligente ?

Apparemment les Anglo-saxons découvrent que ce qu’ils croyaient une élite intellectuelle est en fait stupide. En est-il de même de la nôtre ? Voici un texte issu de Centrale Paris :

Depuis quelques années, l’Ecole s’est engagée dans un processus de transformation majeur, afin de figurer, à l’avenir, parmi les établissements au monde les plus reconnus pour la formation de dirigeants de culture scientifique, et la recherche en sciences de l’ingénieur.
Notre Ecole a ouvert des projets stratégiques de toute première importance ; en effet, dans un contexte de globalisation, nous devons assurer la visibilité de l’Ecole au niveau international, afin de garantir sur la durée la valeur du diplôme de nos élèves. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’alliance avec Supélec, qui, dans le respect de l’identité de nos deux écoles, vise à constituer le premier pôle de formation d’ingénieurs en France par la notoriété et la taille. Le renforcement de notre alliance avec Supélec sera l’une de nos priorités en 2013, et devrait franchir plusieurs étapes décisives.
C’est aussi pour assurer la visibilité internationale de l’Ecole que nous avons pris la décision de construire, sur le plateau de Saclay, un nouveau campus. Celui-ci sera très moderne, et adapté aux modes et technologies d’enseignement de demain. Il nous rapprochera de nos allié Supélec, et se situera au cœur de la future Université de Paris Saclay, appelée à devenir le premier pôle scientifique de France.

Je m’interroge :
  • Et si le campus gigantesque appartenait au passé ? Nous semblons copier l’Amérique. Or, aux USA, le système éducatif supérieur traverse une mauvaise passe, et se remet en cause. De nouveaux modes d’enseignement sont essayés. Et, justement, ils sont « à la carte » (voir fin de ce billet.)
  • Mais où est la vision stratégique ? Quand une entreprise n’a pas d’autre vision que de devenir grosse, c’est la recette du désastre. Je le dis à tous mes clients, et jusque-là, j’ai toujours eu raison. Une entreprise doit être construite sur un projet, à elle. Ne devrait-il pas en être de même pour une université ?
  • Réfléchir au projet de l’entreprise demande de se pencher sur ce que l’universitaire du management appelle une « mission ». Quelle est la mission des grandes écoles ? Leur rôle était de produire des cadres. Ces cadres étaient, en France, des managers pluridisciplinaires (ou polytechniciens). Veut-on maintenant des spécialistes ? Veut-on que nos grandes écoles forment des chercheurs ? Est-ce à un directeur d’école de prendre ce type de décision ou doit-elle faire l’objet d’un débat démocratique. Syndrome Sciences po ?
  • Et la mise en œuvre du changement ? Si Centrale veut devenir MIT, il lui faudra d’énormes moyens financiers. MIT a une dotation de dix milliards de dollars ! La France peut-elle les générer ? Ce qui est presque plus une question culturelle que financière.

Printemps érable et frais d'université

Le Printemps Érable parle du Québec et des mouvements étudiants récents. J’y ai vu, peut-être à tort, un parallèle fort avec le printemps arabe : des deux côtés un mouvement spontané de mécontentement qui profite à des partis, indépendantistes ou islamistes, qui ont quelque chose de fondamentaliste. Ce qui donne un assemblage un peu fragile, car la raison sociale de ces partis ne les prédispose pas à répondre aux problèmes qui sont à l’origine des mouvements.

Le billet pose aussi la question du coût des études supérieures. La montée des prix n’est-elle pas inéluctable ? Il y a effectivement ici un effet curieux que j’ai observé à l’université.
L’université française avait la particularité d’avoir des coûts faibles. Ses titulaires de chaire étaient extrêmement mal payés, et elle s’appuyait sur des quasi bénévoles venus de l’entreprise et tout un sous prolétariat d’assistants. Elle adopte maintenant les pratiques et salaires anglo-saxons. Est-ce un gain ? Je n’en suis pas sûr.

L’agrément du cours y gagnera probablement. Il sera mieux organisé et moins amateur qu’aujourd’hui. Mais son contenu ne changera pas. Un cours de mécanique classique sera toujours un cours de mécanique classique. La vidéo de promo ci-dessous, qui vient du MIT, illustre ce que je pense. 

Or, la conséquence de la montée des coûts ne peut qu’aller de pair avec celui des études. Aura-t-on demain des licences à 200.000$? Seuls les riches auront le droit d’être éduqués ?

D’ailleurs, l’explosion du prix de la formation universitaire est-il logique ? Pourquoi l’université ne fait-elle pas comme l’entreprise, c’est-à-dire ne baisse-t-elle pas ses coûts par gain de productivité ? Il n’y a pas besoin d’être un génie pour donner un cours de licence. D’autant que l’élève est supposé avoir une autonomie grandissante, et qu’il bénéficie de l’aide de plus en plus efficace de la technologie

Limites à la croissance : le rapport du Club de Rome

Limits to Growth (MEADOWS, Donella, RANDERS, Jorgen, MEADOWS, Dennis, Chelsea Green, 2004) est une mise à jour, 30 ans après, de l’étude, commandée par le Club de Rome au MIT, qui a affirmé que l’humanité allait rapidement à sa perte, si elle continuait sur la même pente.

De quoi s’agit-il ? C’est un modèle mathématique, paramétrable, de l’évolution d’un certain nombre de grandeurs : population, espérance de vie, production de biens, pollution, ressources naturelles… En jouant sur ses paramètres, on en tire des scénarios d’avenir. Il ne donne donc pas une prévision, mais fournit un moyen d’aide à la décision.

Dans ces conditions pourquoi a-t-il fait autant de bruit ? Parce que, 40 ans après, l’évolution du monde ressemble à ce que prévoyait son premier scénario ; or, celui-ci se termine en « effondrement ». Baisse brutale de la population mondiale, de son espérance de vie, de la production de nourriture, etc.
Car notre modèle de développement a un vice : la croissance. Plusexactement notre obsession de produire toujours plus de biens matériels. Elle nous pose des problèmes de plus en plus difficiles à résoudre : pollution, empoisonnement, disparition des ressources naturelles… Pire : cette croissance est exponentielle : la centrifugeuse va de plus en plus vite. La résolution de ces questions coûte tellement cher à l’humanité qu’elle n’a plus les moyens de s’occuper de ce qui est essentiel pour elle : ce qui fait de l’homme un homme (santé, éducation, épanouissement…). D’où chômage, pauvreté, déséquilibres physiologiques… auxquels nous cherchons une solution dans toujours plus de croissance !
On a beau introduire les hypothèses les plus favorables dans le modèle du MIT, on ne fait que reculer pour mieux sauter. D’ailleurs, il serait peut-être mieux de sauter tôt que tard : par exemple, un scénario qui prévoit un surcroît de réserves de ressources naturelles se termine en crise environnementale. Tout est lié : quand on bouche un trou, cela fuit ailleurs.
L’économie de marché apparaît comme un système extraordinairement efficace d’essorage systématique des ressources naturelles et des pauvres au profit des riches. Ainsi la famille africaine consommait, en moyenne, 20% de moins en 1997 qu’en 1972. Autre exemple : l’élevage du poisson. Du fait de la destruction des populations de poissons, par ailleurs nourriture de beaucoup de pauvres, 30% de ce que consomme l’humanité vient d’élevages (une catastrophe écologique en eux-mêmes) ; du fait de son prix, ce poisson va chez le riche. « La technologie et les marchés servent généralement les segments les plus puissants de la population ».
Depuis des années nous consommons beaucoup plus que ce que la terre est capable de renouveler. (À noter qu’à l’époque du livre, seulement 8% de la population mondiale possédait une voiture.) Autrement dit nous accumulons une sorte de dette écologique, qui croit exponentiellement et que nous n’avons plus les moyens de payer, puisque pour cela il faudrait les ressources de plusieurs planètes. Comme ces personnages de bande dessinée, nous courrons au dessus du vide.
Nous nous dirigeons donc vers des moments difficiles. Et la terre et l’humanité, s’ils en réchappent, ne seront plus comme avant. Quoi qu’il arrive, le message central du livre est, me semble-t-il, que nous devons transformer nos aspirations et notre vision du monde. Nous devons sortir de l’individualisme, de la concurrence et du court terme. Nous devons comprendre que notre bonheur ne tient pas à toujours plus de colifichets, mais à plus d’humanité, de société. C’est ici que se trouve la solution à la pauvreté, au chômage, et la réponse aux besoins premiers de l’homme.

Comme dans le modèle de Maslow, l’humanité doit passer de la croissance au développement, c’est-à-dire à l’épanouissement, à « l’autoréalisation ». 

Reengineering : qu’est-ce ?

J’ai commenté un billetde Dominique Delmas en disant qu’il avait fait un reengineering. Où ai-je pêché ce barbarisme ? Voici un extrait d’un de mes livres :

Frederick Taylor (1856-1915) semble avoir été la première personne à porter le nom de « consultant en management ». Son travail sur le « management scientifique » a marqué de manière indélébile l’organisation des entreprises occidentales et le conseil en management moderne.
(…) Son apport fondamental a été la notion de « processus », c’est-à-dire la suite de « mouvements élémentaires » qui permet d’obtenir un résultat donné à partir de ressources elles aussi données. Parler de mouvement élémentaire pour une machine est correct, mais qu’en est-il pour l’homme ? Pourtant, Taylor n’a jamais douté qu’il existait. La base de son édifice est ainsi que l’homme peut-être programmé.
L’obsession de Taylor était d’appliquer la science à l’optimisation de ce processus (c’est-à-dire de pousser au maximum la production), ce que l’on appellerait maintenant un « reengineering ». Sa technique consistait soit en une expérimentation systématique, soit en l’observation des « meilleurs » ouvriers (c’est-à-dire les plus rapides), afin d’en déduire les « meilleures pratiques » (les suites de mouvements les plus rapides), chaque mouvement étant chronométré indépendamment. Voici les origines du « benchmarking ».
Une fois l’optimum découvert, il le consignait dans des procédures que devaient appliquer les ouvriers. On reconnaît le « knowledge management » du consultant (car, pour lui, connaissance égale procédure).

Autrement dit un reengineering est une nouvelle conception des procédures de travail de l’entreprise, de manière à ce qu’elle gagne en productivité. Le terme lui-même est associé à Michael Hammer, un professeur du MIT, qui en a fait un grand usage dans les années 90. Bienvenue dans le monde du conseil en management !

Dans une prochaine série de billets, on verra:
Compléments :
  • Mon livre est : Conduite et mise en œuvre du changement : l’effet de levier, Maxima 2003 et 2007. Mes sources concernant Taylor : KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.