Temps étranges

On me disait que Bayer « arrête tout ce qui est IA ». Et ce parce que cela ne rapporte absolument rien. (Ce qui est corroboré par Internet.)

Et aussi que Microsoft aurait licencié ses commerciaux expérimentés, pour les remplacer par des jeunes, qui ne sauraient rien.

Y aurait-il, d’un côté, un marché qui se désengage de l’intelligence artificielle, et de l’autre des fournisseurs d’IA qui se jettent dans une course en avant, en cherchant à justifier leur argumentaire de vente (l’IA remplace l’homme) et en injectant de l’argent dans la bulle spéculative de manière à ce qu’elle n’éclate pas ?

Rendement artificiel ?

Microsoft Cloud revenue rises on AI boom but softer outlook weighs on shares
Warnings of slowing Azure growth and rising data centre costs dampen initial optimism on tech giant’s quarterly earnings

Financial Times, 31 octobre

Marronnier de ce blog : le rendement décroissant de l’intelligence artificielle. Serait-on en train d’y assister ? Il faut de plus en plus de moyens pour obtenir des résultats de plus en plus maigres ?

Ne serait-ce pas le cas, globalement, du « numérique » ? Ce dernier demi siècle, il semble avoir été le maître mot de notre économie. Or, un précédent billet disait qu’elle a accumulé 100.000 milliards de $ de dettes. Cela ne signifie-t-il pas que le numérique n’est pas un bon investissement ?

L’homme et l’artifice

Powerpoint a une fonction illustration automatique (« concepteur de création »). Comme le correcteur orthographique, c’est l’intelligence artificielle mise à la disposition du petit peuple. C’est amusant à utiliser, une fois que l’on a compris les règles du jeu.

En effet, c’est d’une insigne stupidité. Pour une raison qu’il reste à expliquer, l’illustration est une sorte d’exact envers de ce que dit le texte qu’elle est supposée traduire. Pour obtenir quelque-chose d’intéressant, il faut se réduire à un seul mot. Ou jouer de l’effet de surprise. Surtout, le système a fort peu de mémoire. Ce qui rend compliqué l’essai erreur. Du coup, il faut apprendre à jouer, au contraire, sur cette caractéristique : on peut obtenir des effets curieux, en faisant perdre au système ses souvenirs. Ensuite, comme tout ce que fait Microsoft, cela ressortit au sens de l’esthétique de Bill Gates. Comme le disent les traités d’anthropologie : la marque du fondateur sur une culture d’entreprise est indélébile.

De l’effet du marketing sur l’esprit de nos dirigeants ?

Open source

L’open source. On me dit : rien de neuf. Microsoft, c’est très bien. L’open source souffre de ses interfaces et de ses fonctionnalités. On a essayé, ça n’a pas marché. 

En fait, il semble y avoir un basculement brutal. La fonction publique serait tentée de passer à l’open source. D’ailleurs, elle en fait déjà un très gros usage. Raison ? Un moyen d’échapper au GAFAM, et à son comportement monopolistique ? Le coup d’envoi aurait été le confinement : il y avait besoin de proposer une solution rigoureuse à la question du télétravail. 

Fonctionnalités et interfaces ne seraient plus ce que l’on dit. Les applications de visioconférence, par exemple, seraient plus faciles à prendre en main, pour un utilisateur ordinaire, que les autres. 

D’ailleurs tout est confus. Microsoft serait un des plus gros contributeurs à la production de code en open source. Et Microsoft utilise de l’open source. Par exemple. Et le système d’exploitation d’Apple repose sur de l’Open source. Il n’y a plus de frontière entre public et privé, dans ce domaine. C’est cela la grande nouvelle. 

Quant au coût, il n’est pas, non plus, ce que l’on dit. L’open source est gratuit, mais le client est tenté de demander des évolutions qui amènent son prix au niveau de celui des logiciels américains. Seulement on paie un ingénieur français plutôt qu’un actionnaire étranger… 

On entend aussi parler de cybersécurité. Encore une fois, on dit n’importe quoi. Si l’on respecte des règles de bonne conduite, l’Open source est aussi sûr que tout autre logiciel. 

Les choses changent vite. Méfions-nous des idées reçues ?

Faut-il avoir peur du grand Microsoft ?

Le coronavirus a montré que le numérique était vital et que nous étions totalement dépendants des USA.

C’est particulièrement le cas des entreprises. Microsoft installe son monopole sur le « cloud » d’entreprise. Or le cloud est maintenant essentiel. Ce qui pose un problème qui est moins la localisation des données (potentiellement à la disposition de concurrents américains) que la stratégie d’obsolescence programmée de Microsoft. C’est un mécanisme parasitaire.

Une solution serait une relance du mouvement open source, dans une logique Internet frugal – anti obsolescence programmée ?

Intelligence artificielle : la revanche des Indiens ?

India über alles ? Alphabet (Google), Microsoft,  IBM et Adobe sont dirigés par des Indiens. (Ce ne sont pas les seuls.) Qu’est-ce que ça signifie ?

La force des Indiens est leur formation d’ingénieur. Curieusement, alors que l’on nous dit que l’avenir sera aux techniciens, les classes dominantes occidentales suivent des formations non techniques (cf. l’ENA).
La précédente dirigeante d’IBM avait pour caractéristiques son salaire, inversement corrélé à la performance d’IBM, son passé commercial, et Watson, l’IA d’IBM, sa stratégie. Un flop retentissant. C’est peut être là que se joue le véritable changement. L’industrie informatique retombe sur terre ? Finies les bulles spéculatives, le « hype » et les modes, le nom de la bataille s’appelle cloud, et ses applications d’entreprise ? On a besoin d’ingénieurs purs et durs ?

Microsoft Network

On a oublié, je crois, ce moment de l’histoire de Microsoft. La stratégie de Microsoft était de construire des monopoles, en en utilisant un pour édifier un autre. (Cela se voit moins, mais ça continue. Microsoft a un monopole sur les systèmes d’exploitation, la bureautique, et bientôt les applications « cloud » pour l’entreprise.)

Lorsqu’Internet est arrivé, Microsoft a créé MSN, Microsoft Network.

Cela n’a pas marché. Or, ce qui est curieux est que MSN est Facebook avant la lettre. Ce qui est plus curieux encore est que Facebook n’est presque rien, puisque c’est un site sur lequel on affiche des photos. Si, au lieu de concurrencer Internet, Microsoft avait proposé cette simple application, il serait peut-être aujourd’hui un monopole des réseaux sociaux.

Comme quoi, qui vaut le plus ne vaut pas toujours le moins.

Microsoft : le retour

L’ultra ringard Microsoft devait être « disrupté » par les licornes du « digital ».

Au moment où les dites licornes boivent un bouillon, qui refait surface ? Microsoft.

La force de Microsoft : l’humilité ?

(Contrairement à Steve Jobs et à l’immense majorité des dirigeants, Bill Gates aurait-il réussi sa succession ?)

Microsoft gagne la guerre des nuages

Microsoft vient de gagner un appel d’offres de 10md$, face à Amazon. Une offre « cloud » pour le ministère de la défense américain.

Cela peut aller dans le sens d’une de mes prévisions : Microsoft va occuper une position de monopole dans le domaine du « cloud » d’entreprise, donc, puisque tout est cloud, de l’informatique d’entreprise. Une fois que la poussière va retomber, c’est Microsoft qui va apparaître.

Quant à Amazon, société déjà peu rentable, la nouvelle n’est pas rassurante. Sa vache à lait, le cloud, vient de prendre un coup dans les gencives.

FT : « Microsoft has beaten Amazon to win a highly sensitive $10bn US defence contract, following several rounds of bidding, a legal challenge and a last-minute intervention by Donald Trump. »

Microsoft : l'IBM du Cloud ?

La stratégie du nouveau PDG de Microsoft semble redoutable. L’informatique des plus grandes entreprises passe en quasi intégralité sur le Cloud. La stratégie de Microsoft est de proposer tout ce dont ces entreprises ont besoin.

Microsoft a un avantage concurrentiel terrible. D’abord, par rapport aux leaders du marché, Amazon et Google, dont la culture n’est pas l’entreprise. Ensuite, par rapport aux entreprises de matériel, telles qu’IBM, dont la culture n’est pas le logiciel (quoi qu’elles en disent). Finalement parce que les entreprises sont massivement équipées Microsoft.

Et si un nouveau monopole se préparait ? Comme IBM, et ses mainframes, hier, et peut être avec encore plus de puissance, Microsoft s’empare de l’informatique des entreprises mondiales ?

(Un exposé, pas très compréhensible, de la dite stratégie.)