Michelet

Michelet. Qui était-il ? Emission de France Culture de 1998.

Longue émission. Ramollissement cérébral : je n’en retire rien ? Sinon : était-il historien, comme on l’a présenté, ou un artiste ? L’un de nos trois ou quatre meilleurs écrivains ?

Du coup, je suis allé revoir un livre de lui que je n’avais pas fini.

Effectivement, c’est un écrivain au talent hors du commun. Mieux que du Victor Hugo, ou du Chateaubriand, car son écrit ne semble pas travaillé mais dicté par l’inspiration divine : il ne raconte pas l’histoire, mais une histoire. Et elle coule sans effort, mais avec le souffle de l’épopée, du drame antique. C’est l’Iliade.

La France c’est le Messie. Elle annonce à l’humanité la véritable bonne nouvelle. Même mouvement que la religion catholique mais avec, cette fois, le message juste : dieu c’est le peuple, égalité de l’homme dans une société mondiale. Chaque civilisation a été une étape vers cette découverte, et c’est la France qui l’a réalisée.

Il a aussi écrit un cours de philosophie. Curieusement, il ne semble pas avoir lu les philosophes. Il s’intéresse plutôt à ce que nous appellerions la « sociologie des organisations », le comportement des peuples.

Conclusion ? C’était un homme de son temps. La technique qu’il emploie est aussi celle de Hegel. Tous deux décrivent la marche de l’histoire. Dans un cas, elle aboutit à la France, dans l’autre à l’Allemagne. Avec la même idée : l’homme découvre, enfin, qu’il appartient à une communauté. Auguste Comte emploie les mêmes procédés, d’ailleurs. Tous essaient de donner une cohérence aux découvertes de leur temps.

Mais c’est peut-être avant tout un sociologue. Sa description du Français, en particulier, est frappante. Il est moche individuellement, contrairement à ce qu’est l’élite aristocratique. Mais il fait preuve de génie dès qu’il participe à un mouvement collectif. (Enseignement pour la France de 2025 ?)

On retrouve aussi Marc Bloch. Plutôt : une certaine idée de la France ? Comme de Gaulle, mais autrement, son oeuvre fut une tentative d’agir sur les événements ? Non une étude de l’histoire mais la volonté d’inventer la société que méritait l’humanité ? 

Michelet et l'universalisme français

Qu’est-ce que l’universalisme ? Un hasard : je lis une introduction, par Aurélien Aramini, à des travaux de Jules Michelet (Philosophie de l’histoire, Champs). 

Michelet, comme Hegel, pense que l’histoire a un sens. (C’est pourquoi il a écrit une Histoire de France.) Pour lui, c’est celle du mythe de Prométhée. La lutte de l’homme contre ce qui l’empêche d’être libre, « lutte contre la nature, la matière et la fatalité« . Comme chez Hegel, cette lutte progresse par étapes. La finale est la fusion des individus en une « nation ». Cet être collectif à la fois réalise la liberté individuelle, et est doté de sagesse. C’est ce qu’aurait réussi la France, pensait-il, au lendemain de la Révolution de 1830. La Révolution est universelle, parce qu’elle est un progrès de l’humanité vers la liberté, pas un épiphénomène français. 

« C’est bien au peuple fusionnel de la France qu’il convient de conduire l’humanité vers un avenir nouveau en inventant les formes institutionnelles qui garantiront la liberté dans l’égalité. »

Les questions de la liberté et de la raison étaient la grande affaire de tous les penseurs européens à l’époque. Quand la raison dominera-t-elle le monde ? On aura, alors, réalisé la liberté pour tous. 

Il est possible que sortir les travaux de Kant et de Hegel de ce contexte leur fait perdre de leur signification. D’ailleurs, ils doivent peut être beaucoup de la fascination qu’ils ont exercée au fait que, contrairement aux travaux français, ils ont été écrits dans une langue mystérieuse. 

Il n’en reste pas moins qu’ils ont posé des questions essentielles, que l’on a peut être le tort d’avoir oubliées.