Politique, pharmacie, Warren Buffett, retraités et quelques autres

Affligeants politiques, semble dire The Economist. Ils n’obéissent qu’à leur seul intérêt, d’une inconcevable médiocrité. Caractéristique certaine : s’opposer à l’intérêt général. Ici Mme Merkel détricote le mécanisme que la zone avait mis en place pour éviter la dislocation. Là, M.Rajoy fait preuve à la fois d’incompétence et d’un sens del’honneur pitoyable. Et que dire de l’Inde ? Un magma de partis corrompus. On a retrouvé M.Kohl. Dans une chaise roulante, incapable de parler. Il a été victime d’un accident de cuisine. Visiblement c’était un tyran domestique, haï des siens. Curieusement, l’article se fait l’écho d’une de mes théories : sa gestion de la réunification allemande pourrait être à l’origine de la crise de l’euro. Il y a aussi des élections en Géorgie. Un suppôt de Bush y affronte un milliardaire inquiétant. Aux USA, les élections ne sont plus une question d’idées mais de logistique : chaque camp recrute des électeurs avec des moyens et une efficacité américains. La perfide Albion partage ses ambassades avec sa colonie canadienne. Décidément, elle n’est pas européenne. Le LDP japonais choisit comme candidat premier ministre un ancien premier ministre qui s’est ridiculisé, ce que compense sa haine des Chinois. En Argentine, où l’inflation atteint 25%, la présidente, qui vit d’expédients, est chahutée. Mais la situation économique du pays devrait s’améliore, et la sauver. En politique, le crime ne tue pas. C’est peut-être Hugo Chavez qui paraît le plus honnête de la bande. Certes, il ne laisse pas de place à l’expression de son opposition, mais au moins les élections sont libres.
Il y a pire que la politique : l’industrie pharmaceutique (chronique du livre Bad Pharma de Ben Goldacre). Le processus d’approbation et de diffusion des médicaments serait parfaitement manipulé. Si bien que le médecin a peu de moyens de connaître le degré de nocivité ou d’efficacité de ce qu’il prescrit : « des gens (…) meurent pour rien ». On a d’ailleurs expliqué pourquoi la pharmacie mais aussi l’éducation consomment de plus en plus de nos revenus. Elles ne connaissent pas de gains de productivité. Mais leurs salaires suivent ceux des industries qui en connaissent. Intelligent, mais ça ne me semble pas toute la réalité. « Les industries à productivité » l’ont trouvée dans l’exploitation des pays émergents. Les couches supérieures de l’entreprise se sont enrichies au détriment des couches inférieures. Les universitaires, les cadres du pharmaceutique… voyant que des gens de même diplôme gagnaient beaucoup ont voulu faire de même.
Le secret de Warren Buffett est connu ! Les fonds de retraite n’ayant pas le droit de s’endetter, pour ne pas prendre de risques, ils sont contraints d’acheter des actifs risqués pour avoir un fort retour sur investissement. Ce qui laisse à Warren Buffet les titres sans risque, et sous évalués ! En outre, il possède une activité d’assurance, qui lui permet d’emprunter à un taux record. D’où gros « effet de levier ». Malin.
Tout aussi lucratif. Les Baby boomers arrivent à la retraite, après un hold up. Ils ont beaucoup gagné, parce qu’ils ont eu peu d’enfants, et ont été jeunes à une époque où il y avait peu de retraités. Maintenant, ils utilisent leur poids politique pour faire payer les jeunes. Le déséquilibre ne sera bientôt plus tenable. Nous aurions le choix entre l’inflation et la crise. En revanche, Steve Jobs est bien mort. Pour la première fois, Apple sort un produit, un logiciel cartographique, qui n’est pas au point (ce que je confirme). Apple devient une entreprise ordinaire ?
Article sur l’Inde. Elle aurait tout accepté de l’Occident, sauf la logique économique, qui lui est imperméable. Ce que regrette The Economist, qui lui prédit l’avenir des USA, si elle se transforme. N’a-t-elle pas tout pour lui ressembler ? Sauf un rêve : s’enrichir. En Chine, il ne fait pas bon être dans le hit parade des milliardaires : cela attire sur vous l’attention de l’Etat…
Une histoire de robots, pour finir. On aurait trouvé le moyen de réduire massivement leur prix (22.000$). Bonne nouvelle pour l’automobile, qui en consomme beaucoup. Apparemment, le nouveau robot serait capable de détecter les obstacles et aurait des articulations non rigides, faciles à guider manuellement. Donc, plus besoin de système de programmation compliqué et de protection.  

Bonne nouvelle : la France plonge dans la récession ?

Il semblerait que la France suive le cercle vicieux prévu. Pour réduire ses dettes, elle va devoir réduire ses dépenses, ce qui va freiner son activité économique, stimuler le chômage, etc.

Cela est dramatique. Mais est-il possible de faire autrement ? La solution à la crise n’est-elle pas globale ? On crèvera ensemble ou on s’en tirera ensemble ? Pas question de faire différemment des autres ?

Que le gouvernement socialiste s’en soit rendu compte n’est-il pas le signe qu’il n’est pas dogmatique, comme on aurait pu le craindre ? Bonne nouvelle ?

Mais, quid de Madame Merkel ? Nouvelle dame de fer ?

Compléments :

La reculade de Hollande

D’après ce que disent les journaux, François Hollande aura été rapidement défait par Angela Merkel : il a abandonné l’idée des eurobonds. Les économistes unanimes semblent croire que non seulement le chaos est à la porte de la zone euro, mais plus l’Allemagne tarde à intervenir, plus elle perd en crédibilité, et moins il lui sera possible d’agir une fois la catastrophe inévitable.

Curieusement, j’ai vu cette situation chez un client. La partie française de l’entreprise a signalé à ses usines allemandes qu’un de ses produits était attaqué par la concurrence (pour des raisons de composition non écologique). Les Allemands, après avoir longuement nié la réalité de l’attaque, ont dû arriver à l’évidence, lorsque leur marché national a été touché. Ils furent incapables, alors, de mettre au point le produit qui aurait été nécessaire.

Bien sûr, la position de Mme Merkel est compréhensible : le problème du monde est la dette, et on parle d’en prendre encore plus pour le sauver… Il va peut être falloir que nos pays trouvent un autre moyen de stimuler leur économie : par exemple en favorisant la collaboration (y compris internationale) et l’échange d’expérience, plutôt que par arrosage de subsides. Notre État est énorme, réorganiser ses ressources humaines pour qu’elles gagnent en productivité dans leur aide à l’entreprise ne coûterait rien, sinon un peu de bonne volonté. Et cela ne demanderait pas la dérégulation que veut The Economist, dérégulation, qui, comme la dette, ne semble pas sans liens avec nos crises à répétition.

La morale de cette histoire est qu’il ne faut peut-être pas prouver par l’absurde à Mme Merkel qu’elle se trompe, car elle est capable de nous conduire droit à l’iceberg sans ciller ; qu’il serait bien de faire quelques pas dans sa direction en lui donnant des gages convaincants de bonne volonté.

Compléments :

Nos socialistes sont-ils révolutionnaires ?

J’entendais ce matin Henri-Gérard Slama dire que, probablement seuls au monde ?, nos socialistes rêvent de renverser le capitalisme. Seraient-ce les derniers des Marxistes ? En tout cas, ce dogmatisme antédiluvien est un obstacle à de bonnes relations avec Mme Merkel.

Curieusement, je n’avais pas compris que Jean Jaurès avait cette vision des choses. D’une part, lui qui était un éminent philosophe (entré mieux classé que Bergson à Normale sup), ne semblait pas juger l’œuvre de Marx avec une grande admiration. Ensuite, il paraissait surtout chercher « l’épanouissement » de l’homme. Un moyen, pas une fin. Mais je ne suis pas un spécialiste. 

Europe : match France Allemagne ?

A quoi tient l’avenir de la zone euro ? La France veut une solidarité financière, sans perdre sa souveraineté. L’Allemagne estime que cela est impossible. Il faut un gouvernement européen qui impose des règles communes et qui empêche un pays de se laisser aller à la débauche financière. Cela va de pair avec un réel contrôle démocratique.

Conséquences ? Même âge de la retraite partout, dépenses publiques uniformisées… (Zone euro : ce que veut Berlin – Coulisses de Bruxelles.)

Cela est-il aussi simple que cela ? Non, car si le modèle de la pensée Merkélienne sont les USA, ses Etats ne fonctionnent pas ainsi. En particulier, ils semblent avoir une forte autonomie (certains possèdent la peine de mort, pas d’autres, par exemple), et la capacité à la faillite. Il n’y a pas de discipline financière commune, à mon avis, mais quelques mécanismes d’ajustement, et une bonne volonté partagée. (Relisons Tocqueville.)

Autrement dit, je soupçonne qu’on est en face d’un affrontement d’idéologies : d’un côté un modèle germanique, de l’autre une vision française du dirigisme d’Etat.

Ce n’est pas comme cela que l’on négocie. Il faut passer du comment au pourquoi. Sans quoi on s’étripe sans se comprendre. Une fois que l’on est d’accord sur les principes, alors on peut discuter posément et efficacement de mise en oeuvre. En outre, il faut simuler le changement en entrant dans son détail. Sans quoi ses vices de forme nous éclateront, une nouvelle fois, à la figure. Et il faudra aller de crise en crise. Chacune pouvant être fatale.

Hollande gagne, Sarkozy perd ?

Il semble que The Economist a vu juste : François Hollande est le gouvernant européen ayant le pouvoir le plus solide. L’Homme Normal est en position de Dirigeant de Droit Divin, comme de Gaulle et Louis XIV. L’excuse n’est pas permise, dans ces conditions. Et le pays, devenu totalement irresponsable, est à son plus critique. En outre, c’est au moment où Mme Merkel a pu gouverner avec des alliés de son choix que ses difficultés ont commencé… Les contre-pouvoirs ont l’avantage de diluer les responsabilités et d’aider à penser.

J’ai aussi l’impression qu’au sein de l’UMP la tendance Sarkozy a essuyé un revers. Cela signifie-t-il que c’est plus lui que son parti qui a perdu les présidentielles ?

Compléments :

  • J’ai aussi entendu Mme Aubry attribuer la défaite de Mme Royal à une traîtrise : les votes de la droite et de l’extrême droite. Discrimination ? Le votant à droite serait-il un pestiféré, un non-Français ? me suis-je demandé. La gauche va-t-elle gouverner pour les siens ?

Que signifie la rigueur en France ?

Mme Merkel n’est pas seule coupable dit ce blog. La France l’est au moins autant qu’elle. C’est une Grèce hypocrite, qui se donne des airs de vertu.

Que signifierait pour la France d’être rigoureuse ? Que son gouvernement cesse d’acheter la résistance à ses réformes à coup de millions, voire de milliards, qu’il cesse de prodiguer une générosité financière que personne ne lui demande (cf. la récente réforme des retraites).

Mais pourquoi cela changerait-il ? La France ne vit-elle pas au dessus de ses moyens depuis que son histoire a commencé ? N’est-ce pas un des traits de son identité ?

Mme Merkel et la fin du monde

Notre avenir : l’Europe se disloque. Le monde bascule dans le protectionnisme et le chômage massif, les pays arabes dans un islamisme radical. La Chine dévalue sa monnaie, Mitt Romney la sanctionne, cercle vicieux qui finit en guerre. Mme Merkel reconnaît qu’elle s’est trompée.

Qui aimerait être à sa place ? 

Hollande et le pacte de stabilité

M.Hollande, tirant les conséquences de l’inefficacité de l’aide à l’Espagne, semble vouloir proposer un mécanisme qui règle une fois pour toute la crise européenne. Enfin.

Habile manœuvre en période électorale ?

Mais a-t-il un moyen de convaincre Mme Merkel que le gouvernement français a la rigueur nécessaire pour contenir un déficit qu’il laisse filer depuis 3 décennies ? (Autrement qu’en prenant des engagements qu’il est incapable de tenir ?)

Compléments :

La crise en Europe : une question de responsabilité ?

Difficile de savoir ce qu’il se passe en Europe, et qui a raison ou tort. Début d’enquête :

Apparemment, le combat de Mme Merkel « porte sur le problème central : est-ce que dette et responsabilité restent liées l’une à l’autre ? » Pour cela, elle désirerait une union fiscale, mais aussi un fédéralisme qui semble sous entendre contrôle du parlement européen, parlement qui devrait représenter le poids respectif des peuples. L’Allemagne voudrait aussi taxer le secteur financier.

Les Anglo-saxons, pour leur part, semblent désirer une solution rapide, « quick and dirty ». La position de la France, et du reste de l’Europe du sud paraît proche de celle des Américains. Curieusement, le gouvernement socialiste aurait un avis identique à celui de M.Sarkozy : pas de fédération, une Europe des nations.

L’Europe du sud semble surtout passive. Elle attend que la crise force la main de Mme Merkel ? Or, l’Allemagne se porte remarquablement bien : son opinion publique est probablement peu sensible à ce qui se passe ailleurs.

Conclusion provisoire ? Mme Merkel semble avoir raison : il ne peut pas y avoir d’union sans un minimum de confiance réciproque, ce qui signifie un comportement responsable. Mais, ce qui est inquiétant, est que les gouvernements européens ne paraissent pas se parler. Ils campent sur leurs positions. S’ils veulent que les peuples soient responsables, ne devraient-ils pas montrer l’exemple ?

Compléments :