M.Macron et l'Allemagne

Elections en Allemagne. Mme Merkel va gagner. En quoi cela nous concerne-t-il ?

On peut être dubitatif sur les réformes de M.Macron lorsqu’elles concernent le pays. En revanche, le changement systémique qui pourrait transformer notre vie, serait un changement de cap de l’Allemagne. Si elle cesse d’infliger l’austérité à l’Europe, on passerait de l’obsession de la réduction des coûts, qui crée déflation et chômage, à une logique de marché européen über alles, et donc de travailleurs riches.

Tout dépendra de qui entre dans le gouvernement de Mme Merkel. Si elle ne gouverne pas seule, ou avec le SPD, M.Macron aura des difficultés à faire passer ses idées. (Pour le moment, cela semble mal parti.)

Angela la terrible

La nouvelle du week-end, ce n’est pas M.Fillon. C’est Mme Merkel. Elle reste à la tête de l’Allemagne.
Xexit. L’Angleterre et les USA refusent la concurrence internationale et parlent de relance. L’Europe continentale va demeurer sous l’emprise de la rigueur. Et l’immigration de l’Europe de l’Est, refusée par l’Angleterre, va devoir se rabattre ailleurs. Au même moment, les taux d’intérêt montent et la dette de la France s’alourdit. M.Fillon a choisi de plonger, pour prendre de la vitesse. 
Ce qui ne tue pas renforce. Il va falloir du talent pour éviter que la recherche de compétitivité ne produise beaucoup de perdants, qui réclament une fermeture des frontières. Le Frexit de Mme Le Pen. L’avenir de l’Europe, c’est maintenant ?

Thatcher, Merkel, Le Pen : Europe, affaire de femmes ?

Thatcher et Merkel ont façonné l’Europe. Thatcher c’est le libéralisme, qui a gagné l’Europe. Merkel, la chape de plomb de l’austérité. Pénitence à l’échelle du continent. Elles dépassent de la tête, des épaules, et des chaussures, tout ce que la politique compte de personnel. L’Europe est et a été à leur botte. Comment expliquer une telle domination ? 
Quand on les compare au mâle politique, ce qui frappe chez elles est leur cohérence. Alors que le premier est une girouette, un bambin arrogant, vaniteux, criard et inconséquent, elles ont des principes auxquels elles ne dérogent pas. Elles les illustrent par leur comportement. Elles ne gesticulent pas, ne se perdent pas en discours, elles agissent. C’est la définition de l’autorité : un comportement qui illustre des principes forts, des principes auxquels on croit plus qu’à sa vie. Elles se battent peut-être moins pour leur ambition que pour la collectivité. Le terme de leur action venu, elles ne s’accrochent pas au pouvoir.  
Potiches
Elles ne doivent ni leur succès à leur physique, ni à leurs diplômes, ni à leur situation sociale. Elles le doivent à leur travail, à cette détermination increvable, qui font qu’elles vont patiemment dans la direction qu’elles ont choisie. Et ce, y compris pour Mme Thatcher, qui n’a pas cette image. Elles ont quelque-chose qui les rend insensibles à le souffrance, et au découragement. 
D’où tiennent-elles cette autorité naturelle ? Vertus de la femme et surtout de mère ?

Et Mme Le Pen ? Certes, elle porte une idée qui contredit les combats de MMme Merkel et Thatcher : la dissolution de l’Europe. Mais elle pourrait bien avoir les mêmes caractéristiques qu’elles. Ce que ses concurrents ne devraient pas sous-estimer. Serait-elle indestructible ? Croit-elle, contrairement à eux, à ce qu’elle dit (ce que sent l’électeur) ? Est-elle prête, contrairement à eux, à périr pour ses idées ?
Impossible égalité des sexes ? L’un ne peut que dominer l’autre ? L’Europe à l’aube du maternalisme ?

Crise européenne : des joueurs mais pas d'équipe ?

Un universitaire disait récemment que l’Allemagne était le mauvais génie de l’Europe. C’est aussi ce que pensent depuis longtemps les économistes étrangers. Mais, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas une cause plus profonde aux difficultés de l’Europe. 
Ce qui caractérise l’Allemagne, c’est qu’elle n’en fait qu’à sa tête. Puis qu’elle nous impose ses décisions. Cela a commencé par sa réunification, faite dans des conditions irréalistes. Puis il y a eu les réformes Schröder, qui avantagent brutalement son industrie. Puis Mme Merkel décide de supprimer ses centrales nucléaire, alors que nos réseaux électriques sont dépendants les uns des autres. Puis elle se met à accueillir les réfugiés syriens à bras ouverts, avant de revenir sur son offre… C’est d’ailleurs curieux. On dit qu’elle est hyper prudente, qu’elle a adopté l’attitude du conducteur dans le brouillard alors que, au contraire, elle prend des décisions totalement irréfléchies. 
L’Allemagne n’a rien d’un joueur d’équipe. Mais, pourquoi ne le lui dit-on pas ? Je me demande si ce n’est pas la faute de la France. Mme Merkel veut que nous fassions bloc avec elle. Et elle tient M.Hollande par ses déficits, qu’elle lui permet de ne pas rembourser. (La réélection de M.Hollande tient à sa capacité à dépenser. Système clientéliste oblige.) Dans ces conditions, qui peut la critiquer, alors que les deux principales puissances du continent font bloc ? 
C’est parce que la zone euro n’est pas une équipe qu’elle est en crise ? 

Mme Merkel et la crise des réfugiés

Et si la générosité allemande était sans lendemain ? Un article de La tribune semble dire qu’elle serait avant tout un coup politique. Mme Merkel, animal politique ? Mais qu’il va falloir faire absorber rapidement par l’Europe le flux de réfugiés, car ils ne seront pas longtemps les bienvenus en Allemagne. En fait l’élan actuel de générosité serait une réaction contre des actes hostiles aux migrants. Ils rappellent un passé honni… Ce qui signifierait que le sujet est explosif. Et peut-être aussi que nous avons tous le cœur sec : même la compassion est calculée ?
L’article répond à une question que je me posais : que faut-il faire pour intégrer un grand nombre de personnes, dans une société moderne ? L’Allemagne construit « 150000 hébergements« , et ouvre l’intérim. Mais ce ne serait pas totalement satisfaisant, puisque l’Allemagne aurait surtout besoin de personnels qualifiés, et qu’il n’y en aurait pas parmi les gens qu’elle reçoit. A moins qu’elle ne leur fasse construire leurs logements ? En tout cas, tout ceci coûte 6md€. Voilà une générosité que Mme Merkel ne permettrait pas à tout le monde ?

(Une solution : faire payer les pays du Golfe pour l’hébergement en Europe des réfugiés de leur région, à qui ils n’ouvrent pas leurs portes ?)

Cameron imite Tsipras

Après le Grexit, le Brexit. Comme M.Tsipras, M.Cameron annonce un référendum pour bientôt. Lui aussi pense qu’il va obtenir des concessions de l’Europe, qui ne veut pas le voir partir. Et il a avancé la date du référendum de 2017 à 2016, pour augmenter l’anxiété de survie de l’Europe et ne pas être gêné par les élections allemandes et françaises. 
Une question qui est rarement posée est : quelles conséquences pourraient avoir ces concessions ? En particulier, pour le petit peuple européen.
Quelles sont ses chances de réussite ? Apparemment élevées. L’Allemagne est un fan de l’Angleterre, et la France pense que Mme Le Pen profiterait d’un Brexit
Il reste que M.Cameron serait un négociateur plus maladroit que ses prédécesseurs. En effet, il est peu à l’aise avec les autres Européens. Et que Mme Merkel, qui semble le seul dirigeant de l’UE ayant un comportement responsable, a une vision de l’intérêt collectif européen. Sainte Angela, priez pour nous ?

Enseignement supérieur : la fabrique du crétin ?

Le modèle américain d’enseignement supérieur, et de massification de celui-ci, a gagné le monde, dit The Economist. Mais, aux USA, il  ne fabrique plus de connaissance, mais de la discrimination. C’est le diplôme qui compte. Parce qu’il est l’unique critère d’embauche utilisé par les entreprises. Ce qui provoque un effondrement de la qualité de l’enseignement et une explosion de son coût. Donc une sélection par l’argent d’une élite très peu éclairée. Quant aux autres, l’éducation qu’ils reçoivent n’est plus digne de ce nom. (La fabrique, massifiée, du crétin ?)
Ailleurs dans le monde, l’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une guerre par pauvres interposés. Au fond, ce qui compte, c’est que l’autre ne prenne pas l’avantage. Résultat : au Moyen-orient et en Afrique, c’est le chaos. (Ce qui arrange tout le monde ?) En France, les partis de gouvernement se réjouissent, mais Mme Le Pen a gagné. L’Ukraine est gouvernée par des oligarques. C’est eux son problème. Pour le moment, ils semblent se disputer. (La Russie a été dans la même situation, mais M.Poutine les a remis à leur place.) Mme Merkel dirige l’Europe. Son plan : une apparence de France forte, pour qu’on n’ait pas l’impression que l’Allemagne est sans contre-poids ; et « une Europe unie, gouvernée par des règles fiscales strictes, en paix avec ses voisins. » (Une Europe triste, mais digne ?)  En Angleterre, rien ne va plus ? M.Cameron pourrait être éliminé par son parti, s’il est réélu. Mais, le plus probable est que l’élection de mai produise un gouvernement minoritaire de gauche, incapable de gouverner. Ce n’est pas ce qu’il faut à la fragile économie anglaise. M.Netanyahou doit se battre contre les Palestiniens et M.Obama. Deux ans à attendre. Traités commerciaux des USA avec l’Asie et l’Europe. L’Amérique veut imposer ses normes au monde, surtout à la Chine. Pour le moment l’affaire tournerait à l’avantage de cette dernière. « Présenter (le traité avec l’Asie) comme une façon de contrer la Chine risque d’ajouter une (humiliation) inutile : cela pourrait faire ressembler (la défaite de la diplomatie américaine à) une victoire chinoise. »
L’industrie d’extraction de charbon connaît un mauvais moment. Il pollue (et pas que par le CO2 : mercure, sulfure, oxydes nitriques), et la Chine réduit sa consommation. Seul espoir : l’Inde. Mais elle veut exploiter ses propres ressources. Le vrai danger : que les milieux financiers n’y croient plus, et privent de financements les entreprises du secteur. Wall Street a produit des entreprises zombies qu’une nouvelle génération de fonds cherche à restructurer. Exemple : Kraft « a fait l’objet de 7 fusions ou cessions depuis 1980 ». Du coup l’entreprise a perdu le nord. C’est « le résultat de l’hyper activité des hommes d’affaire de Wall street ».
Monde numérique. La guerre du moment, c’est l’application de messagerie. Il s’agit, par le biais de « plates-formes », de mettre la main sur les flux de données des particuliers et des entreprises. Et d’asservir ses concurrents. Finalement, le capitalisme asiatique s’ouvre aux pratiques occidentales. Ils n’ont pas pu faire autrement. C’est la loi de la globalisation. Transparence et simplification, entrée d’administrateurs étrangers aux familles dirigeantes, et de quelques activistes.
« La capacité de digérer le lait pourrait expliquer comment l’Europe est devenue riche. » Pour permettre au drone d’éviter l’imprévu, on cherche à lui faire imiter les insectes. (Le plus surprenant est qu’on y parviendrait.)

Mme Merkel contre le peuple grec

J’entends dire que Madame Merkel veut sortir la Grèce de l’euro, si elle vote mal. Je crois me souvenir qu’il y a peu, elle voulait nous encourager à voter Sarkozy. Cela pose plusieurs questions :
  • Un Etat peut-il s’immiscer ainsi dans les affaires d’un autre ? Peut-être me dira-t-on que c’est la conséquence de l’Europe : la disparition des nations. Mais alors, quid de la position allemande, qui défend farouchement ses particularismes ? 
  • Madame Merkel affole les marchés. Est-ce malin ? Mais sont-ils concernés ? Si j’en crois ce que j’entends, la dette grecque est aux mains des Etats. Manœuvre populiste ? Signal à son peuple plus qu’à l’Europe ? 
  • N’y a-t-il pas une façon plus intelligente d’agir ? Par exemple, au lieu de s’en prendre à la démocratie grecque, de lui expliquer ce que l’Allemagne considère être un comportement « responsable » ?

Merkel : Arbeit macht frei ?

J’en reviens à la biographie de Mme Merkel lue dans le New Yorker. Et si, une fois de plus, j’avais tort ? 
J’ai interprété la ligne directrice de Mme Merkel comme étant « cultivons notre jardin ». Et si c’était plutôt « Arbeit macht frei ». Autrement dit, travaillez dur et ne vous posez pas de questions. Le mal du monde, c’est vouloir penser. 
Ce qui pourrait expliquer l’inquiétude de l’auteur de la biographie. 
(Rappel. Vouloir penser est l’idéal des Lumières et la fondation, au moins théorique, de notre société. Sapere aude, ose penser, dit Kant. Mauvais Allemand ?)

Angela Merkel : le mauvais génie de l'Allemagne ?

Le New Yorker publie une bio-pavé d’Angela Merkel
Contrairement à ce que l’on dit, elle n’est pas née à l’Est. Son père, un pasteur ambitieux, est passé d’Ouest en Est quelques-temps après sa naissance. Ce qui a permis à sa famille d’appartenir à l’aristocratie communiste. Angela, pour sa part, a été la meilleure élève de sa classe, et même de sa nation. 
Elle doit son succès, outre sa double qualité d’être une femme de l’est, à son physique ingrat. N’attirant pas les garçons, elle a cherché à avoir le dernier mot par d’autres arguments. Et c’est ainsi qu’elle a liquidé, les uns après les autres, les machos qui dominaient la politique allemande. 
Pour le reste, en dehors d’un vague intérêt pour la liberté, elle semble surtout se méfier des grands idéaux. « Cultivons notre jardin » pourrait-elle dire. Elle a vidé la politique de sa substance. Et cela plaît à l’Allemand. Il peut retourner à ses vieux démons. Le confort d’un monde où l’on ne pense pas. Voilà pourquoi il se sent de plus en plus d’affinités avec les Russes. De moins en moins avec les Américains.