Héritage

L’autre jour, Berlin Bulletin de Politico parlait de la biographie de Mme Merkel. Dans son héritage :

refusing to fast-track Ukraine and Georgia into NATO at the Bucharest summit in 2008.

her decision to reverse course on nuclear power.

letting the euro crisis fester until it was nearly too late to save Greece.

pursuing Nord Stream 2 even after Russia’s annexation of Crimea in 2014.

opening Germany’s doors to millions of asylum seekers from the Middle East and Northern Africa, which some would say triggered a resurgence of the far right.

Mme Merkel disait qu’elle avançait prudemment. Il est possible qu’elle se soit parfois laissé aller ? En tous cas, dans nos sociétés, démocratiques pourtant, il est frappant à quel point les décisions d’une seule personne peuvent avoir de l’impact.

Mme Merkel m'a tué

M.Scholz, successeur de Mme Merkel, dit que, pour lui, rien n’a changé. En particulier, il a l’habitude de travailler avec M.Macron.

Pendant sa campagne, il a expliqué qu’avec lui il n’y aurait pas de changement. Il était le digne héritier de Mme Merkel, avec qui il a longtemps collaboré. 

Une ambassadrice canadienne en Allemagne expliquait que Madame Merkel avait éliminé ses concurrents de la CDU. D’où, selon elle, la défaite de son parti. 

Le paradoxe du parti politique ? On préfère ses adversaires à ses camarades ? 

(Les effets imprévus de la concurrence…)

Résistants allemands

Je lisais un article d’une ambassadrice canadienne en Allemagne, qui avait été choquée par la réaction violente des Allemands à la vaccination. Mais où est l’Allemagne que l’on admire tant ? 

Pour ma part, il me semble que c’est une réaction culturelle. Le changement se fait, en Allemagne, par construction de consensus. C’est ce que l’on vient de voir avec la constitution du gouvernement allemand. Cela prend des mois. Mais, ensuite, c’est durable. Et, pourtant, cela contient des carpes et des lapins. 

A chaque fois que Mme Merkel ou ses prédécesseurs ont voulu passer en force, à la française, ils ont commis de graves erreurs. 

Heureuse Allemagne ?

L’Allemagne a des dirigeants stables. J’entendais hier, que Mme Merkel avait vu passer 5 premiers ministres anglais. Quant aux gouvernements français, ça ne se compte plus. Heureux allemands. 

Paradoxe. Dans son génie, très français, de Gaulle avait cru que pour qu’un dirigeant dure, il fallait que son mandat soit long. Simple bon sens, non ?

Eh bien, le mandat d’un chancelier est court, et pourtant il occupe longtemps le pouvoir. La raison ? 

La coalition. Au totalitarisme jacobin, l’Allemand oppose la recherche de consensus entre sensibilités de l’opinion. Cela ne permet pas de décider vite. Mais de bien décider. D’ailleurs, à chaque fois que Mme Merkel a décidé à la française (le nucléaire, l’immigration…), ça a été un désastre. Etre français ne s’improvise pas.

Qu’est-ce qui nous manque pour appliquer la méthode allemande ? Probablement des partis qui représentent quelque chose de plus que l’ambition de leur leader et de ceux qui veulent le remplacer. Et, cela va avec, le respect de l’autre, ne pas croire qu’il y a une seule vérité, celle que l’on a en tête. Pas très français tout cela ? Mais, impossible n’est pas français !

Mme Merkel, ou l'art des relations internationales ?

Quelle est la qualité la plus sous-estimée d’Angela Merkel ? « Elle a écouté tout le monde – petits, moyens, grands pays, elle n’a jamais fait de distinction », dit Juncker, qui sait ce que c’est que d’être premier ministre d’un pays minuscule et a travaillé avec tous les chanceliers allemands depuis Helmut Kohl. « Cela explique aussi son influence dans l’UE. » (…) Merkel « a toujours suivi le débat politique intérieur dans les autres pays de plus près » que les autres dirigeants, dit Juncker. « C’était son charme politique européen, que tout le monde avait l’impression qu’on pouvait lui dire les choses comme elles sont dans son pays, et elle a intégré cela dans le réseau global de solutions européennes auquel elle a contribué. » (lettre de politico.eu concernant l’élection allemande, hier.) 

Un modèle pour les autres dirigeants ? Aime et fais ce que tu veux ?

Angela Merkel, présidente de l'Europe

Les Européens, toutes nationalités confondues, aimeraient qu’Angela Merkel dirige l’UE. Nouvelle de politico.eu, hier. 

Il poursuivait en disant que cela montrait que l’UE n’en voulait pas à l’Allemagne de sa politique. 

Est-ce la seule interprétation possible ? Par exemple, ne préférerait-on pas qu’Attila soit dans son camp, plutôt qu’en face de soi ? 

Changement en Allemagne ?

 Mme Merkel part. Que va-t-il arriver ? 

« tout, ou presque, est possible. Ce n’est pas un drame, vu la culture politique centriste de l’Allemagne, ainsi que le pragmatisme des acteurs et la dispersion du pouvoir dans le fédéralisme coopératif (qui fait que gouvernement fédéral et les gouvernements des 16 Länder sont forcés à négocier des compromis en permanence) qui nécessite depuis longtemps une telle coopération entre des forces politiques au-delà des clivages gauche-droite traditionnels. » (L’Allemagne d’après Merkel, quel renouvellement ? Telos.)

D’autant que les Allemands veulent à la fois plus d’écologie, et moins d’immigrés, thèmes de campagne de partis opposés. (Mais qui ont un point commun quelque peu égoïste…)

Pas de changement après Mme Merkel ? La personnalité du chancelier compte peu ? Peut-être en Allemagne, mais à l’étranger ? 

La retraite de Madame Merkel

Ce blog a reproché à l’Allemagne d’avoir parasité l’Europe, d’où rigueur et crise.

Mais, après nous avoir seriné de suivre son exemple, l’Allemagne change et fait un geste pour sauver les pieds nickelés de l’UE. Si l’on en juge par la position des Etats dits « frugaux », ce revirement ne répond pas à un intérêt qui crève les yeux.

Madame Merkel ou le sens des responsabilités ? Faut-il craindre que sa retraite ne soit, pour nous, un désastre pire que celui du coronavirus ?

Voilà ce qu’écrivait hier Politico : « J’ai beaucoup d’espoir et j’apprécie vraiment son analyse« , a déclaré Bettel à propos de Merkel. « Elle sait que le temps presse pour l’Europe et que nous devons rendre l’Europe à nouveau sexy… Je suis sûr que ce sera elle qui pourra rendre l’Europe à nouveau attrayante. » De plus, faisant allusion à l’annonce de Merkel qu’elle ne se présentera pas aux élections allemandes de l’année prochaine : « Elle n’a rien à perdre. » (M.Bettel est le premier ministre du Luxembourg.)

Le paradoxe allemand

Un coronavirus, des grèves, un Brexit, un Trump, un printemps qui n’arrive pas… On en oublierait presque l’Allemagne.

Ce pourrait être le prochain foyer d’instabilité en Europe. Il semblerait, en effet, que la CDU, le parti qui assurait depuis longtemps l’équilibre du pays, pourrait ne pas survivre au départ de Mme Merkel. Bientôt le chaos ? Or, les Allemands n’aiment franchement pas le chaos…

Difficile de savoir les raisons de cette situation. Tout va bien : économie au mieux, pas de chômage. Pourtant, le parti d’extrême droite est au plus haut. La CDU est de plus en plus faible, et tentée de partir à droite, façon Sarkozy.

Madame Merkel est restée trop longtemps au pouvoir, et a perdu le contact avec la réalité ? Elle n’est plus en phase avec son peuple ? La prospérité allemande cacherait-elle des laissés pour compte ? Mystère.

En tout cas, il est bien possible que la stabilité d’après guerre soit derrière nous et qu’il nous faille nous préparer à entrer dans une phase de turbulences.

Défi Trump

M.Trump lance une guerre commerciale tous azimuts. Mme Merkel risque de devoir chercher des acheteurs de Mercedes qui ne soient pas américains. Les Grecs et les Italiens ?

Pour qu’ils en aient les moyens, il faudrait peut-être qu’elle crée les conditions nécessaires à ce que les Allemands achètent ce qu’ils produisent…

(Si cela se fait, M.Trump aura réussi un changement que beaucoup d’économistes, italiens et grecs, appelaient de leurs voeux.)