Déficit critique

Que penser de mon précédent billet concernant le déficit américain ? J’ai toujours tort est ma devise.

La politique de Trump aurait sa logique. Le Républicain n’aime pas l’impôt, du coup il ne peut financer l’Etat. Alors Trump fait appel au droit de douane. Ensuite, il veut relancer son industrie, alors, il la protège. Ce que tout le monde fait depuis toujours. Finalement, il constate que les pays exportateurs suppriment leur demande intérieure. Il veut les faire acheter américain. Ce qui n’est qu’évidence : le marché est un échange. Si le vendeur tue son client, il meurt ! Or, cette politique mercantiliste est celle des Chinois et des Allemands. Elle est dénoncée depuis bien longtemps par les économistes les plus respectables et les moins proches de Trump.

Concernant l’industrie, les propos de l’économiste du podcast précédent me semblent paradoxaux. D’abord, il ne se pose aucune question sur le « choc chinois ». Ce serait une espèce de phénomène naturel. Mais pourquoi pas un contre-choc américain ? Ensuite, il considère que l’industrie ne créera plus d’emploi, pour cause de gain de productivité. Or, l’espèce humaine est en face de masses de questions à résoudre, et leurs solutions sont industrielles. Je soupçonne que nous sommes à la veille d’une révolution industrielle. Et la productivité est un faux problème, car les machines doivent elles-mêmes être fabriquées, faire l’objet de publicité, vendues, réparées… J’ai déjà rencontré cette opinion, qui m’a surpris, chez d’autres économistes, j’en arrive maintenant à soupçonner quelque biais idéologique…

Seulement, le problème n’est peut-être pas là. Il pourrait bien y avoir quelque-chose de pourri en Amérique.

Si je comprends bien (c’est un grand si) le podcast, le mal américain serait dû à la santé insolente de sa place financière, qui draine la finance mondiale. Or, elle même est le résultat d’une succession de bulles spéculatives. Bulles alimentées, peut-être créées, par les deux partis politiques qui croient aux mêmes théories économiques libertaires. Cela signifie que le pays pourrait bien avoir oublié la « valeur travail », nécessaire à la création de l’activité économique qui lui fait défaut.

Conclusion provisoire ? Il semble que la sortie de la crise mondiale demande un arrêt de la politique mercantiliste suicidaire de pays tels que la Chine et l’Allemagne. Ils doivent relancer leur demande intérieure. Pour cela, il faut qu’ils aient envie d’acheter des choses produites par leurs pays clients. Or, cette offre n’existe pas. Lesdits pays clients doivent donc renoncer aux mirages de la vertu miraculeuse du laisser-faire et de l’économie de marché, qui les ont transformés en nations de paresseux, et se mettre au travail. Ce qui est la partie réellement complexe du changement.

A suivre.

Mercantilisme ?

Un billet précédent me fait prendre conscience des dangers de la politique industrielle. Ils donnent raison aux promoteurs de l’économie de marché : elle suppose que l’Etat utilise l’argent public pour favoriser certains secteurs, et ses choix ne sont pas toujours bons.

En fait, les régimes économiques paraissent devoir se succéder, il n’y en a pas un qui soit meilleur que les autres. Il semble que nous entrions dans une phase « mercantiliste ».

Après l’ère de la globalisation et de la multinationale où seul ce qui était étranger était beau, il est probable que nous soyons en passe de redécouvrir les mérites de nos PME et de nos territoires.

J’entendais aussi les Anglais s’interroger sur l’intérêt de réouvrir des mines. Il se pourrait que nous ayons à faire de même. Et quand cela ne sera pas possible, de chercher des partenaires en qui nous puissions avoir confiance ?

Dumping chinois

Selling the sun confirme ce que disait Torben Sommer : les Chinois avouent que pour imposer leurs panneaux solaires ils les vendent à perte. D’ailleurs pour éviter les barrières tarifaires américaines, ils vont implanter leur production aux USA. Il semblerait qu’ils aient tiré l’idée de ce type de stratégie de l’exemple japonais. Réflexions :

  • Voilà la négation du principe de l’échange : si la Chine détruit l’industrie d’autres pays, qui pourra acheter ses produits ? La logique de l’échange, c’est la spécialisation et la production de biens différents d’un pays à l’autre.
  • Danger de destruction de « l’écosystème » qui participe de près ou de loin à la production des produits qui font l’objet de dumping. L’industrie automobile, par exemple, occupe une quantité considérable de sous-traitants. Beaucoup ne sont que des fournisseurs partiels : leur activité dans l’automobile leur apporte un revenu complémentaire mais surtout un progrès technique dont ils font profiter d’autres clients, et, mieux, qui est un facteur d’innovation dans des secteurs apparemment sans rapport. Cela signifie enfin le chômage, et un chômage durable puisque l’emploi demande la reconstitution d’un savoir-faire partagé pour la constitution duquel des décennies sont nécessaires.
  • La Chine pourra-t-elle longtemps maintenir cette politique mercantiliste ? Elle subventionne massivement ses industries, elle achète des bons du trésor américain pour maintenir sa monnaie à bon marché…

Téléphone chinois

Faut-il se méfier des Chinois quand ils font des cadeaux ?

Le gouvernement chinois ou ses partisans auraient infiltré plus d’un millier de PC, A Chinese ghost in the machine? se demande si l’Angleterre a bien fait de confier son système téléphonique à Huawei.

Remarques :

  • Des amis, travaillant pour Alcatel, me disent que cette société fait des prix tellement faibles qu’aucun concurrent ne sait s’aligner. Il se confirme que l’Angleterre n’a pas peur d’aller au moins disant.
  • Ils me disent aussi qu’ils soupçonnent que l’état chinois subventionne son champion. Si la thèse de l’article est juste, il serait plus correct de penser qu’il a plusieurs clients, l’Angleterre d’une part, ses services secrets de l’autre, et qu’il fait profiter chacun des économies réalisées du fait de l’effet d’échelle. Habile.

Compléments :

La France dans la tourmente

Ce blog répète ce qui se dit ailleurs. Comme la France n’intéresse personne, je n’ai pas tellement d’idées sur ce qu’elle devrait faire face à la crise. Un début de réflexion.

Un récapitulatif pour commencer. Ce blog segmente en deux le monde :

  1. Les cigales. Les dépensières, Amérique en tête, dont les ménages et les entreprises ont fait d’énormes dettes.
  2. Les fourmis. Les mercantilistes (Chine, Allemagne et Japon), qui empilent plus qu’elles ne dépensent. Pas uniquement de l’argent, mais aussi des savoir-faire et des capacités de production dont elles privent les cigales, qui ne peuvent plus gagner leur vie, donc payer les exportations des fourmis. Le mercantilisme est une forme guerrière du protectionnisme.

La combinaison de ces deux phénomènes aurait créé la crise. Les cigales doivent reconstituer leurs stocks de protection et leurs capacités de production ; les fournis sont dépendantes de l’incurie des cigales : elles doivent apprendre à consommer et revoir leur stratégie de destruction du tissu économique adverse. Il semble que, pour une nation donnée, il y ait un équilibre à trouver : un niveau raisonnable d’exportation, de dette, de capacité de production nationale. Il correspond à l’état de robustesse actuel de l’économie mondiale ?

Et la France ? Elle est plutôt cigale. Mais pas excessivement. Manque de rigueur ? Son côté latin ? Ou mal américain, incorrectement diagnostiqué ?

  1. Le mal américain n’est pas le seul fait des banques. C’est la croyance qu’il suffit d’installer les lois du marché quelque part, pour que le meilleur des mondes en résulte. Pour l’entreprise cela signifie une gestion uniquement financière, et l’incapacité à développer son assurance sur la vie, l’avantage concurrentiel (ce qui demande une compréhension intime de son métier). Conséquence : entreprise peu durable, et, à terme, disparition de l’écosystème de sous-traitants qui vivait en symbiose avec elle. Or la crise est favorable à ce mal. Sous couvert de nécessaire rigueur, on fait ce qui serait bloqué en des temps meilleurs. On me dit, par exemple, que les opérateurs de télécom diminuent massivement leurs dépenses de recherche et de sous-traitance, pour maintenir leur rentabilité. Comme ils n’ont pas changé de modèle économique (construit sur la recherche et la sous-traitance), ils hypothèquent leur avenir. 
  2. La disparition des mammouths pourrait laisser de la place aux « jeunes pousses ». Mais la France leur offre-t-elle un terrain propice ?
  3. À ceci s’ajoute le mal anglais : l’injection des lois du marché dans le service public. La destruction de l’aide aux plus défavorisés qui en résulte a un effet pervers : il les force à économiser. Ce qui n’est pas bon pour l’économie.

L’élite française avait été contaminée par son admiration du modèle anglo-saxon. Sait-elle encore d’où viennent ses idées ? N’y voit-elle pas une invention originale (donc brillante) ?D’ailleurs, ne fait-elle pas face à un dilemme : gérer une entreprise en développant sa compétence est (apparemment) compliqué quand on ne connaît pas son métier, de même qu’utiliser le service public pour le bien collectif ? (Deux exemples d’anxiété d’apprentissage.) Risque de résurgence d’un vieux réflexe de notre élite : « du pain et des jeux » ? Encourager nos vices : subventionner certaines clientèles, tirer parti de nos penchants xénophobes…

Mais il n’y a pas que du noir dans notre culture : le pays est dirigé par des (anciens parfois) grands commis de l’Etat qui ont longtemps mis l’intérêt collectif avant le leur ; ils ont été formés pour résoudre des questions complexes. S’ils ne cèdent pas à la tentation de la facilité, ou à leur anxiété d’apprentissage, l’espoir est permis.

Compléments :

Le retour du Colbertisme ?

L’idéologie de l’élite économique mondiale semble avoir connu une transformation aussi brutale que radicale.

Les élites américaines ont cru à un système de libre échange dont elles tireraient les ficelles. Elles ont détruit l’industrie de leur pays. Erreur ? 1) Comme le pensait Adam Smith, le libre échange ne peut pas survivre au mercantilisme (de la Chine, dans notre cas) 2) pour pouvoir échanger, il faut avoir quelque chose à vendre, une industrie pour le produire 3) l’élite se pensait au dessus des nations, elle avait tort.

Les politiques occidentales semblent maintenant repartir vers un protectionnisme déterminé. Les pays en développement pourraient découvrir qu’ils ont à réinventer leurs stratégies s’ils ne veulent pas vivre des moments difficiles.

Sur le mercantilisme moderne : Global imbalances threaten the survival of liberal trade.
Sur les élites américaines : Grande illusion.
Soyons anticycliques

Pékin défie le monde

Titre de la Tribune d’aujourd’hui. La Chine veut relancer ses exportations en dévaluant sa monnaie.

Bizarre stratégie. Le reste du monde est en récession et n’a plus de capacité d’absorption. La Chine veut-elle accentuer le désastre ? On avait jusqu’ici échappé au nationalisme à courte vue, la Chine s’est-elle décidée à susciter une vague de protectionnisme ? Ça y est, on est parti pour une crise vraiment méchante ? La Chine est-elle agressive ou stupide ?
Pourquoi ne relance-t-elle pas sa consommation interne, avec ses immenses réserves ? Parce qu’elle ne veut pas les dépenser ? A-t-elle une stratégie délibérée d’accumulation de cash ? Guerre financière ? À l’appui de cette dernière thèse :

  • Eamon Fingleton. Il observe que la Chine a choisi de forcer sa population à économiser. Exemple. Imaginons que nous n’ayons pas de sécurité sociale, comme en Chine. Chacun serait obligé d’économiser pour se protéger des coups du sort. Nous dépenserions peu. La plupart d’entre nous mourrions riches. La sécurité sociale, parce qu’elle est une assurance, qu’elle répartit les risques sur des millions de personnes, nous protège beaucoup plus efficacement que nos efforts solitaires, mais en nous demandant beaucoup moins d’argent.
  • Vision chinoise très militaire de l’économie. Un ami me disait que le concurrent chinois d’Alcatel avait des comptes totalement opaques, et des prix très faibles. Probables subventions gouvernementales. Par cette pratique, l’Etat chinois peut chercher à détruire les compétences étrangères, pour favoriser les siennes. Mercantilisme qu’abhorrait Adam Smith ?

Et si la Chine croyait que l’Occident n’était qu’hypocrisie ? Que sa règle du jeu est la guerre économique ? Elle est confortée par les critiques que nous nous adressons en permanence, sans voir ce que nos démocraties ont de bien (puisque nous n’en parlons pas) ?

Comment ramener la Chine dans le rang ? Dent pour dent. Rétorsion sélective. La Chine est un pays fragile, très dépendant de la croissance économique et peu entraîné aux crises. Mais cela peut être mal interprété et renforcer les préjugés chinois ! Alors, lui faire des suggestions ? Lui montrer les bienfaits d’une relance nationale ? De systèmes de solidarité sociale ? Lui expliquer qu’il y a beaucoup à apprendre des démocraties ?

Chine : JO : le Chinois ne fait pas de vagues, L’Amérique victime de la globalisation ? et Péril jaune
Dent pour dent comme meilleure stratégie pour se faire des amis : Théorie de la complexité.