Spirale Mélenchon

Qu’est-ce qui fait que M.Mélenchon a le vent en poupe ? J’entends dire : vote utile. M.Hamon n’a plus aucune chance. M.Mélenchon est le dernier candidat de gauche. Je pense aussi qu’il illustre deux théories de ce blog :

  • L’élection se joue sur un retour aux valeurs de la République et de la Révolution. Tout le monde y sacrifie, à commencer par Mme Le Pen. Ce qui est inattendu. Mais, seul, M.Mélenchon les incarne, y compris dans sa façon d’être, de tribun. 
  • De ce fait, il est le seul à ne pas être contraint à des contorsions. Or, une communication est d’autant plus efficace qu’elle est perçue comme honnête. Et elle est d’autant plus facile qu’elle l’est, puisque l’on sent son audience en accord avec soi. Cercle vertueux. 

Hamon et trahison

Les candidats à la primaire de gauche s’étaient engagés à soutenir son vainqueur. Or, beaucoup ne le font pas. Langues fourchues ? 
M.Fillon, avant qu’il ne soit plaqué dos au mur par la justice, cherchait à rassembler son camp, en mettant de l’eau dans son vin. M.Hamon a fait l’envers. Fort de sa légitimité, il est parti chasser le Mélenchon. Ce faisant, n’a-t-il pas rompu une loi implicite de toute démocratie ? L’élu ne reçoit pas une carte blanche pour faire ce qu’il veut. C’est un représentant du peuple. Dans son ensemble. 

Mélenchon et Robespierre

M.Mélenchon dit du bien de Robespierre.
Je me demande plutôt si Robespierre n’illustre pas un des vices de l’intellectuel. A savoir confondre la « canaille » avec le peuple. Par canaille, j’entends une poignée d’excités, qu’il faudrait calmer et non encourager. Je me demande aussi si cette alliance excité – théoricien n’est pas responsable de ce qu’une violence totalement déplacée est parvenue à se maintenir comme mode d’expression politique légitime. La Terreur, sœur jumelle de l’abstraction ?

M.Mélenchon, la Révolution et les jeux

M.Mélenchon s’en prend à un jeu vidéo qui donne le beau rôle à la royauté. (Si j’en crois ce que j’ai entendu, il reprend l’interprétation de la Révolution qui a cours en Angleterre depuis cette époque.) Les invités des Informés de France Info étaient d’accord pour dire que M.Mélenchon était un âne. Notre jeunesse sait faire la part des choses. Arrêtons de l’insulter. 
Ce qui m’a surpris est que personne ne s’émeuve de ce que, si M.Mélenchon a raison, ce jeu est une tentative de manipulation, qu’elle réussisse ou non.
Les manipulations marchent-elles ? Il y a une bonne trentaine d’années, un professeur du primaire me disait avoir été étonné de constater que ses élèves portaient désormais des prénoms américains, des prénoms de héros de séries télé. Plus récemment, une avocate m’expliquait qu’elle devait sans arrêt rappeler à ses clients qu’ils n’étaient pas dans le système judiciaire américain. 
Non seulement, la manipulation marche, mais elle a un nom : « soft power ». Et tous les hommes politiques y ont recours.

Jérôme Cahuzac et corruption du capitalisme

Pour The Ecomomist la France est le pays le plus dangereux au monde. La Chine, la Russie ou le Brésil ont été convertis au capitalisme, la Corée du Nord ne demande qu’à être écrasée, Chavez n’a vécu que quelques années, mais la France, elle, ne se réforme pas. L’inquiétude de The Economist est telle qu’il en vient à louer M.Mélenchon. N’a-t-il pas déclaré qu’un impôt (la taxe à 75%) ne devait pas être punitif ?

Mais The Economist a-t-il pris la dimension réelle du danger qu’est l’affaire Cahuzac ? Car M.Cahuzac était probablement le seul homme d’entreprise du gouvernement. Et si les socialistes, voire la France, tiraient de ses mésaventures l’idée que le capitalisme est pourri par nature ? Les sans-culottes sont de retour ? Et, la dernière fois, ils ont conquis l’Europe. Et il n’y avait pas de tunnel sous la Manche… 

Mélenchon gagne les sondages

C’est curieux, deux fois de suite les sondages prévoient un avenir brillant à M. Mélenchon, à tort.

En tout cas, je me demande si ses échecs à répétition ne signifient pas que la solution d’extrême gauche n’est pas au goût du Français. Je me demande aussi si ce n’est pourtant pas vers cet extrême qu’aimerait aller le gouvernement (billet précédent)…

Compléments :

M.Mélenchon, créature de rêve ?

Chaque élection donne à un ou deux hommes politiques un succès inattendu, mais sans lendemain. Il y a eu M.Le Pen et M.Chevènement en 2002, M.Bayrou en 2007, M.Cohn-Bendit en 2009. M.Mélenchon aujourd’hui ?

Pourquoi cette inconstance ? Avons-nous besoin de croire en un candidat providentiel, nouveau par définition ? Avons-nous besoin de rêver, d’illusions ? Ou nous permettent-ils d’exprimer notre nature frondeuse ? 

M.Mélenchon et la systémique

Le programme de M.Mélenchon embauche des fonctionnaires en masse, augmente le SMIC, les soins médicaux sont gratuits… si j’ai bien compris les informations de France Culture, hier matin.

Il semble avoir lu ce blog et entendu le conseil des spécialistes de la systémique : le problème est la solution. On nous dit moins d’Etat? Il en faut plus! On nous dit que du fait de la contrainte de l’euro nos coûts salariaux ne sont pas compétitifs? Il faut les augmenter! Toutes les nations cherchent à réduire leurs dettes ? Il faut les accroître, massivement. Après tout n’est-ce pas ce qu’ont fait les entreprises ? D’ailleurs, ça n’a pas été mauvais pour elles. Lorsqu’elles se sont trouvées en faillite on a découvert qu’elles étaient « too big to fail », et qu’il fallait les sauver.
Une France en difficulté entraînerait le monde avec elle. Cela ne le forcerait-il pas à affronter ses démons ? Ce serait peut être le Grand soir et la fin du capitalisme ? L’aube de 1000 ans de bonheur ? Mélenchon plus fort que Marx et Lénine, voire Jésus ? 

Campagne présidentielle : drame shakespearien ?

Et si les prochains débats politiques devenaient un combat à mort ? Un après l’autre, chaque candidat disjoncte. Mme Le Pen refuse de répondre à M.Mélenchon, qui refuse de voir des journalistes. Quant à M.Sarkozy, ses rencontres avec le peuple finissent souvent mal.

La force de M.Sarkozy est, pourtant, de chercher à détruire l’adversaire. Pour cela il attaque là où on ne l’attend pas, c’est-à-dire là où il est faible. Tout ce qui devrait être un handicap : bilan, rigueur intellectuelle, affaires qui s’empilent, faiblesse face à l’Allemagne… sont oubliées, et, d’une certaine façon, reprochées à l’adversaire. Même les règles sociales fondamentales (ne pas faire perdre la face à l’autre) sont prises à contre.
Mais il a une réelle faille. Il a une revanche à prendre sur la vie. Il rejoue sans cesse son Vietnam de Neuilly. Le replacer dans la situation qui l’a marqué et qu’il n’arrive pas à dépasser, le regarder de haut comme un inconvenant ?, lui ferait perdre tout contrôle de soi.
Pourquoi en arriver à de telles extrémités ? Faut-il tirer sur une ambulance ? Comme à l’époque de M.Giscard d’Estaing, même son camp le joue perdant, et le lâche.

Mais la pièce aurait-elle la fin qu’elle mérite sans un dernier acte sanglant? Le ressort du drame shakespearien est l’individu qui se révolte contre l’ordre social. Et finit broyé. N’y a-t-il pas quelque-chose de cela ici ?

Compléments :

M.Mélenchon et l’Europe

Ce matin j’entends M.Mélenchon s’offusquer que les socialistes européens aient voté pour un polonais de droite à la présidence de l’Assemblée. Le Parlement européen se met en ordre de bataille pour s’imposer à la Commission explique pourquoi :

L’Assemblée se voit comme contrepoids de la commission. Or, aucun des grands partis n’est suffisamment fort pour imposer ses idées. Les principaux partis de gouvernement en viennent donc à s’allier (aussi, d’ailleurs, pour contrer les eurosceptiques et les europhobes), et pour cela ils se répartissent les postes. D’abord un président de droite, puis un président de gauche (qui y gagne beaucoup, son parti ayant perdu les élections).

Si l’on compare ce système au nôtre (que M.Mélenchon préfère ?), je ne le trouve pas moins démocratique.

  1. Dans le nôtre, l’opposition critique systématiquement le gouvernement, qui l’ignore. Et le parti présidentiel se doit à un alignement parfait avec le gouvernement. Le seul moyen qu’a le peuple de sortir le gouvernement de ses idées fixes est de le menacer d’une révolution. L’assemblée ne sert à rien. C’est le triomphe de l’irresponsabilité.
  2. Le système européen, lui, se voit comme un contrepouvoir. Pour qu’il fonctionne, il demande à ce que toutes les sensibilités soient prises en compte. Quand il marche il ne représente pas l’opinion de la minorité qui a pris le pouvoir lors d’une pseudo élection démocratique, mais celle de la tous ou presque. Cette mécanique étant fragile, elle ne tolère pas l’irresponsabilité.