Bloquons tout

Etant coupé du monde, ce n’est que d’une manière étouffée que j’ai entendu parler du mouvement Bloquons tout.

Ce serait un retour des Gilets jaunes, ai-je vaguement entendu dire. Paradoxalement, alors que les Gilets jaunes avaient refusé les partis politiques, cette fois ce ne serait pas le cas.

Ce qui m’a amené à chercher des études sur le sujet. J’ai effectivement trouvé celle d’un sociologue de la Fondation Jean Jaurès, qui a fait un sondage parmi les manifestants. Il se révèle que ce sont, massivement, des sympathisants de LFI. Ils n’ont rien à voir avec les Gilets jaunes.

Ce qui est admirable ? LFI a une capacité de manipulation remarquable. Le jour où elle touchera une question réellement populaire, elle récoltera la révolution ? La vocation de LFI ?

Cette orientation se retrouve dans les verbatims recueillis, où la rhétorique classique de la gauche radicale domine : « Les masses doivent s’insurger et prendre le contrôle, pas laisser Macron et ses complices diriger » ; « Je suis là parce que je ne veux pas que mes enfants vivent dans une société écrasée par le capitalisme » ; « Il faut déclencher la grève générale et bloquer partout, sinon ce système ne changera jamais » ; « Je suis politisé théoriquement, mais le marxisme m’a appris que sans pratique, la théorie n’est rien ».

Révolution

Anthropologie de La France Insoumise :

D’un côté des « gosses de riche » ayant mauvaise conscience, de l’autre des « victimaires ». Tous, exceptionnellement violents. Parti de la révolte, dirigé par un Trotskyste ?

Une société est faite de courants. C’est un système. S’en prendre à ses composants ne fait que le renforcer.

Une question se pose donc : LFI a-t-elle une utilité, ou est-elle le signe d’une « pathologie » collective ? (Aurait dit Durkheim.)

Une vie de retraité

« La jeunesse mélenchoniste est persuadée que la solution est le revenu universel et l’inactivité d’une grande partie de la population (sous-entendu le travail sera fait par des IA et des robots payés par les taxes sur les revenus du capital qui travaillera tout seul). » écrit un ami.

Je suis frappé par cette analyse. Je ne m’étais pas interrogé sur la jeunesse mélenchoniste.

Je vois dans cette idée, presque aussi vieille que le monde, une hérésie. La machine ne crée pas le chômage. Au contraire, le principe même de l’économie est le « gain de productivité ». Plus il y a de machines, plus un homme peut produire et plus, collectivement, la société est riche. Si je pouvais produire dix fois plus, j’achèterais dix fois plus !

Comme le dit un livre que cite ce blog, l’art du tailleur de pierre des cathédrales était de concevoir des outils qui lui permettaient de travailler vite et bien.

Bien sûr, la machine pose la question du changement. Mais elle pose surtout celle du fantasme. D’un côté, il y a les Elon Musk, qui rêvent d’éliminer le travailleur. De l’autre il y a leur opposé, peut-être bien le mélenchoniste, qui rêve de ne rien faire.

Pas étonnant que les élucubrations sur l’IA aient eu un tel succès ?

M.Mélenchon, par Delacroix

Habile M.Mélenchon. Après avoir absorbé la gauche, il éclipse Mme Le Pen. 

Son programme ? Aussi vieux, et aussi efficace, que nos révolutions. C’est l’affirmation de principes. L’éthique de la conviction, et non l’éthique de la responsabilité, dirait Max Weber. Le paradis émerge de ruines fumantes. M.Mélenchon, en liberté guidant le peuple, façon Delacroix ?

Mais cette liberté présente une nouveauté. Ce qu’elle promet, c’est l’écologie. Si, dans le tableau de Delacroix, M.Mélenchon a remplacé la liberté, le Bobo pauvre, lui, a remplacé le peuple ?

Et si cela faisait les affaires de M.Macron ?

Consécration ?

M.Mélenchon est devenu le leader de la gauche. 

Il a fait le même coup que Mme Le Pen. La gauche a abandonné le socialisme. Il l’a récupéré. Et elle est obligée de s’aligner derrière lui. Qui va à la chasse perd sa place. 

Même si je le connais peu, cela semble confirmer une de mes intuitions. M.Mélenchon est un Trotskyste. Et le Trotskyste est un ultra-libéral de gauche. Un individualiste forcené. Il ne craint rien tant que l’emprise de l’Etat. D’ailleurs, beaucoup de trotskystes ont basculé dans le néo libéralisme. 

Et c’est pour cela qu’il ne peut pas y avoir de parti trotskyste. Car tout trotskyste est, par construction, un « chef ». 

Bref, je pense que M.Mélenchon a toujours voulu être le « chef », mais n’a pas réussi à prendre la tête des socialistes. Alors, il a créé son mouvement. Et, ce fut long, mais il a gagné. Aurait-il inventé une nouvelle version, géniale ?, de « l’entrisme », la tactique du Trotskiste ?

Et il a adopté, je soupçonne, un positionnement qui est propre à la France : celui du conflit. C’est le paradoxe de Jaurès. Jaurès était modéré. Il avait vidé le Marxisme de sa substance. Et c’était un pacifiste, qui est mort pour la paix. Or, quand il a fallu unifier la gauche, il a cru que la violence populaire était légitime – contrairement à Clémenceau. C’est une solution de facilité. 

(Histoire des trotskistes : ici.)

Sauf vot'respect M.Mélenchon

M.Mélenchon a-t-il manqué de respect à ceux qui venaient perquisitionner chez lui ? Le tribun du peuple ne respecte-t-il pas le peuple ?

Il ne serait pas le seul dans ce cas. Le champion de la veuve et de l’orphelin, ou plutôt du « marginal », est un intellectuel, qui n’a aucune idée de la réalité. Lorsqu’il rencontre celui qu’il dit défendre, il ne le reconnaît pas. Comme ces écologistes qui se battent pour les animaux sauvages, sans comprendre qu’ils sont dangereux.

Fête à Macron

M.Mélenchon veut faire la « fête à Macron ». Voilà une tradition française que personne ne nous envie : l’incorrection.

N’y aurait-il pas d’autres façons de manifester son mécontentement ? Pourquoi un esprit distingué comme M.Mélenchon, qui ne voyage apparemment qu’en première classe, se croit-il obligé d’être injurieux ? Pour « faire peuple » ?

Insoumis

Récemment, quelqu’un me disait avoir été étonné de voir M.Mélechon en business class, son adjoint étant, lui, au fond de l’avion.

Mais, la caractéristique d’un « insoumis » n’est-ce pas, justement, de refuser les normes de la société ? Pourquoi le défenseur du pauvre devrait-il vivre en pauvre ?

(On me répondra, certes, que, dans ce domaine, M.Mélenchon est plutôt un conformiste. Et que, si les publicitaires devaient consommer les produits dont ils font la promotion, on n’en trouverait pas.)

MM. Macron et Mélenchon

La radio a trouvé une variante de ma « ruse des systèmes » : MM. Macron et Mélenchon seraient-ils les deux faces d’une même pièce ? Les participants à une émission de France Info semblaient dire que chacun ferait le jeu de l’autre. (Ce sont aussi les seuls survivants : les Républicains, les Socialistes et le FN sont la proie du chaos et donc inaudibles, et j’oubliais les écologistes.) Tous les deux représentent des modèles de société incompatibles. Ce qui fait que l’on ne peut être que pour l’un ou pour l’autre. On en est revenu au temps où le Gaullisme était face au Communisme.

Avec une différence. C’étaient des mouvements de masse. Aujourd’hui, on s’adresse à l’individu.

Stratégie Mélenchon

En entendant, dimanche, M.Mélenchons ne pas donner de consigne de vote, je me suis dit qu’il ferait une drôle de tête si Mme Le Pen était élue. Mais comment éviter de commettre de nouveau l’erreur faite par J.Chirac, il y a quinze ans ? Etre incapable de tirer le moindre enseignement d’un coup de semonce, et s’enferrer dans l’erreur ? Comment faire comprendre à M.Macron qu’il est sur un volcan, et qu’il vaudrait mieux qu’il évite de danser ? En prenant le risque de faire péter le volcan ?