Capture de Pigeons

Le mouvement des Pigeons serait populaire et le MEDEF aurait voulu en profiter. Il aurait transformé la lutte pour la défense de l’entrepreneur en une lutte pour les intérêts de l’actionnaire.

Cela va-t-il être aussi sympathique ? Et si cela permettait au gouvernement de reprendre l’offensive, et de prouver qu’après tout il n’est ni lâche, ni malhonnête ?

« Etat d’urgence entrepreneurial ». Le communiqué coup de poing publié tard dans la soirée de mardi par les organisations patronales (…) a mis le feu au ministère de l’Economie et des Finances. Selon nos informations, l’appel au retrait du texte sur l’alignement de la taxation du capital sur le travail a braqué Bercy, permettant aux tenants de la ligne fiscale la plus dure de reprendre la main et de revenir sur les concessions déjà faites sur le texte. (La Tribune

MEDEF et presse

Frédéric Chevalier « responsable du numérique au MEDEF » explique pourquoi le MEDEF invite des bloggers à son université d’été :

Toute une partie des journalistes présents sont à l’affût de la petite phrase (…) Et ils n’entrent pas dans le fond des sujets, ni dans le fond des thèmes que l’on aborde. Ils viennent avec leur agenda et leurs préoccupations politiques du moment.
(…) alors que les médias sociaux permettent d’ouvrir le débat.

Le journaliste n’est qu’idées préconçues ? Il est incapable de la moindre remise en cause, de la moindre enquête ? Dans ces conditions, doit-on s’étonner que la presse soit en crise ?
Compléments :
  • Tiré de KABLA, Hervé, GOURVENNEC, Yann, Les médias sociaux expliqués à mon boss, Kawa, 2011.
  • Dans l’interview de Frédéric Chevalier on découvre, que, curieusement, les 80 premiers bloggeurs à s’être présentés à l’université du MEDEF, en 2007, étaient des fans de N.Sarkozy.
  • Ce que dit l’Ambassade des USA sur le journaliste français. 

Web : no future ?

Récemment, un ami, dirigeant d’une start up Web 2.0, a eu une illumination : une entreprise doit gagner de l’argent, et pour cela elle doit produire quelque chose que le marché veut acheter. Cet « entrepreneur en série » pensait qu’entreprendre c’était avoir une idée originale, et lever des fonds. La fortune viendrait ensuite, mécaniquement.

Ce qu’Internet a eu de révolutionnaire a été de nous faire oublier le modèle traditionnel de l’entrepreneur qui travaille dur pour gagner sa place au soleil. Pendant plus d’une décennie, le génie a été récompensé. Et aujourd’hui toute une génération d’entrepreneurs n’arrive pas à faire le deuil d’un modèle aussi favorable aux intelligences exceptionnelles.

Conséquence : imaginons que vous ayez un tempérament d’entrepreneur, le Web est-il votre meilleur choix ?

J’en doute. Il a transformé notre vie, il a permis aux fournisseurs de contenant de dépecer l’industrie du contenu, aussi ; mais ses réussites durables ont été étonnamment peu nombreuses et peu impressionnantes, rien à voir avec l’industrie automobile, l’électronique ou même l’aviation. D’ailleurs, dans une moindre mesure, c’est aussi vrai pour l’informatique.

Compléments :

  • Le rôle de Goldman Sachs dans la transformation de l’IPO : Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.
  • Ces idées me viennent d’un échange avec Hervé Kabla suscité par son compte-rendu d’une conférence de l’université du MEDEF. (La toile va-t-elle craquer?)
  • Les manipulations génétiques, dorénavant à la portée de tous (Biohacking), sont à explorer par l’entrepreneur : par exemple, pourquoi ne pas inventer un agent pathogène qui liquiderait tout être humain qui s’oppose à son intérêt ? Il y a même là un scénario pour James Bond.

Mme Blair, femmes et carrière

Minter Dial rapporte les propos que Cherie Blair a tenus lors de l’Université du MEDEF :

Mme Blair, comme beaucoup de féministes, se heurte à la cohabitation carrière, famille. Elle cite le cas de son mari, à qui on a fait remarquer un jour que s’il quittait la chambre des députés à 19h00 (pour s’occuper de sa famille), il ne ferait pas une grande carrière.

Pourquoi ne pas admettre l’évident ? L’incompatibilité, tous sexes confondus, entre la vie qu’exige l’ambition et les conditions d’épanouissement d’une famille. Il faut choisir l’une ou l’autre. Vous voulez une carrière ? N’ayez pas d’enfant. Vous voulez une famille ? Satisfaites-vous du travail bien fait, sans courir après des honneurs illusoires.

D’ailleurs, même dans ce dernier cas, il est possible de faire carrière. J’ai vu nombre de cadres devenir DG vers 40 ans, démontrer leur manque d’expérience, se faire licencier, puis végéter définitivement. Prendre le temps de s’occuper de sa famille donne aussi celui de construire son expérience, et de se préparer à une carrière solide. Pourquoi se précipiter ? La retraite sera bientôt à 70 ou 75 ans, ça laisse le temps de faire carrière.

Mais, au fond, qu’est-ce que faire carrière ? N’est-ce pas s’élever dans la hiérarchie d’une grande organisation bureaucratique ? Est cela que nous attendons de la vie ? Serat-ce cela notre contribution à la société ? N’est-ce pas la notion de carrière qu’il faut mettre en cause ?

D’ailleurs, qui peut faire carrière ? Une classe privilégiée, une infime partie de la population. Les intérêts de cette classe sont-ils l’essentiel des préoccupations de la très socialiste Mme Blair ?

Compléments

  • Il me semble repérer quelque chose de vaguement contradictoire dans les propos de nos élites. Depuis des décennies, elles nous enjoignent d’aimer l’économie. Pour elles, comme pour Mme Blair, l’économie c’est la grande entreprise. Or, ses dirigeants, qu’ils soient diplômés de Harvard ou issus de l’inspection des finances, s’ils se présentent comme des entrepreneurs, ne sont que des bureaucrates de carrière. L’entrepreneur, c’est celui qui crée son entreprise. Et il ne la crée pas seulement par souci d’indépendance, mais surtout pour apporter à la société quelque chose qu’elle ne possédait pas (Capitalisme : punir le client).

Blues au MEDEF

Hervé Kabla et Olivier Ezratty bloguent l’Université du MEDEF.

  1. Hervé Kabla suit une conférence sur « le capitalisme sera éthique ou ne sera pas ». Résultat ? Contrairement au citoyen ordinaire, le businessman est incapable de responsabilité, il doit donc être contrôlé.
  2. Olivier Ezratty montre le MEDEF s’interrogeant sur les chemins de la décroissance économique. Le débat laisse peu d’illusions quant à la capacité de l’entreprise à se réformer à temps. (Je ne vois qu’une issue : que le MEDEF s’équipe du leader que réclame ce diagnostic : M.Bové.)

Surprenant, une année on est ultralibéral, et la suivante altermondialiste.

Comme le dit Paul Krugman (Science économique : bilan), les idées ultralibérales flottaient sur du vent. Quant à la décroissance, elle me semble tout aussi peu justifiée. La « croissance » est une grande illusion, elle mesure ce que l’on veut bien mesurer de l’activité humaine. Le PIB de demain comptera ce que nous ferons demain : nous nous agiterons tout autant, mais différemment. Le problème du moment est d’inventer cet avenir. C’est éminemment favorable à l’économie. D’ailleurs cela va donner leur chance à de multiples innovations, qui existent déjà, mais que la grande industrie est trop paresseuse pour utiliser.

Ce que révèle le blues de l’élite qui fréquente l’Université du MEDEF, c’est probablement moins l’état déplorable de notre avenir que la vacuité de son intellect : une idée importée y remplace une autre. C’est paradoxal : n’a-t-elle pas été sélectionnée pour son QI, sa capacité à penser ? Seulement, elle se contente d’être.

Voilà un changement qui devrait être facile : si elle veut sauver le monde, il lui suffit de faire ce pour quoi elle a été recrutée.

Compléments :

  • Le PIB comme grande illusion, exemple. Hier, le travail de la femme au foyer n’entrait pas dans la comptabilité nationale ; depuis qu’elle ne reste plus à la maison, les tâches qu’elle faisait (garde et éducation d’enfant, ménage, cuisine) contribuent au PIB de la nation.
  • Mon premier billet sur le MEDEF et son université partait d’un diagnostic incorrect : Image (déplorable) du patron français.
  • Exemple d’innovation en attente d’intérêt : L’effet de levier de Microsoft ?

Image (déplorable) du patron français

Olivier Ezratty est bloggueur officiel de l’université du MEDEF (La recherche des temps nouveaux au MEDEF). Sur l’atmosphère surréaliste de l’événement : « On est plus proche du Bac de Philo que des préoccupations directes “terre à terre” des chefs d’entreprise. »

Pendant deux jours des grands patrons sont enfermés avec des ministres et quelques stars de l’innovation du moment (celles qui épatent le politique et crèvent le lendemain), pour quoi faire ? Rien. Ne pourraient-ils pas mieux occuper leur temps ? Au milieu d’une crise n’y a-t-il pas de quoi s’interroger? Chercher de nouveaux revenus ? Le Titanic s’amuse ?

Comment veut-on que la France se réconcilie avec son patronat, s’il donne l’image du dilettantisme, s’il se montre moins familier des réalités de l’entreprise que ses employés ?

Compléments :

  • Simon Johnson nous dirait-il que nous sommes en face d’un rassemblement d’oligarques ?
  • Si le patron veut nous faire l’aimer, il doit nous montrer qu’il mérite son salaire, qu’il résout des problèmes que nous ne saurions pas résoudre. C’est l’objet de Trouble shooter.

Is the USA still a Giant?

Minter Dial résume une session de réflexion du Medef (il a raté sa vocation : il devrait être journaliste !). Christine Lagarde et quelques sommités s’interrogent sur l’avenir des USA. Il est rose. Ah si la France avait les qualités des USA !

  • Comme le fait remarquer Minter Dial : ces gens s’intéressent plus à ce qui a fait la grandeur des USA qu’à ce qui pourrait la rendre durable.
  • Or, comme l’ont observé beaucoup de sociologues, et notamment Max Weber, ce qui fait le succès d’une nation n’est plus là quand elle réussit. En outre, nous tendons à consommer ce qui est nécessaire à notre succès. Pour ma part, je crois l’état des USA inquiétant (Grande illusion).
  • Il y a danger ici : celui qui rend ridicules les livres de management. Celui qui a fait qu’on se gaussait des USA dans les années 80, et que l’on louait le Japon. Prendre les conséquences du succès pour sa cause. Et copier ces conséquences.

Compléments :

  • Le billet de Minter Dial : MEDEF 2008 Conference « Think Big »: Is the USA Still a Giant?
  • Pour un exemple de la confusion entre la cause et la conséquence : In Search of Excellence, énorme best seller des années 80, explique : « Pour découvrir les secrets de notre « art premier », Thomas Peters (…) et Robert Waterman (…) ont étudié 43 entreprises américaines performantes (…) toutes partagent huit principes de management fondamentaux. » Quelques temps plus tard, la plupart des dites entreprises performantes avaient bu un bouillon (à commencer par IBM). PETERS, Thomas J., WATERMAN, Robert H. jr, In Search of Excellence, Warner Books, 1982.
  • WEBER, Max, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Pocket, 1989.