Insead

J’ai cru comprendre que l’Insead cherchait un doyen qui soit un « citoyen du monde ». C’est curieux. Initialement l’INStitut Européen d’Administration avait pour objet la formation des managers dont aurait besoin l’Europe qui venait de signer le traité de Rome.

La formule était originale : un MBA d’un an (mieux adapté aux Bac + 5 d’Europe continentale que les 2 ans des MBA américains qui visent des Bac + 3), cours en 3 langues (Français, Anglais, Allemand), ouvert à des élèves expérimentés. L’école est vite jugée comme l’un des meilleurs MBA mondiaux. Exploit à retenir dans les annales du marketing, qui dit la quasi impossibilité d’entrer sur un marché dominé par le capital de marque d’entreprises telles que Harvard. Sauf lorsque, comme pour l’Insead, on a un positionnement original.

Puis, progressivement, les 3 langues ont été remplacées par l’Américain, l’âge d’entrée s’est abaissé, les promotions ont enflé (70 au début, près de 500 aujourd’hui), l’Insead a ouvert des établissements ailleurs dans le monde (d’abord à Singapour), une alliance s’est faite avec Wharton. L’Insead est devenue la World business school (aucun rapport avec la World company des guignols de l’info).

Comment interpréter ce changement ?

  • Mise en oeuvre impeccable d’une vision selon laquelle l’Europe n’est plus rien, l’avenir est à une globalisation américaine tirée par l’Asie ?
  • Parallèle avec Vivendi : transformation d’une entreprise solidement protégée en un groupe ouvert à tous les vents, ayant pour vision d’être le plus gros, pour stratégie d’être un suiveur, et pour mission de satisfaire l’ego de ses dirigeants ?

Compléments :

  • Un professeur de l’Insead révèle leur arriération à des anciens élèves français : L’économie n’est pas une science.
  • En termes de marketing on notera aussi la primauté du marketing sur la qualité du produit, médiocre en ce qui concerne l’Insead.

Changement et MBA

Les MBA traversent, comme les collaborateurs après guerre, un moment difficile. À chaque crise, à chaque scandale, on découvre que le gros des bataillons des coupables vient de chez eux, et que leurs enseignants ont porté aux nues les pratiques et les théories qui révulsent les foules.

The Economist, fort intelligemment à mon avis, leur donne ce conseil :

Business schools need to make more room for people who are willing to bite the hands that feed them: to prick business bubbles, expose management fads and generally rough up the most feted managers. Kings once employed jesters to bring them down to earth. It’s time for business schools to do likewise.

Belle idée mais changement compliqué. Je doute que les enseignants actuels de MBA puissent se transformer en Galilée ou en Pasteur du management. Savent-ils faire autre chose que gagner énormément d’argent en louant ceux qui connaissent un moment de gloire, en les appelant des leaders, et en nous enjoignant de les singer ? D’ailleurs ont-ils la moindre idée de ce que signifie science ?

Ce qui m’amène aussi à me demander si le sort piteux de la recherche en management ne doit pas nous rendre prudent quant à une excessive dépendance de la recherche, en général, vis-à-vis de financements privés.

Compléments :

MBA éthiques ?

Forswearing greed montre des diplômés du MBA de Harvard qui prêtent serment (notamment) de se garder des « décisions et comportements qui puissent favoriser leur étroite ambition mais nuisent à l’entreprise et aux sociétés qu’elle sert ».

Qu’un MBA parle d’éthique n’est-ce pas de l’hypocrisie ? S’interroge l’auteur.

Une autre interprétation. Le prophète des Anglo-saxons est Adam Smith. Cet homme affirme qu’en suivant son « étroite ambition » l’individu fait indirectement le bien social. Et si l’Anglo-saxon doutait de son prophète ? S’il se mettait à soupçonner que la société et les conseils qu’elle lui donne, sa morale, pourraient être bons pour ses affaires ?

Idéologie et crise

The Economist (All you need is cash) : problème de l’entreprise : elle crève faute de cash.

Cela voudrait-il dire que les gourous de l’économie et des sciences du management, qui nous enjoignaient de ne pas garder d’argent dans l’entreprise avaient tort ? Certainement, mais ce n’est pas si grave que cela, conclut The Economist :

Rash though some of them seem today, the Western management fad of the past 30 years improved productivity (one years’s outperformance doesn’t prove the Japanese model was right).

Humour ? Que pensent les entreprises victimes des « management fads » ? Et leurs personnels ? Nous sommes à la rue, mais nous avons fait de beaux gains de productivité ?

Pangloss disait quelquefois à Candide : Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles; car enfin si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de mademoiselle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches.

Les générations de nos grands parents manquaient de cet humour : elles estimaient que c’était de tels incidents qui avaient déstabilisé l’Allemagne. D’où guerre mondiale.

Mais peut-être ai-je tort. Et si, effectivement, les dernière années avaient été exceptionnellement fastes pour certains ? J’ai entendu dire qu’elles auraient massivement profité à un petit pourcentage de la population américaine, le reste s’enrichissant à crédit. Ce petit pourcentage lirait-il The Economist ?

Compléments :

  • Sur le danger de manquer de cash : Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible.
  • Effectivement l’enseignement de l’Insead, il y a 15 ans déjà, affirmait que l’entreprise devait se débarrasser de ses réserves et se concentrer sur ce qu’elle savait le mieux faire. Le marché était plus compétent qu’elle. À lui de gérer ses ressources. La caractéristique de l’enseignement de MBA c’est d’être idéologique, non scientifique. Et encore moins basé sur l’expérience.