Géométrie algébrique

Il y a quelques années, je me suis intéressé à la « géométrie algébrique ». Une personne avec laquelle je travaillais disait avoir dérivé un algorithme des travaux d’Alexandre Grothendieck, présenté comme le génie des mathématiques.

En creusant la question, j’ai trouvé que la géométrie algébrique est la science de Monsieur Jourdain, nous en faisons tous sans le savoir. C’est mettre la géométrie en chiffres. Aujourd’hui, on le fait pour les ordinateurs, qui ne comprennent que les chiffres. Mais, jadis, on l’utilisait à l’inverse : il est bien plus facile de mesurer, par exemple, des intersections entre courbes, que de résoudre des équations.

Et Alexandre Grothendieck ? Mon enquête m’a amené dans la jungle de YouTube et de Normale Sup. J’ai découvert, d’ailleurs, que le normalien ressemblait au polytechnicien : il passe sa vie à raconter comme il a réussi, par effraction, le concours d’entrée à son école. Quant à Alexandre Grothendieck, il a travaillé sur la version discrète d’une question, qui paraît extraordinairement insignifiante, que l’on ne sait pas résoudre dans les espaces continus. Il l’a attaquée, en quelque sorte, justement, en passant de l’algèbre à une forme de géométrie que comprenait son intuition. Ce qui a séduit tout un bataillon de normaliens, qui démontraient le jour les idées qu’il avait eues la nuit.

Etait-il génial ? Une partie des propriétés auxquelles il s’est attaqué ont été démontrées « classiquement ». J’ai même rencontré un témoignage d’un mathématicien qui avait trouvé « trivial » un problème que Grothedieck jugeait de la plus grande complexité.

A un moment, en 68, il s’est cru devoir être révolutionnaire. Il s’en est pris à l’énergie atomique. Comble du ridicule, il a confondu, un jour, des chercheurs en physique fondamentale avec des constructeurs de centrales nucléaires. Génie ?

Quant aux applications miraculeuses, je ne les ai pas trouvées. Au mieux, je suis tombé sur un cours d’enseignants allemands, qui l’utilisaient pour résoudre avec des ordinateurs, et extraordinairement lentement, des problèmes de sudoku. Comme souvent en mathématiques, les montagnes à multiples dimensions accouchent de souris, qui ne pourraient pas survivre dans la nature.

Méfions-nous des apparences ?

Le mathématicien comme artisan

Je jetais un coup d’oeil à ce qu’écrivait wikipedia des équations de Diophante.

Ce sont des problèmes très simples, qui sont très difficiles à résoudre…

Un des plus faciles m’est apparu comme très compliqué. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il était évident, effectivement. Car, comme souvent en mathématiques, tout est une question de la façon dont on l’aborde.

C’est ainsi que des questions qui ont demandé des siècles pour être résolues sont un simple exercice de lycée. Il y a peut être un esprit des mathématiques, mais elles sont surtout une question de techniques.

En lisant la biographie des Euler ou des Gauss, j’ai pensé que, comme Bach et sa famille, ils étaient avant tout des artisans. Quant à Fermat, c’était un dilettante.

Est-ce que la faible appétence que le jeune a pour ce sujet changerait si on lui disait cela ?

Les mathématiques par la terreur

Nous avons besoin d’esprits mathématiques dit l’université de Cambridge. 

En France, c’est aussi le cas. Mais, plus on le dit, plus le niveau baisse. Et cela, partout. Bientôt nous n’aurons plus même de médailles Fields. 

Mes amis constatent que leurs enfants fuient les mathématiques. Ce serait la faute des enseignants. 

Je me souviens avoir subi les « mathématiques modernes ». C’était totalement ridicule. Totalement déplacé. En revanche, quand le sujet est devenu pertinent, en préparation aux grandes écoles, il a été évacué en 5 minutes. Pourquoi bousiller la vie, pendant des années, des enfants, alors que c’est sans utilité ? 

Parce qu’il semble que la France se soit conçue comme un test d’intelligence par l’abstraction, et que les mathématiques soient une sorte de grille de QI. Elle est rendue complexe à plaisir. Et cet esprit a gagné l’enseignement français. Toutes les matières se veulent abstraites.

En comparaison, les livres de mathématique pour ingénieur anglo-saxons sont relativement simples à comprendre. Pourquoi ? Parce que, pour l’ingénieur anglo-saxon, les mathématiques ne sont qu’un outil.

Et si des mathématiques sélection, on passait aux mathématiques outil ?

(Cela laisserait ouvert le problème de l’ascenseur social. Il est possible que la sélection de l’abstraction ait été un moyen de renouveler l’élite. Ce qui donnait aussi une raison pour leur nuire. Derrière la question des mathématiques, il y a donc, probablement, celui du modèle de société que nous désirons.) 

Intelligence et mathématiques

Le hasard m’a amené à regarder la fiche wikepedia d’un criminel, qui a terrorisé l’Amérique, à coups de colis piégés, durant plusieurs décennies. On apprend qu’il a un QI exceptionnel (167), et qu’il a été un mathématicien hors pair. Mais il semble n’avoir jamais réussi à s’adapter à la société. 

Son comportement m’a fait penser à celui d’Alexandre Grothendieck, un mathématicien admiré, et qui, lui aussi, ne semblait pas très bien comprendre la société. Et même paraître particulièrement idiot lorsqu’il exprimait une opinion qui ne concernait pas les mathématiques.

Qu’est-ce qu’être intelligent ? Est-ce comprendre ce que personne ne comprend, mais ne pas comprendre ce que tout le monde comprend ? 

Je me souviens avoir disserté sur la question, dans une sorte de prémisse du « grand oral », en seconde. Alors, j’étais parti de l’idée que l’intelligence était la capacité à comprendre (ce qui est la définition du dictionnaire). Il me semble avoir dit que j’eusse préféré qu’intelligence soit entendue comme capacité à décider, correctement. 

En tout cas, j’avais tenu trente minute sur le sujet, sans que mon professeur ne pense à me rappeler que l’exercice ne devait durer que dix minutes. 

En tout cas, comme pour le terme « mérite », on voit ici le danger de la dérive des mots. Certains mots acquièrent une connotation favorable, puis, ils dérivent jusqu’à faire porter cette connotation à une caractéristique qui ne la mérite pas. Voilà qui explique pourquoi Confucius accordait de l’importance au sens des mots, et que l’on ferait peut-être bien de suivre son exemple ? 

Les mathématiques ont-elles un esprit ?

Curieusement, les raisonnements des ouvrages de math étrangers que j’ai pu voir ne semblent pas tout à fait les mêmes que les nôtres. C’est aussi vrai en ce qui concerne nos mathématiques telles qu’on les pratiquait jadis. Par exemple, les questions du concours général d’il y a un siècle ou un peu plus, ne me sont pas compréhensibles (c’est de la géométrie, d’ailleurs). Un livre de cours ayant appartenu à mon père ne fait pas de démonstration, mais prend des cas particuliers, « aisément généralisables ». 

Lorsque je lis ce qui s’écrit sur de nouveaux travaux en mathématiques, j’ai l’impression que la communauté des mathématiciens dit : « c’est peut être juste, mais on n’y comprend rien ! ». Puis, quelqu’un explique la démonstration, ou en trouve une autre. Les critiques s’épuisent faute de combattants. La propriété est considérée démontrée. 

Un raisonnement mathématique ne serait-il autre chose qu’une euristique, culturelle, qui nous permet d’être raisonnablement sûr que l’on n’a rien raté d’important ? Le mathématicien aurait-il une forme d’empirisme particulier ? Si c’était le cas, cela pourrait remettre en piste tous ces élèves qui cherchent un sens aux mathématiques ? Un professeur de Marcel Pagnol disait à ses élèves littéraires :

« La circonférence est fière. 

D’être égale à deux pi R ; 

Et le cercle est tout joyeux. 

D’être égal à pi R deux. » »

Théorie du complot : le nombre réel ne l'est pas…

D’après un théoricien, il n’y aurait pas de nombre réels dans la nature (c’est à dire de nombres avec une infinité de décimales – plus exactement il n’y a pas de nombre ayant une succession de chiffres aléatoire).

La raison en serait que ce type de nombre demanderait une énergie infinie à la nature. La précision des nombres grandirait au cours du temps.

En conséquence, la nature ferait l’équivalent des erreurs d’arrondi des ordinateurs, qui, eux aussi, ne peuvent pas manipuler des nombres infinis. Cela rend le monde chaotique. Un petit écart microscopique est amplifié en un phénomène macroscopique.

Du coup, cela permettrait peut être de rapprocher la théorie de la pratique. Avec les nombres réels, la physique est déterministe et n’a pas de temps qui s’écoule dans un sens. En outre, il y a une différence que l’on n’arrive pas à combler entre la relativité et la théorie quantique.

Les physiciens essaieraient-ils, plutôt que nous imposer des abstractions, de revenir sur Terre ?

(Article de Quanta.)

Le degré zéro des mathématiques

Google est le degré zéro des mathématiques. Je cherche un texte ou une photo dont je me souviens, avec les mots exacts qu’ils contiennent, Google me renvoie des réponses qui ne comportent pas ces mots ! Il faut que j’emploie des trésors de ruse pour arriver à mes fins.

Mon explication ? Le moteur de Google, c’est l’argent et le bricolage de programmeurs à qui l’on a dit qu’ils étaient des génies. Il n’y a plus rien de scientifique là-dedans. Et avoir recruté des scientifiques ne change rien : ce qui fait le scientifique, c’est son environnement, sa discipline, pas son ADN. La seule justification de ces embauches, c’est : taisez-vous, nos employés sont plus intelligents que vous.

L’Intelligence artificielle a porté ce phénomène à son comble. On s’est dit : on va copier ce que l’on croit savoir du fonctionnement du cerveau, et, sans rien avoir à y comprendre, on va obtenir des résultats qui vont dépasser tout ce que peut faire l’homme. C’est le contraire du principe de l’algorithmique, qui correspond à une démonstration mathématique. C’est-à-dire qu’elle garantit son résultat.

Les mathématiques vont-elles revenir sur terre en 2020 ?

L'univers est-il mathématique ?

J’ai cru comprendre que le physicien Etienne Klein pensait que l’univers était mathématique. Sans cela comment expliquer que notre physique, mathématique, soit aussi efficace ?

Mes premiers pas dans le métier d’ingénieur m’ont démontré que les mathématiques sont incapables de résoudre les problèmes pratiques les plus simples. Mes problèmes d’ingénieur n’ayant pas d’intérêt, voici l’exemple des marées. La modélisation mathématique donne une idée grossière du phénomène. Mais, dès que l’on veut en tirer quelque-chose d’utile, on a recours à l’empirisme le plus brutal. Idem pour l’arc en ciel. Idem pour tout. Pire, plus l’on cherche le détail, plus les mathématiques semblent y perdre leur latin.

Cela signifie peut-être que notre esprit est mathématique et qu’il est plus ou moins adapté à son environnement. De même, un bateau est plus ou moins adapté à la mer, sans que la vue d’un bateau ne nous renseigne parfaitement sur la mer et sur tous les moyens de s’y déplacer.

Loi normale

La loi normale, ou de Gauss, ou de Laplace-Gauss, ou en cloche, est enseignée en cours de probabilité. Elle a une forme peu intuitive, et je me suis demandé d’où elle venait. D’autant qu’immédiatement ensuite survient le théorème central limite, qui semble encore plus abstrait et tiré par les cheveux. A savoir que la somme de variables aléatoires indépendantes tend à ressembler à la dite loi. Ce qui donne lieu à une démonstration impeccable, accessible aux esprits d’exception.

En y regardant de près, j’ai cru comprendre que le cours est à l’envers de l’histoire. Tout à commencé par le théorème central limite. Et, alors que l’on vous fait avaler cela en 5 minutes chrono, il a fallu des siècles à nos plus illustres hommes pour mettre au point une théorie un peu solide. « de nombreux phénomènes sont dus à l’addition d’un grand nombre de petites perturbations aléatoires » dit wikipedia. La loi normale résulte d’une observation que n’importe qui peut faire. C’est l’addition de mesures d’une grandeur qui varie au hasard (ou de mesures susceptibles d’erreur). C’est de là que tout est parti.

Que serait l’éducation si l’on suivait l’histoire ? Pourquoi ne le fait-on pas ? Par idéologie, parce que l’on croit que ces lois sont « naturelles » ? Parce que notre enseignement ne forme pas, mais sélectionne, et que l’on pense que l’aptitude à l’abstraction est une qualité du décideur ?…

Wikipedia sur la question.

Le secret des mathématiques

Qu’il est difficile, quand on est vieux, de se remettre aux mathématiques. D’autant plus qu’on les a étudiées. Car à la fois, elles semblent familières et inaccessibles. Après une retraite de plus de trois décennies, j’ai dû me re pencher sur la question. Je n’y ai toujours rien compris, mais j’ai peut-être compris pourquoi on n’y comprenait rien.

J’étais paumé par un vocabulaire abscons et des formules complexes, jusqu’à ce que je prenne mon courage à deux mains, et jette un coup d’oeil dans quelques livres. Qu’ai-je vu ? Des fondements de simple bon sens. Ce qui complique les choses est de passer de l’idée à un problème que l’on puisse résoudre et, de plus en plus, confier à la machine. Pour cela on empile des dizaines de concepts qui égarent rapidement l’homme ordinaire. On ne peut les absorber qu’en renonçant à son esprit critique.

Mais, ai-je découvert, le mathématicien patenté, lui, est heureux dans la formule. Du coup, il nous écrabouille sous elle. Mais, aussi, il perd de vue l’idée originelle. C’est ainsi que l’on peut le surprendre. Car, si l’on parvient à se ramener à cette idée sous jacente, tout son édifice complexe devient évident, voire s’écroule, parce qu’il n’avait pas perçu qu’il était bâti sur une impossibilité.

En fait, le vrai mathématicien est celui qui est capable de passer de la réalité à l’abstraction, et de revenir de celle-ci sur terre, avec des idées neuves. C’est un art de la créativité ?